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Décret du roi d'Espaytu Philippe IV, adressé à don lieronimo de la Torre.
Aranjuci, 14 avril 1651'».
On écrira h don Âlonzo de (]ardeûas9 mon ambassadeur en Angleterre^ que cesjours derniers il doit avoir reçu une lettre de change de cent mille écus, fournie par André Piquenotti à l'ordre du même don Alonzo à qui don Louis de Haro l'a en- > oyée pour qu'il ait à l'employer dans quelques affaires secrètes du prince de Condé^ conformément aux avis qui lui viendront de Flandre ; et comme Maserolles qui est parti pour ce pays a offert de remettre au prince cinquante mille écus pour qu'il pût entrer en campagne et qu'on n'a .pu lui envoyer sur-lechamp une lettre de change de cette somme, j'ordonne à don Alonzo que^ sur la lettre de change de cent mille écus qu'on lui envoie, il remette au prince ou à la personne désignée par lui cinquante mille écus afin qu'il puisse s'en servir promptement ; les cinquante mille écus que doit recevoir Maserolles seront remis à don Alonzo pour remplacer les cinquante mille qu'il doit donner immédiatement au prince et compléter ainsi les cent mille écus qu'il doit employer selon les avis qu^il recevra de Flandre.
HisTOKiQiiKs. rr,
Pnpo 2].'l.
Jo OlivierCromwell, Protecteur de la République elMwglelerre, au sérénissime Prince Emmanuel, Duc de Savoie. Prince de Piémont, salut.
Whileliall, i:i mai 16%.').
Sérénissime Prince ,
Nous avons reçu de Genève, du Dauphiné et de plusieurs autres lieux limitrophes de vos États , des lettres qui nous apprennent que les sujets de Votre Altesse Royale professant la religion réformée ont reçu, par un édit émané de votre autorité, Tordre de quitter leurs demeures et leurs terres, dans Tespacc de trois jours à dater de la promulgation de cet édit, qui menaçait en même temps ceux qui auraient désobéi de la perte de tous leurs biens et de la peine capitale y à moins qu'ils ne se fussent engagés par serment à abandonner leur religion et à embrasser la foi catholique avant que vingt jours se fussent écoulés ; et tandis qu'ils adressaient à Votre Allasse Royale leurs supplications pour que cet édit fût révoqué et pour obtenir d'être reçus en grâce comme autrefois et de rentrer en possession de la liberté que vos sérénissimes aïeux leur avaient accordée, une partie de votre armée s'est jetée sur eux, en a très-cruellement massacré une partie, en a plongé d'auti-es dans les fers, et a chassé le reste jusque dans dos déserts et sur des montagnes couvertes de neige où des centaines de familles en sont réduites à une telle extrémité que le froid et la faim donnent à craindre, pour elles toutes, une mort rapide et misérable. TiOrsque ces nouvelles nous ont élé ap-
.'ilH DOCrMEXTS
poi téos, nous ne pouvions pas n'être pas ému profondément (lo douleur et de pitié, au récit de telles souffrances. Et nous qui faisons profession d'être uni à ce peuple afQigé non seulement par une commune origine^ comme hommes, mais encore par une religion commune, et^ à ce titre, par une affection toute fraternelle, nous avons pensé que nous nous acquitterions mal de nos devoirs envers Dieu et de la charité due a nos frères si, dans leur malheur et dans leur ruine, nous noi)s arrêtions à la seule tristesse, sans tenter tous les efforts qui sont en notre pouvoir pour alléger leur accablement soudain. Aussi nous prions et nous supplions avec instance Votre A. R. de vouloir bien considérer la conduite de ses sérénissimes aïeux et les libertés de tout temps accordées et confirinées h SCS sujets du Valais; libertés qui furent établies et maintenues, parce que c^était une œuvre certainement agréable à Dieu qui a voulu rendre inviolables les droits de la conscience ot s'en réserver l'empire pour lui seul, et, en même temps, sans contredit , parce qu'il fut tenu compte , selon leurs mériic9>y aux sujets valaisiens, de leur courage à la guerre^ de leur lidélité et de leur obéissance éprouvées dans ta paix. Puisque Votre Sérénissime A. R. s'attache, dans tout le reste, à suivre , avec autant de gloire que de douceur , la trace de ses ancêtres, nous la