‹ Histoire de la révolution d'AngleterreChapitre 128 sur 150 · D£ SA FAMILLE · texte numérisé non relu

D£ SA FAMILLE

sans mélange. Mais dans Thiver de 1658^ la mort y entra avec des rigueurs inaccoutumées : au bout de trois mois de mariage^ sa ûlle Françoise perdit son mari, Robert Rich^ à peine âgé de vingt-trois ans; trois mois après, le grand-père de M. Rich, le comte de Warwick, le plus intime des amis de Cromwell parmi les grands ligueurs ^ et qui n'avait cessé de lui donner à la fois d'utiles conseils et des marques d'un vrai dévouement^ suivit son petit-fils au tombeau. Cromwell sentit vivement ces deux pertes; l'une était prématurée; l'autre l'avertissait des approches de la vieillesse et des vides irréparables qui se font autour d'elle. Â peine quelques semaines s'étaient écoulées; un coup bien plus rude vint le frapper. Sa fille chérie^ lady Claypole^ était depuis longtemps faible et souifrante ; il l'avait établie dans le palais de Hamptoncourt pour qu^elle y jouit de l'air et du repos de la campagne. La voyant de plus en plus malade^ il vint y résider lui-même^ pour la soigner de près et constamment. Elle avait^ pour lui^ un grand et particulier attrait; c'était une personne de sentiments nobles et délicats^ d'un esprit élégant et cultivé^ fidèle à ses amis^ généreuse envers ses ennemis^ tendre pour son père, à la fois fière et inquiète de lui, et qui jouissait vivement de son intimité. Souvent fatigué, et des hommes qui s'agitaient autour de lui, et de ses propres agitations, Cromwell prenait plaisir à se reposer dans la société de cette âme si étrangère aux luttes brutales et aux actes violents qui avaient rempli et qui remplissaient encore sa vie. Mais ce plaisir se

386 MORT DE LADT CLAYPOLE (6 août 1658).

changea en une amère douleur ; le mal, awnpliqué et obscur, de lady Claypole empira rapidement; elle tomba dans des crises nerveuses au milieu desquelles elle laissait éclater, derant son père, tantôt ses cruelles souffrances, tantôt les tristesses et les anxiétés pieuses qu'eUe ressentait à son sujet. Toujours assidu auprès de sa fille, Cromwell subissait, en les comprimant arec sa force d'âme, ces impressions si douloureuses. Le 6 août 1658, lady Claypole mourut. Le Protecteur se donna la triste satisfaction d'entourer le cercueil de sa flHe de toutes les pompes dont il pouvait disposer; il la fit transporter à Westminster, dans la Chambre Peinte, où elle resta vingt-quatre heures solennellement exposée, et de là dans la chapelle de Henri YII, où elle fut ensevelie dans un caveau spécial, au milieu des tombes des rois*.

La maladie de lady Claypole avait trouvé Cromwell malade lui-même : quoiqu'il eût résisté avec succès aux crises de fièvre dont il avait été atteint dans ses campagnes d'Irlande et d'Ecosse, son robuste tempérament en était resté altéré; des maux douloureux, et toujours près de devenir dangereux, la gravelle, la goutte, des désordres dans le foie et dans les reins, le défaut de sommeil lui étaient devenus habituels. Quand il en ressen-

* Carlyle, CromwélVs Letters and SpeecheSj t. II, p. 659*660; — Thurloe, Sbate-Paptrs, t. VU, p. 330;— Mark NOM0, Memeirs of the Protectoral House, t. I, p. 84-90, 132, 134, 137-143; t. II, p. 399-<402; — Godwin, Hist, of the Commonwealthj t. IV. p. 527-680.

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