‹ Histoire de la révolution d'AngleterreChapitre 130 sur 150 · ETAT MORAL DE CROMWELL · texte numérisé non relu

ETAT MORAL DE CROMWELL

<K rapprochant un souffle de mort sur lui; il avait l'air « d'un homme mort. Quand je lui eus exposé les souf- « frances des frères^ il m'ordonna de venir chez lui pour « lui en reparler. Je retournai le lendemain à Hampton- « court; mais quand j'arrivai^ Harvey, qui était de « service auprès de lui^ me dit que les docteurs ne (c voulaient pas que je lui parlasse. Je m'en allai, et je « ne l'ai jamais revu ^ . b

La fièvre s'était fort aggravée : les médecins furent d'avis que le Protecteur changeât d'air et quittât Hamptoncourt pour Londres. Il rentra à Whitehall le U août 1658, et de ce moment, malgré quelques apparences de répit, le mal et le péril devinrent de plus en plus pressants. Cromwell ne s'occupa plus d'affaires publiques, et parut n'y plus penser. Dans $on âme pourtant, il n'avait point renoncé à la vie et à tout avenir terrestre; ayant entendu ses médecins s'entretenir de son pouls qu'ils trouvaient désordonné et intermittent, ces paroles le frappèrent; il fut saisi d'une sueur froide, se trouva presque mal, se remit dans son lit, fit appeler un secrétaire, et régla ses affaires intérieures et privées. Le lendemain matin, l'un de ses médecins entra dans sa chambre : a Pourquoi avez-vous l'air si triste? lui « demanda Cromwell ;— Ceux sur qui pèse la responsa-

i Thurloe, State-Papers, t. VII, p. 299, 301, 320, 365 ;^Foxs Jotumah 1. 1, p. 485-486 ; — Carlyle, CromwelVs Letters and Speeches, t, II, p. 661-662;— Claren don, Hist. of the Rébellion, 1. xv, r. 145-140.

PENDANT SA MALADIE (août-septembre 1658). 389

a bilité de Yotre vie De peuveDt pas ne pas être forte- « ment préoccupés; — Vous autres médecins^ vous « croyez que je vais mourir, » et prenant la main de sa femme lady Elisabeth, qui était auprès de lui : « Je te « déclare que je ne mourrai pas de cette maladie-<ci ; j'en « suis sûr. » Le médecin le> regardait, sans doute avec quelque air de surprise : « Vous croyez que je suis fou , « reprit Cromwell; mais je dis la vérité, et fondé sur « des motifs plus certains qu'Hippocrate et Galien ne « vous en peuvent fournir. Dieu a accordé cette ré- « ponse, non pas aux prières de moi seul , mais à ceUes « d'hommes qui ont avec lui un commerce bien plus a intime. Ayez donc confiance ; chassez de vos yeux la « tristesse, et traitez-moi comme un pauvre dômes- « tique. Vous pouvez beaucoup par votre science; cr mais la nature peut bien plus que tous les médec( cins ensemble, et Dieu est infiniment plus puisci sant que la nature. D.Le voyant si vivement excité après une nuit presque sans sommeil, le médecin lui ordonna un repos absolu, sortit de la chambre et rencontrant un de ses confrères : < Je crains, lui dit-il , c( que notre malade ne soit bien près de la folie, » et il lui répéta ce qu'il venait d'entendre. « Ëtes- « vous à ce point étranger dans ce palais, répondit « l'autre, et ne savez-vous pas ce qui s'est passé « la nuit dernière? Les chapelains du Protecteur et a tous les saints, leurs amis, dispersés dans les a différentes parties du palais, se sont mis en prières « pour son salut, et ils ont tous entendu cette

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