supplions, sans nous lasser, de ne pas abandonner leur exemple en cette occasion ; d'abréger cet édit et tous les édits qui troubleraient le repos de quelques-uns de ses sujets à cause de la religion réformée ; de rendre aux malheureux qui ont été persécutés leur patrie et leurs biens ; de leur assurer la jouissance des droits acquis et de l'ancienne liberté; de les dédommager des pertes qu'ils ont éprouvées, ot de mettre fin aux vexations exercées contre eux. Si Votre A. R. agit ainsi, elle aura fait une action qui plaira à Dieu; elle aura relevé et sauvé un peuple abattu ; elle se sera acquis la reconnaissance de tons ceux de ses voisins qui appartiennent
à la religion réformée, et surtout notre propre reconnaissance ; car nous regarderons votre bonté et votre clémence envers les Valais^ens comme une faveur à nous faite, en raison de nos instances. Aussi nous nous regarderons comme obligé à rendre a notre tour de bons offices à Votre A. R.^ et non seulement à maintenir^ mais encore à resserrer Tunipu entre cette Repu*blique et vos États, et par là seront jetés les fondements de la plus solide amitié. A cet effet, nous ne comptons pas moins sur votre justice et votre modération naturelles que sur la grâce de Dieu, auquel nous demandons de tounier selon ses vues vos pensées et vos desseins^ et nous vous souhaitons de tofite notre âme, à vous et à votre peuple, la paix, la possession de la vérité et le succès de toutos vos entreprises.
2*» Lf. Proteetmr (romu^eU au roi Louis XIV.
Wliijehall, 2?) mai 16^^.
Sérénissipfie Roi, Les gémissements des malheureux protestants qi^i f^abitent ILoicerne, A^grogne, et quelques autres vallées dans les États lu duc de Savoie, sont arrivés jusqu'à no^s : les massacres sanguinaires qw les ont décimés, la spoliation et Texil des survivants, toutes ce? trustes npiiyelles npps ont pou3sé à écrire cptte lettre à V- M., siurtout quaijd on npus a dit (ce que nous ne savpns pa? encore avpc assez 4® certitude) qu'une partie des régiment? de V, M. s'était jointe au^ troupes du duc de Savoie pour accomplir cette œuvre cniejle. Toutefois nous n'avons pas ajouté foi légèrement à ce bruit, car une telle conduite ne nous semblait ni digne des bons rois, ni en accord avec les habitudes des prudents ancêtres de V. M. -, ils ont toujours estimé qu'il était de leur intérêt, pour la tranquillité de leur propre royaume et de la chrétienté tout
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t^ntière, ilc |K»rmotlro h leurs sujets de la i*eligion réformée de vivre à- Tabri des atljiqucs et de la violence^ sous leur autorité et leur protection; et c est cette clémence qui a si souvent valu aux rois de France^ soit dans la paix^ soit dans la guerre, Tulile et glorieux concours de leurs sujets protestants. Un tel exemple persuada aux ducs de Savoie de traiter avec la même bénignité les habitants des vallées des Alpes qui se montrèrent en retour trcs-soumis à leurs princes, et n'épargnèrent jamais pour les servir ni leur vie ni leur propre fortune. Nous ne doutons pats que Talliance de V. M. avec le présent duc de Savoie, et l'autorité que vos paroles ont auprès de lui, ne vous mettent en passe d'obtenir pour ces malheureux, par votre intervention et par votre bonne volonté ouvertement signifiée^ la paix et la permission de rentrer dans leur patrie^ et la restitution de leur ancienne liberté. Ce sera une action digne de Y. M., et conforme aux nobles exemples de vos sérénissimcs aïeux ; et non seulement ceux de vos sujets qui professent la même religion seront par là grandement affermis dans la croyance qu'ils n'ont rien de semblable à craindre, mais encore les alliés et confédérés protestants de Y. M. lui seront désormais attachés par une lldélité et une amitié bien plus fortes. Quant à ce qui nous concerne, tout ce que Yotre Majesté accordera en ce genre à ses propres sujets, ou obtiendra^ par son intervention, pour les sujets des autres puissances, prendra rang dans notre reconnaissance à l'égal et même bien au-dessus de tous les autres avantages, déjà si grands et si nombreux, que nous peut promettre l'amitié de Y. M.
