UtfBASSADES DE LOKD FAULCOx\JBKIDCiE
gentilslionimes. Une tempête les dispersa devant le port de Calais^ et à son vif déplaisir^ lord Faulconbridge débarqua' très-peu accompagné, en vue du roi, de la reine et de la cour établis sous une tente dressée sur le quai. Le comte de Charost, gouverneur de la place, vint à sa rencontre avec huit ou dix carrosses, et le conduisît au logement, préparé pour lui, dont les gardes suisses du roi occupaient les portes. Lord Faulconbridge apportait au roi et au cardinal des lettres du Protecteur qui insistait pour la prompte soumission de Dunkerque, « repaire de pirates. » Ils le reçurent Tun et l'autre, en public et en particulier, avec les plus grands honneurs officiels et les plus familiers témoignages d'intimité. Louis XIV se promena plus d'une heure avec lui dans son jardin, tête à tête et découvert. Mazarin, après un long entretien, le reconduisit jusqu'à la porte où l'attendait sa voiture, « extrême politesse, dit lord Faulconbridge, dont le cardinal se dispensait d'ordinaire avec tout le monde, même avec le roi. » Louis XIV fit don à l'ambassadeur de son portrait richement orné, et le chargea de remettre au Protecteur une magnifique épée. Mazarin envoya aussi à Cromwell une belle tenture de tapisserie. C'est l'habileté et l'orgueilleux plaisir des anciennes cours de combler de leurs faveurs les grands parvenus qu'elles ont besoin de gagner. Louis XIV et le cardinal ne se bornèrent pas à recevoir avec cet éclat l'ambassadeur du
1 Le 29 mai 1658.
ET DU DUC DE CRÉQUI (mawlin 1658). 377
Protecteur ; peu de jours après son départ, ils envoyèrent à leur tour à Londres* un ambassadeur extraordinaire, te duc de Créqui, accompagné du marquis Mancini, neveu de Mazarin, et porteur de deux lettres personnelles adressées à Cromvell par le roi et le cardinal : « Monsieur le Protecteur, lui écrivait Louis XIV, ayant « beaucoup de sentiment des témoignages que j'ai reçus « de votre affection par le vicomte de Faulconbridge, « votre gendre , je n'ai pu me contenter d'y avoir a répondu par son moyen, et j'ai désiré de vous donner a encore des marques plus expresses de la mienne en « vous envoyant mon cousin le duc de Créqui, premier a gentilhomme de ma chambre, auquel j'ai ordonné de « vous faire particulièrement connaître quelle est « l'estime en laquelle je tiens votre personne et com- « bien je fais d'état de votre amitié. Je l'ai aussi chargé a de vous témoigner la part que j'ai ressentie du glo- « rieux succès de nos armes dans l'heureuse journée du «t H de ce mois, et comme cette victoire et la rigueur « avec laquelle Dunkerque continue à être pressée me a font espérer la réduction de cette place dans peu de « jours; à quoi je ne cesserai point de m'appliquer avec « les mêmes soins que j'ai pris dès le commencement n du siège. Et bien que j'aie informé mon cousin le duc « de Créqui de mes intentions, comme aussi du détail «t de cette action, pour vous en faire le récit, je ne puis « pourtant que je ne vous dise, par cette lettre, que le
« Le 19 juin 1658.
