ENTRETIEN DU COLONEL HUTCHINSON
chef natureUemeDt indiqué. Us allèrent à lui et il les accueillit avec empressement. Les plus fougueux méditaient un complot qui n'allait à rien moins qu'à se saisir de la personne de Gromwell en lui présentant une pé^ tition^ a le jeter dans la Tamise par une des fenêtres de Whitehall^ et à proclamer Lambert à sa place. Le colo^ nel Hutchinson^ qui se trouvait en ce moment à Londres> eut yent de ce dessein y non que les conjurés lui en fissent confidence, mais par quelques propos détournés et indiscrets. Chrétien et républicain sincère ^ Hutchinson^ depuis l'expulsion du Long Pariement^ %'é^ tait retiré de Tarmée et de la politique; il détestait la tyrannie de Gromwell^ mais il détestait encore plus celle des fous et des brouillons subalternes qui prétendaient à lui succéder ; « Gromwell^ dit mistriss Hutchin- « son> était brave et grand ; Lambert n'avait qu'une c( sotte et intolérable vanité. » Hutchinson alla voir Fleetwood^ et sans nommer personne^ il l'engagea à avertir Gromwell de se tenir sur ses gardes contre certains porteurs de pétitions qui pourraient bien en vouloir à sa vie. Get avis donnée il se disposait à quitter Londres quand Gromwell l'envoya chercher avec in* stance, le combla de remercîments et de caresses ^ fit de longs efforts pour en obtenir des informations plus précises^ et n'y réussissant pas^ a Mais enfln^ colonel^ a lui dit-il, pourquoi donc ne voulez-vous pas venir et « marcher avec nous? » Hutchinson lui dit sans détour ses griefs, « qui sont, ajouta-t-il, ceux de tous les gens « de bien. » Gromwell l'écouta, discuta, se justifia; puis
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le reconduisant Jusqu'au bout de la galerie^ en présence des personnes de sa cour qui se trouvaient là^ il lui dit à haute voix et en l'embrassant : et Bien^ colonel^ « content ou non content^ il faut que vous soyez des « nôtres; nous ne pouvons exempter plus longtemps a du service public un honmie aussi capable et aussi « fidèle ; vous serez satisfait dans toutes les choses hon^ « nètes et convenables ^ »
Comme les officiers de Tarmée^ Cromwell réunit les aldermen de la Cité, et les entretint aussi des motifii de la dissolution^ s'appliquant à les alarmer pour la sécu* rite de leur ville et la prospérité de leurs aflUres. II sentait vivement la nécessité de ménager cette puissante corporation, car depuis quelque temps^ pour y acquérir quelque influence^ beaucoup de royalistes y avaient fait entrer leurs fils à titre d'apprentis^ et l'opposition au Protecteur y faisait de rapides progrès*.
C*était le sentiment général que, dans toutes ces démonstrations, Cromwell exagérait beaucoup les périls dont le repos public et son gouvernement étaient menacés. Ses longs succès, l'adhésion constante du gros de rarmée> la soumission qu'il rencontrait partout, tant d'exemples de défection et de servilité, royaliste et répu« blicaine, faisaient illusion sur l'état réel du pays. Indomptables dans leurs espérances comme dans leurs
i Mistriss HutchinsoD, MémoireSy t. II, p. S6^268) dans ma Col* lecHon; p. 373-376 de l'édition anglaise de Bohn (Londreg, 1848).
« Parliam. Hist., t. XXI, p. 206-208;— Clarend on, Hist. of thê ReheUion, 1. XT, c. 88.
33tJ PRÉPARATIFS DE COMPLOTS
haines^ les partis ennemis se ranimaient à Tombre de leurs défaites; dès qu'on vit le Protecteur brouillé avec le Parlement qui avait voulu le faire roi, un complot, plus grave qu'aucun de ceux qu'il avait jusque-là réprimés, s'ourdit contre lui de toutes parts. Malgré la parcimonie de la cour de Madrid et sa propre mollesse» Charles II avait enfin réuni, sur les côtes des Pays-Bas espagnols, un petit corps de troupes; quelques bâtiments de transport avaient été loués; les bruits d'une expédition prochaine prenaient quelque consistance ; les royalistes d'Angleterre la sollicitaient ardemment, promettant de se lever en masse et nommant les villes dont ils s'empareraient, Glocester, Bristol, Shrewsbury, Windsor, dès que le roi aurait mis le pied sur le sol anglais. Les royalistes ne faisaient pas seuls de telles instances; plusieurs congrégations anabaptistes envoyèrent à Charles 11 un messager porteur d'une longue adresse, expression humble, mais sans bassesse, de leurs mécomptes, de leurs repentirs, de leurs désirs, de leurs espérances, et dans laquelle ils offraient formellement au roi leurs bras et leurs vies pour le rétablir sur son trône. Charles hésitait, bien qu'avec un peu de honte, à se relancer, sur la foi de ces démarches, dans les périls auxquels il avait si miraculeusement échappé. L'un de ses deux plus intimes conseillers, le marquis d'Ormond, le tira de peine en lui offrant d'aller lui-même à Londres observer les faits, apprécier les chances et juger, sur les lieux mêmes, si le moment était en effet venu, pour le roi, de relever en personne son drapeau. Hyde,
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plus méfiant que Charles lui-même^ s'opposait à ce voyage d'Ormond, « comme à une aventure dérmsona nable^ disait-il^ pour un dessein improbable, b Pourtant Ormond partit ^^ et sous toutes sortes de déguisements, changeant sans cesse de demeure, il passa plus d'un mois à Londres, s'entretint avec des conspirateurs de toute origine, de toute condition, et revint sur le continent, affirmant qu'une tentative immédiate n'aurait aucune chance de succès, que le roi ne devait point s'y hasarder, mais que le Protecteur chancelait, qu'il était, dans une foule de cœurs, l'objet d'une haine pa&sionnée, que les complots préparés contre lui étaient sérieux, qu'il avait promis, lui Ormond, de retourner dans les comtés de l'ouest où ils devaient éclater, et que le moment arriverait peut-être bientôt, pour le roi luimême, de tenter en Angleterre quelque grand coup*.
Ormond disait vrai : à peine avait-il quitté l'Angleterre que le mouvement de conspiration devint de jour en jour plus actif et plus étendu. Au nord, dans le comté d'York, sir Henri Slingsby, depuis deux ans retenu prisonnier dans HuU, se liait avec certains officiers de la garnison, pour que la place fût livrée à Charles H qui viendrait y débarquer. Au sud, dans le comté de Sussex, John Hordaunt, fils cadet du comte de Peterborough, s'efforçait de rallier à la cause royale les gentils-
' En janvier 1658.
• Clarendon, HisU ofthe Rehell, 1. xv, c. 85-91, 103-131; — Carte, Ormond' s Life, t. Il, p. 175-179; Ormond's Lc«m, t. II, p. 118-186.