> Le Protecteur Cromwell au cardinal Mazarin.
AVIiitelinll, 25 mai 1655.
Éminence, Los malheurs accablants et les sanglants massacres qui onl
tlésolô (Icrnièrement los populations de quelques vallées des Alpes^ dans les Élals du duc de Savoie, m'ont fait écrire à S. M. le roi de*France la lettre ci-incluse, et cette autre lettre à Votre Éminence elle-même ; et de même que je ne puis douter que tant de cruautés exercées contre des hommes innocents et faibles ne déplaisent profondément à Sa Majesté et ne la blessent, je me persuade aussi sans peine que j'obtiendrai votre bienveillance et votre concours, suprême assurance de succès, pour appuyer les demandes que j'adresse à S. M. en faveur de ces malheureux. Rien n'a fait autant, pour concilier à la nation française l'amitié de tous ses voisins appartenant à la religion réformée^ que la Hberté et les privilèges dont les protestants jouissent dans son sein, par le bienfait de ses édits et de ses actes publics ; et c'est là^ entre bien des causes^ la cause la plus puissante qui ait inspiré à cette République un tlésir croissant de posséder l'amitié et l'alliance des Français. C'est pour établir cette alliance que nous som^' mes depuis longtemps déjà en conférence avec un envoyé de S. M., et la négociation touche presque à son terme. Bien plus^ Votre Éminence elle-même^ dans l'administration des plus grandes afflEiires , a montré envers les protestants du royaume une douceur singulière et une modération qui me font espérer et attendre tout^ en cette occasion, de votre sagesse et de votre magnanimité. Votre Éminence aura ainsi jeté les fondements d'une union plus intime encore entre cette République et le trône de France ; et elle m'aura personnellement obligé envers elle à lui faire preuve, quand mon tour viendra, de toute la facilité et de toute l'amitié dues, ce que je prie Votre Éminence de croire.
h%i nOCUMKNTS
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Louh XI y à M. le Protecteur,
Monsieur le Prolecteur ;
Dès que je fus averti que le duc de Savoie avait pris Tocraftion du passage des troupes que j'envoyais (sp Italie pour assister le duc de Modène dans Tiovasion que les Espagnols avait faite dans ses États, pour châtier (seloQ qu'il me Ta depuis fait entendre) la rébellion et désobéissance d'aucuns de ses sujets qui font profession de la religion prétendue réformée y et que ces gens m'eurent prié de leur permettre de se mettre à couvert de la persécution qu'ils disaient leur être faite en haine de la religion qu'ils professent , je dépêchai à l'instant pour témoigner que je n'approuvais nullement la conduite qu'on avait tenue employant rnes forces en une chose de cette nature sans mon conmiandement , quoiqu'on Teût fait sous prétexte de les faire loger dans la vallée d^ I^ucerne; et je lis passer divers offices à l'endroit du duc de Savoie pour faire cesser le châtiment qu'on disait se continuer contre aucuns d'entre eux qui étaient demeurés en ses pays ; et mandai au duc de Lesdiguières, gouverneur de ma province du Dauphiné, de les y accueillir et par un bop traitemeut leur faire ressentir les effets de ma protection;Et présentement que, par votre lettre en date du 25* du passé, j'ai été informa que vous êtes touché du malheur de ces pauvres gens , je suis bien aise d'avoir prévenu vos désirs, et je continuerai mes instances onvers ce prince pour leur soulagement , et pour qu'il consente qu'ils puissent rétablir leurs demeures aux lieux de ses