J7« AMBASSADES DE LORD FAULCQNB^JDGJî:
« fiieur Lockhart, vptrp amj)gi§54fleiir y^s îppj, ç'egt « sigpalé par Ba yaleur et sa poiiduite en cett^ r^picoptr^^ « et que les troupes que vou? m'avez envoyées y ppt « (Jonné, à son exemple, des pre^yes de |[épérosité (çt « de courage extraordinaires. Ou sufpli|s, je mp prpc( mets que yous voudrez bien, ainsi que je vou$ ^ a prie, prendre um entière créance en ce que ynondit « cousin yous dira de ma part, çt surtout qu'il n'y a « rien que je désire davanjf^ge que de yqu^ faire? copc( naître par effet jusqu'à quej pQii^t vps intérêt^ pie (( sont chers*. »
Cromwell répondit înagniflquement à ces fastueuse^ démonstrations; un ^ntre d^ ses gendres, F^e^twppd;, aUa recevoir à Douvres le dijc de Créqui, ayec un§ suite de vingt carrosses à six chevaux et de deux cepjs cavaliers qui escortèrept partout l'ambassadeur de Fr^ce, Vépée nue. Arrivé à Londres, le duc de Créqui y fut traité comme lord Faulconbridge l'avait été à Calais; Cromwell, à son audience publique, descendit, pour aller au-devant de lui, deux degrés de ['pstr^de gur la,quelle il était placé, et le ^t, plus tard, açs^pir ^ pa dfoite, ayant, à sa gauche, spi) fils Richarc^t JElnfin^ à ^n
* On trouvera dans les Documents historiques (nQ XXVI) cette lettre complète, ainsi que six autres adressées, du 12 juin au l^juillet 1658, par le cardinal Mazarin k Cromwell, par M. (Je Brieane à ^.. de Bordeaux et par M. de !Qpr4ea)^x ^M. 4e iEUiemie. C^^te correspondance authentique démontre la fausseté des anecdotes et des prétendues lettres auxquelles, après d'autres historiens, M. Godwin a ajouté foi (Hist. of the C ommomjoealthf t. TV, p. 548-549).
ET DU DUC DE CRÉQUI (mai-jlin 1658). 379
départ^ l'ambassadeur reçut^ pour ses maîtres et pour lui-même, de beaux présents, entre autres sijc c^s^s pleines de plaques d'étain de Cornouaillçs, rii^bes^ solide cjue Cromwell epvoyait au cardinal avec une confiance familière et un pau dédaigneuse, le ^act^ant bien plus avide que yaniteu^*.
Au milieu d'un tel sjiccès accompli avec tapt de vigueur et manifesté avec tant d'éclat, à la vue de ces clefs de Dunkerquç remises entre ses mains par la France pour rester dans celles de TAngleterre^ Cromwell reprit la pensée et l'espérance d'un Parlement qui vînt sanctionner, appuyer et perpétuer son pouvoir. Ses plus intimes conseillers, Thurloe surtout, ne cessaient de l'y pousser; malgré les triomphes de leur maître, ils sentaient péniblement les embarras journaliers du gouvernement ; la confiance et l'argent leur manquaient : <c Nous sompiesici sans ressources, nos habits et nos bas a troués ; mendiant, de quelques aldermep de la Cité^ « pour les envoyer à Dunkerque, cinq ou six mille livres « sterling que, je le crains bipn, ils nous refuseront.... a PIous dépensons aussi peu que possible dans les cirni constances extraordinaires; mais nos circonstances « et nos dépenses sont si extraordinaires que nous ne et pourrions en rien retrancher avec sûreté.... Je ne
1 Thufloe, State-Papers, t. VII, p. X51, j;j8, X9?;— Plwen4on, Hist. ofthe RehelUorij 1. xv, c. 139:— Mark Noble, Memoirs of the Protectoral House, t. II, p. 391-393 ;— Godwin, Hist, of the Commofwoeaîth, t. IV, p. 546-560 > — Larrey, Hist, fi^Fronçêsous le règne de LomsXIV, t. III, p. 36-41.
Sm CKOMWELL MEDITE LA CONVOCATION
« sais en vérité ce que nous ferons sans le secours d'un « Parlement. » Ainsi écrivaient* Thurloe etFleetwood à Henri Cromwell^ qu'ils tenaient avec soin au courant de rétat des affaires. D'autre part, on disait au Protecteur que les dispositions des officiers récalcitrants étaient changées, qu'il ne rencontrerait plus dans Tarmée les mêmes obstacles, et qu'il pourrait hardiment accepter la couronne que le nouveau Parlement ne manquerait pas de lui offrir. On allait jusqu'à prétendre que, parmi les chefs républicains, quelques-uns des plus illustres et des plus obstinés, Rich, Ludlow, Yane lui-même , étaient disposés à se montrer plus faciles. Cromwell écoutait et ne se décidait pas :« Si vous me demandez par quels mo- « tifs Son Altesse n'en vient pas à cette résolution, écri- « vait Thurloe à Henri Cromwell •, je vous dirai que je « n'en sais point d'autres sinon les préjugés de quelques a honnêtes gens qui ne veulent pas des fondements sur « lesquels le Parlement pourrait nous établir, et, les a inquiétudes de quelques autres qui pensent que, si a le Parlement se laisse dominer par ces antipathies, il « amènera notre ruine. » Cromwell voulut sonder les dispositions de quelques hommes ; il chargea un comité de neuf membres d'examiner ce qu'il y aurait à faire dans le prochain Parlement pour se défendre, soit des Cavaliers , soit des vieux républicains. Fiennes, Fleetwood, Pickering, Desborough, Whalley, Goffe, Philippe
