‹ Histoire de la révolution d'AngleterreChapitre 121 sur 150 · INQUIÉTUDES ET PRÉCAUTIONS · texte numérisé non relu

INQUIÉTUDES ET PRÉCAUTIONS

croyait la rigueur indispensable^ et son tempérament robuste et rude ne lui laissait pas pressentir le coup qu'une forte émotion douloureuse pouvait porter à une personne délicate^ passionnée et malade. 11 refusa péremptoirement. Hewett et Slingsby furent décapités^ le 8 juin, à laTour. Trois semaines après, le l^juiDet, la haute Cour condamna encore six autres conspirateurs, et trois d'entre eux furent pendus, traînés sur la claie et mis en quartiers avec toutes les circonstances barbares ordonnées par les lois du temps pour frapper d'effroi les complices et les spectateurs ^

Pour le moment, le but fut atteint ; la crainte contint la haine; les complots s'arrêtèrent; les conspirateurs se cachèrent ou s'enfuirent. Cromwell ne mit point d'acharnement à les rechercher; il laissa même reposer sa haute Cour et traduire devant le jury les prisonniers plus insignifiants qu'il avait encore entre les mains. Une fois de plus, ses ennemis avaient échoué; mais il avait l'esprit trop clairvoyant et trop ferme pour se méprendre sur la portée de son succès; il ne supprimait point les périls auxquels il échappait; sauvé aujourd'hui et pour demain peut-être, il se sentait toujours menacé; entre

1 Whitelocke, p. 673 ; — Clarendon, Hist. of the RehelL^ 1. xv, c. 98-102 i-State-Trials, t. V, col. 871-936 ;— Thurloe, State-Papers, t. VII, p. 46, 65, 98, 111, 121, 159. 162 ; — Af cmotr* of sir Henry SUngshy; — Ludlow, Mémoires , t. II, p. 388-393, dans ma Collection;— Mark Noble, Memoirs of theProtectoral HotLse^ t. I,p. 138, 143, 314 ; — Godwin, Hist. ofihe Commonweàlth, t. IV, p. 517-527;-- Forster, Statesmen of the Commonwealth, t. V, p. 379-382.

lui et les partis acharnés contre lui^ c'était une guerre à niort^ et la chance était trop inégale; un jour^ on pouvait le tuer^ et lui, il fallait sans cesse recommencer à vaincre. Le -sentiment, de jour en jout plus vif, de cette situation le jeta, pour sa propre sûreté, dans une vigilance incessante et inquiète ; il était toujours armé et cuirassé; quand il sortait, il prenait plusieurs personnes dans son carrosse; une escorte Tentourait; il allait très-vite, changeait fréquemment de direction, et ne passait jamais, au départ et au retour, par le même chemin. Dans Whitehall, il avait plusieurs chambres à coucher, et dans chacune quelque porte cachée. U choisit dans sa cavalerie cent soixante hommes, tous bien connus de lui, leur donna la paye d'officiers, et en forma huit pelotons de vingt hommes qui, deux par deux, faisaient constamment la garde autour de lui. Et toujours prêt à payer de sa personne, pour s'assurer qu'il était bien servi, il allait souvent inspecter et relever luimême les postes intérieurs du palais. Dans ses audiences, qui étaient fréquentes, car il comptait beaucoup sur son influence personnelle, ses interlocuteurs se sentaient incessamment surveillés par ses regards. Partout il était prêt aux soupçons soudains et aux précautions extrêmes : une nuit, il était allé s'entretenir secrètement avec Thurloe ; il aperçut tout à coup, dans un coin de la chambre, le secrétaire de Thurloe , Samuel Morland, endormi sur son pupitre ; il tira son poignard pour .l'en frapper, craignant d'avoir été entendu, et Thurloe eut quelque peine à lui persuader que Hor-

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land^ excédé de fatigue depuis deux nuitg^ dormait en effet d'un profond sommeil. Cette triste préoccupation de sa sûreté répugnait au caractère de Cromwell qui n'arait^ dans son puissant égoîsme^ rien de concentré ni de sombre ; au milieu même de ses mensonges et de Ses ruses, il était naturellement plein d'abandon et se répandait volontiers en démarches confiantes et hardies. Mais une éridente nécessité pesait sur lui^ et il Tacceptait sans illusion ni ménagement^ veillant sur sa vie avec la même ardeur qu'il avait apportée à conquérir sa grandeur*.

Il ressentait^ à coup sûr^ un amer mélange de déplai-' sir et d'orgueil quand il portait ses regards au delà de la Manche^ et qu'à sa situation au dedans^ si périlleuse et si précaire^ il comparait la puissance et l'éclat qu'il avait conquis au dehors pour son pays et pour luimême. Ce fut précisément au moment où il luttait si rudement en Angleterre contre les complots, qu'il ob* tint sur le continent les plus brillants succès. Il n'avait pas tardé à s'apercevoir que^ pour faire à l'Espagne une guerre efficace, son traité de paix et de commerce avec la France ne suffisait point, et il avait accueilli les avances de Mazarin pour une alliance plus intime et plus active. Dès le mois d'août 1656, des pourparlers com-

1 Ludlow, Mémoires f t. Il, p. 394-397, daûs înA Collection; — Bur* tiety HisU de mon temps, t» I, p. 169-172; ihid,; — ^Bates, Elenchia motuum, etc.. part. 11^ p. 399; — Welwood, Memoirs, p. 94; — Oldhaixon, Hist. of the StuartSf p. 494; — Forster, Statesmen ofthe CommofvvoeaUh, t. V, p. 880-384.

L'ANGLETERRE ET LA FRANCE (33 mars 1657). 367

mencèrent pour la levée^ en Angleterre^ de quatre mille hommes destinés à entrer au service du roi de France contre les Espagnols. La négociation fut longue et épi-* neuse; des méfiances mutuelles venaient sans cesse Tentrarer ; tantôt Gromwell se refroidissait tout à coup en découvrant la trace du travail continu de Mazarin pour préparer la paix avec la cour de Madrid ; tantôt le voyage secret d'un secrétaire de Cardefias à Londres inquiétait à son tour Mazarin sur un rapprochement de TAngleterre avec TEspagne. Le cardinal^ dans de longues conversations avec Lockhart^ lui faisait^ sur Tave^ nir que pourrait valoir au Protecteur Tintimité de la France^ des insinuations grandes et indéfinies que Lock* hart recueillait et transmettait à Gromwell avec une satisfaction complaisante^ mais sans duperie. Évidemment^ à travers leurs méfiances et leurs réticences^ les deux négociateurs se plaisaient mutuellement et se rapprochaient peu à peu^ sans dépasser^ de part ni d'autre^ leur dessein. Le 23 mars 1657 enfin^ la négociation aboutit^ et un traité d'alliance offensive fut conclu à Paris entre la France et l'Angleterre ^ Gromwell promit qu'un corps de six miUe Anglais^ soutenus par une flotte prête à les ravitailler et à les appuyer le long

^ On ironv erdL ddiusles Documents historiques (n® XXIII) le texte complet et exact de ce traité qui n'a jamais été publié que par fragments, spécialement dans le Gorps diplomatique de Dut» ont (t. Vif part. II) pi 3d4), où l'on trouve en reranche (même tome, p. 178} un autre traité pour le même objet, mais complètement apocryphe et placé 60ub U fausse date du 9 mai 1657.

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