HISTORIQUES. rm
VÀais esquels il leur avait été concédé par les ducs de Savoie ses prédécesseurs ; m^étant même avancé de répondre en ce cas de leur Adélité et obéissance^ de façon que j'ai sujet d'espérer que mes prières ne seront pas inutiles. Au reste, vous avez bien jugé dans cette affaire , ne croyant point que j'eusse donné aucun ordre à mes troupes de faire une semblable exécution; et à la vérité il n'y avait pas d'apparence que le soupçon pût tomber dans l'esprit d'aucune personne éclairée que j'eusse voulu contribuer au châtiment de quelques sujets du duc de Savoie faisant profession de la religion prétendue réformée que je tolère dans mes royaumes, pendant que je donne tant de marques de ma bonne volonté à ceux de mes sujets de la même créance, et que j'ai tout sujet de me louer de leur . fidélité et zèle à mon service, ne perdant aucune occasion de le témoigner et allant même au-devant de tout ce qu'ils peuvent s'imaginer me devoir plaire et contribuer au bien et à l'avantage de mes affaires.
C'est tout ce que je puis dire en réponse de votre lettre, mais je ne finirai pas sans vous prier d'être assuré qu'en toutes rencontres vous connaîtrez l'estime que je fais de votre personne , et que c'est du meilleur de mon cœur que je demande à la divine majesté qu'elle vous ait, Monsieur le Protecteur, en sa sainte et digne garde.
ficrit à la Fèrej le i2e jour de jnip 1655.
Louis.
. il. tif HoFtlfau.r à .H. de Hrimm.
....Ils mriliientqiK^SoDAllesscct le Conseil avaient appris aM>L- Iwaui'oup de ressentiment la persécution des protestants de Savoie; que suivant les avis de ce pays l'ambassadeur de Sa .MajesU' l'avait suggérée et que ses troupes, entrées avec quelques l'égimenls irlandais, l'avaient exécutée avec un esprit de sengcancu; que nos ennemis se servaient de ce préteite pour verniidir les Irannes intentions de Son Àllcsse, lui représentanl que la bienséance ne lui permettait pas de s'unir avec Sa Ha- Jcslé, dans le temps qu'elle faisait persécuter Icsditsreligionnail'cs.et qu'ils avaient oi'dre de me demander quelque satisfaction sur ce sujet. L'un desdils commissaires m'avait, dès la veille, l'ait tout le mëmediscours, et aussi rendis-jelamcme réponse, que cette aJTaire n'avait rien de commun avec notre traité, qu'il se pouvait souvenir des déclarations que j'avais faites dès le commencement de ma négociation, que comme M. le l'rolecteur disposait à sa volonté des catholiques d'Angleterre, aussi le roi ne rendait compte h pei-sonne du gouvernement [te son royaume ; qu'il y avait encore bien moins de sujet de lui faire des plaintes de ce qui s'était passé cbez un prince souverain, aussi indépendant de la Fiance que de l'AnglcIerre, l't que, si ce gouvernement prétendait mêler cette affaire avec notre accommodement, il ne fallait plus parler de la paix, pour le moins aussi avantageuse l'i M. le Protecteur qu'à Sa Majesté ;
IliSTOKlgUES. :y2:y
