‹ Histoire de la révolution d'AngleterreChapitre 110 sur 150 · MARIAGE DE DEUX FILLES · texte numérisé non relu

MARIAGE DE DEUX FILLES

témoigné, en passant à Paris, des sentiments très-favorables au Protecteur : « C'est un homme de talents a rares, écrivait Lockbart àThurloe*, et doué de qua- « Utés qui le rendent propre au service de Son Altesse « et du pays; il s'est montré fort troublé du bruit ré- « pandu par Tennemi (le parti royaliste) qu'il était « catholique, et il s'est vivement défendu de toute indice nation semblable. Il pense que le nouvel établisse- « ment de gouvernement conviendra à toute la noce blesse du pays, à l'exception d'un petit nombre de (( personnes que pourront retenir des intérêts ou des « liens de parenté. » Cromwell accueillit avec empressement ces ouvertures, et le i 8 novembre i 657, sa fille Marie épousa lord Faulconbridge. Françoise, la plus jeune, avait paru un moment réservée à de bien plus hautes destinées; lord Broghill s'était attaché à l'idée de la faire épouser à Charles II et d'accomplir , à ce prix , la restauration ; on dit même que Charles s'y était laissé croire assez enclin, et que iady Dysart, amie, trop intime peut-être , du Protecteur , en avait entretenu la Protectrice qui avait tenté, mais sans succès, d'y amener son mari : « Vous êtes folle , avait répondu « Cromwell à sa femme ; Charles Stuart ne peut jamais c( me pardonner la mort de son père, et s'il le faisait, il c( serait indigne de la couronne. » A défaut du roi d'Angleterre, il fut question, pour Iady Françoise, d'un prince français, le duc d'Enghien, fils aîné du prince de

* Le 21 mars 1657.

DE CROMWELL (novembre 1657). 337

Condé, et une souveraineté, conc[uise dans les Pays-Bas espagnols, devait être le prix de cette alliance. Mais cette idée aussi n'eut aucune suite, et Cromwell projetait de marier sa fille à un riche gentilhomme du comté de Glocester lorsqu'il eut lieu de soupçonner, d'après des rapports domestiques, qu'un de ses propres chapelains, Jérémie White, aimable, gai et encore jeune, faisait secrètement la cour à lady Françoise, et n'était peut-être pas loin de réussir. Entrant brusquement un jour dans Tappartement de sa fille, le Protecteur surprit White à ses genoux et lui baisant la main : a Que veut dire ceci?» demanda-t-il; — «Que Votre Altesse daigne m'entendre,» répondit White sans se troubler, et montrant une des femmes de lady Françoise qui se trouvait dans la chambre : a Je fais depuis longtemps ma cour à cette perce sonne, et je ne réussis pas ; je suppliais milady d'in- « tercéder pour moi. »— « Comment donc, dit Croma well à la jeune femme, Jérémie est de mes amis, et « j'espère que vous le traiterez comme tel; » — «Si « M. White veut me faire cçt honneur, répondit-elle en « s'inclinant respectueusement, je ne m'y refuserai « point ; » — G C'est bien, reprit le Protecteur, faites venir « Goodwin, et que cette affaire se fasse tout de suite, « avant que je sorte de la chambre. » Le chapelain Goodwin arriva; White ne recula point; il fut sur-lechamp marié à la jeune femme que Cromwell dota convenablement ; et peu de temps après, le 1 1 novembre 1657, lady Françoise épousa Robert Rich, petit-fils du comte de Warwick, et qui devait être un jour, à ce titre,

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