1 Les 13, 20, 27, 30 avril et 27 juillet 1658. « Le 27 avril 1658.
D'UN NOUVEAU PARLEMENT (avril-jdillkt 1658). 381
Jones, Cooper et Thurloe, cinq officiers et quatre fonctionnaires ci\ils, formaient ce comité. Après plus d'un mois de délibération, la majorité vota a qu'il était indif- « férent que la succession dans lé gouvernement fût élec- « tive ou héréditaire; » mais par complaisance pour les républicains obstinés, on ajouta a qu'il était désirable « qu'elle demeurât élective , c'est-à-dire que le Protec- « teur désignât lui-même son successeur. » Quand on lui remit cette consultation puérilement vaine, a Son Âl- « tesse, voyant qu'elle ne pouvait obtenir aucun avis des « hommes de qui elle attendait les meilleurs, dit qu'eUe « prendrait elle-même ses résolutions, car elle ne pouce vait en conscience rester plus longtemps in^mobile, « et se rendre coupable de la ruine du parti des bon- « nêtes gens et de toute la nation. Et vraiment, ajoute « Thurloe * , je souhaite depuis longtemps que Son « Altesse agisse selon sa propre pensée, et ne se préoc- (( cupe pas tant de celle des autres. Du reste. Son Altesse « est maintenant à Hamptoncourt, où elle restera ena core quelque temps, aussi bien pour sa propre santé c< que pour être auprès de sa fille, lady Elisabeth, qui « a été dangereusement malade, mais qui va un peu a mieux '. »
Cromwell en effet, depuis quelques mois déjà, ne
1 Le 13 juillet 1658.
« Thurloe, State-Papers, t. VII, p. 71, 84, 99, 100, 144, 269,295; — Burnet, Hist. de mon temps, t. I, p. 151-152, dans ma Collection ; — Oodwin, Tfixt, nf the Commnmrpnlth. t. IV, p. ^^^^^-'^(^'^.
âffâ CROMWELL DANS L INTÉRIEUR
donnait, aux soins de son gouvernement ou de son ambition^ ni tout son temps, ni toute son âme. Sa famille^ ses enfants, leurs intérêts et leur destinée Tavaient toujours sérieusement préoccupe. Sans ardeur afnbitieuse et sans illusion paternelle; il ne s^abusait point sur leurs talents ou leurs inérifes, et traitait leurs affaires en père soigneux et prévoyant plutôt qu'en souverain pressé de répandre sur les siens Téclat de son pouvoir. Connaissant l'indolence naturelle et l'insouciance politique de son âls aine Richard^ il le laissait vivre chez son beau-père, M. Major, dans le manoir de Hursle^ , en bon gentilhomme de campagne ; et il ne lança i^on second fils Henri dans le gouvernement de Flrlandô (Jue sous des formes modestes, par degrés tenté et après avoir éprouvé sa capacité. Devenu I^rofêcteur, il voulut avoir et il eut une cour; mais l'austérité de son parti, le caractère militaire de son gouvernement, les moeurs, les goûts et les méfiances de la plupart de ses adhérents la contenaient dans des limites ûsâez étroites ; la famille de Cromwell fut le centre et le principal élément de sa cour. Sa femme, Elisabeth Bourchiér, était peu propre à y briller ; c'était une personne simple, craintive, plus intéressée qu'ambitieuse, inquiète de l'avenir, préoccupée dé s'y assurer des ressources, et jalouse de son mari qui, tout en vivant bien avec elle, lui en fournissait de justes motifs. Lady Bysart, qui fut plusl tard duchesse de Latrderdâlé, mistriàS Lambert, et peut-être d'autres encore doiii les noms sont plus incertains, avaient eu, ou avaient avec