cL pour ^^uéi'ii* ses scrupules cl le désabuser des avis que l'on lui donne, il n'avait qu'à considérer le bon traitement que recevaient les religionnaires de France , la liaison étroite que nous avions avec les États de la même profession de foi, et demander au ministre Stoupe, qui avail porté cette nouvelle, (c^est le même dont autrefois M. de Saint- André Monbrun a pai-lé), ce qu'il avait fait chez l'ambassadeur d'Espagne samedi dernier, et pour quel service il en avait reçu deux mille francs ce même jour. Nous changeâmes ensuite de ton et de style, et lesdijs commissaires, ayant fait retirer plusieurs gens, ils me dirent que Son Altesse me priait d'écrire au roi .qu'elle se sentirait fort obligée s'il lui plaisait de s'entremettre en faveur desdits religionnaires, en telle façon qu'il paiiit que sa recommandation eût produit quelque avantage, se réduisant à les laisser vivre comme par le passé. Cette demande fut faite en des ternies qui ne ressentaient plus le zèle de religion, mais plutôt un désir de s'accréditer parmi les presbytériens d'ici, en leur faisant voir que ce régime n'oublie aucun office pour secourir leurs confrères. Je ne jugeai pas à propos de repousser cette prière; seulement leur donnai-je avis que, pour la rendre efficace, Son Altesse, après la signature du traité, me devait charger d'en écrire au roi comme d'une faveur particulière qu'elle en attendait ; lesdits commissaires parurent satisfaits de cette réponse que j'accompagnai de beaucoup d'autres belles paroles^ afin de n'en perdre pas le fruit. Je les pressai de prendre jour pour la signature du traité; ils me remirent jusqu'à ce que le Conseil eût entendu le rapport, avec assurance de ne plus différer. L'un desdits commissaires a parlé ce matin à l'ambassadeur de MM. les États généraux en mêmes termes, témoignant d'être sortis fort contents de la conférence d'hier, et surtout de ce que je leur avais dit touchant le soulèvement des vallées de Savoie, dont on fait ici une grande affaire par les menées des ambassa-
320 1)oci:mem>
deurs d'Espagne qui se sont servis dudil ministre pour publier ces bruits au moment que l'on croyait notre traité prêt à signer^ quoique la nouvelle on fût arrivée il y a longtemps.
i» Le même au même.
Luiiilrt'!', 5 juin I60I).
J^ai i-eçu cejourd'bui les deux lettres ju'il vous a plu de m'écrii-e en date des i? et â8 de mai. La première, qui nie coniirme ce que Son Éminence m'a fait savoir pai* Tune des siennes^ m'obligerait de rapporter beaucoup de particularités^ qui peuvent être échappées de mes précédentes dépêciies^ si elle ne suffisait pour convaincre d'erreur Favis qui m'impute les longueurs de ma négociation et représente M. le Protecteur si disposé à la conclusion du traité. Il est bien vrai que ses ministres l'ont souvent publié, et même que je refusais des conditions dans le même temps que je leur proposais ; mais en ayant fait quelquefois des reproches à mes commissaires, ils ont reconnu la vérité, et m'étant plaint à l'un d'eux, qui affecte d'être porté à l'accommodement, de tous ces délais, il ne fit pas scrupule de me mander que tout le monde n'était pas de son avis et qu'il ne pouvait pas s'empêcher de suivre les ordres qui lui étaient donnés* Quand ces avis ne déclareraient pas de quel esprit ce régime agit, pour en être entièrement éclairci, il ne faut que considérer su conduite présente. Nous étions d'accord, il y a près de deux mois, de tous les articles, et lorsque j'attendais mes commissaires pour signer, ils formèrent difficulté sur celui du transport des biens ennemis; après m'être accommodé à leur désir, sur la parole que me porta l'ambassadeur de MM. des Ktals généraux, de leur part, d'une prompte conclusion, \h
HlSTORigrES. .V27
me vinrent trouver avec des articles tout différents de ceux dont nous étions convenus par écrite faisant revivre de vieilles questions sans les appuyer lors d^aucune raison, ni s'être depuis défendus que leur dessein n^eût été d'entendre l^ambassadeur d'Espagne devant que de rien résoudre avec moi. A ce prétexte, les affaires doitiestiques ont succédé, et enfm il y a huit jours que lesdits commissaires me donnèrent parole positive de ne plus différer. Je les ai depuis pressés sans relâche de signer, et de leur part ils ont affecté d'être dans celte disposition, faisant mettre au net le traité, et m'ayant, jusqu'à cette après-dinée, tenu dans l'espérance de me l'apporter. Ne recevant point de leurs nouvelles, j'ai envoyé ce soir chez le secrétaire d'État, qui avait ce matin donné les mêmes assurances que lesdits commissaires; mais il a changé de langage et chargé mon homme de me rapporter que Son Altesse, émue des cris et lamentations des pauvres protestants de Savoie^ avait résolu , auparavant que de rien signer , d'écrire au roi en leur faveur et d'envoyer la lettre par un exprès, ajoutant beaucoup de protestations que ce n'était point un prétexte pour retarder l'accommodement, mais que les grandes cruautés qui s'exerçaient contre leurs confrorei>, dont les nouvelles n'étaient venues que cejourd'hui, et la grande autorité qu'a le roi sur le duc de Savoie, obligeaient M. le Protecteur de leur rendre cet office, et ne lui permettaient pas de signer un traité dans une telle conjoncture, l'avouai d'être surpris de ce changement^ encore que, comme il aura paru dans ma dernière lettre, je fusse déjà enti'é dn quelque défiance, et que même j'eusse demandé des ordres, au cas que, sous ce prétexte de religion, Ton voulût m'amuser. Les assui'ances si précises qui m'étaient réitérées tous les jours, l'avantage que ce régime trouve dans l'amitié de la France, les nouvelles venues des Barbades depuis peu, guérissaient mes soupçons et m'avaient persuadé que les allairc»
piciulraieiit lin. Je ne sais maint^ant à quoi altribuei* un |>i*ucédé si contraire^ le zèle de religion n^étant pas capable d*ôbranler les desseins du Protecteur : il est bien vrai que rEs|)agne a fait agir quelques ministres , que Ton a répandu cette nouvelle avec mille circonstances propres à exciter la compassion, que le peuple, suiiout les Indépendants^ témoignent avoir un esprit de vengeance et de secoui's, et que ce gouvernement; pour s'accréditer, poui'rait faii*e quelque dcmarcbc qui d'ailleurs s'accommoderait au peu d'inclination qu'il a de conclure. Elle ne parait point avoir d'autre principe que la jalousie des forces de France^ ou quelque complaisance pour nos ennemis.
H" Le même au même,
Luiidrujj lu juin tO'îo.
.... L'on a d'ailleurs jeté cctlc nuit force libelles qui excileirt !(• peuple à faire sentir aux catholiques le même haitcmenl que le duc de Savoie a fait sentir aux Vaudois ; ce qui leur cause une grande alarme et a obligé quelques-uns des principaux ù me demander une relation de ce soulèvement pour la faire imprimer, et par là désabuser le peuple, persuadé que toutes les cruautés imaginables ont été exercées contre leurs frères, quelque impression contraire que j'aie voulu donner , soit à mes commissaires ou à beaucoup d'autres personnes de condition qui m'en ont parlé. Il aurait étéjassez à propos que j'eusse été plus informé des particularités pour satisfaire lesdits catholiques; rien néanmoins n'est capable de les mettre à coiivci t de la rigueur des lois pénales anciennement établies contre eux, qu'un pardon du duc de Savoie.
HISTORIQUES. 5i9
1° Le même au même,
.... Il semble que^ pour le fomenter (renthousiasme) J^on a pris tant de soins de faire une levée sous le nom d'aumône qui suffirait pour entretenir des troupes considérables; Ton ne saurait encore savoirà quoi elle se monte, mais à juger par les charités de Londres^ elle doit être excessive ; personne n'en a été exempt; les soldats même ont voulu paraître charitables, Bi les prédicateurs n'ont rien oublié pour exciter de l'aigreur coatre celte prétendue persécution^ sans épargner, en beaucoup de chaires, la France, ni omettre rexémple de ki Saint-Barthélémy.. Je dois voir cette nuit le ministre Stoupc, qui m'a fait offrir par le Suisse de me découvrir de grands secrets sur cette matière^ et de servir désormais la Fra&ce, moyennant réconipense; pour laïquelle il veut par avance trois cents livres ster* ling; quoique son crédit ne soit pas capable de faire la paix ou la guerre, néaniÂoins, je me suis laissé persuader de les consigner entre les mains dudit Suisse, pour lui être délivrées après l'avoir entretenu, si je trouve qu'il les puisse mériter; jugeant plus à propos^ dans l'état présent de ma négociation, d'hasarder cette somme, pour laquelle Sa Majesté ordonnera, s'il lui plaît, le remboursement, que de rebuter un homme qui, étant employé par M. le Protecteur dans ses desseins touchant ceux de la religion prétendue réformée, pourra donner quelque mémoire utile. Je crois qu'il aurait été plus avantageux de faire un présent à mon principal commissaire, qui est présentement l'un des chanceliers du grand sceau ; il fut mandé de la campagne pour ce sujet plutôt que pour notre traité, et incontinent après son établissement, il reçut le serment du premier juge d'Angleterre, que i\l* le Protecteur a T. II. 34
établi en la place de Tancien qui a remis sa commission pour ne pas juger contre les lois du pays. Ce même scrupule avait porté les trois commissaires du sceau de renoncer à leur emploi f mais l'un d'eux a été persuadé de continuer avec ledit commissaire^ ci-devant colonel du Parlement^ et qui s'attendait seulement d'être garde du privé sceau.
*> Le umM au uiénie.
Lundrcf, ^ juillet 16jd.
.... I^s discours et rapports qui m'ont été faits sur le souR'vcment des Vallées me donnent la pensée qu'il (le Protedeuv) voudrait proposer l'échange de ce pays et offrir ses offices^ afin que Sa Majesté ne parût point l'avoir recherché ; ledit ministit: m'assure qu'il lui arrivait demain ime lettre sans seing qui témoignait que l'intention desdits Vaudois était de prendre ce parti s'ils^ne pouvaient s'ériger en république; et cette offre d'entrer en communication des moyens de les secourir et de prendre des mesures sur cette affaire, qui établirait une plus étroite amitié entre les deni nations, ne semble point se devoir entendre autrement.
O*» Lecardimil Maziirin à J/. de Hordeaux.
Mou$>icur,
J'ai revu \otre lettre du i''^ de ce uiuis. Le Koi approuve ce que vous avez fait avec le ministre Stoupe, et l'oa a douné ordre au remboursement des trois ceuls livres sterlitig que >ous avcjs promises. Je me remets du surplus » M. le couile
de Bi'ienne, qui vous mandera plus paiticulièremeiit Ic8 inleuiions de Su Majeslé.
7" M. de Bordeaux à M, de Brienne,
Lundrci, 23 juillet 16jii.
.... 11 me semble assez à propos de prendre encore patience jusqu'à ce temps, afm qu'au moins le Protecteur ne puisse pas tirer avantage de ce zèle de religion qu'il afiecte, pour se conserver dans le crédit par les mêmes voies qui l'ont élevé au haut degré de puissance dont il est revêtu ; sa politique s'accommoderait assez bien avec une guerre dans lesdites Vallées; et j'ai reconnu, par le discours de l'un de mes commissaires, et par quelques avis qui m'ont été donnés, que l'on voudrait bien engager les cantons des Suisses protestants à secourir leurs voisins. Le voyage du colonel Mey et son procédé fort plein de réserves m'ayant d'ailleurs donné de l'ombrage, quoiqu'il affectât un grand zèle pour le service de la France , je lui découvris mes défiances sous le titre d'avis certain qui m'avait été donné de quelques propositions que ces seigneurs avaient fait faire par lui à ce gouvernement; après s'en être défendu quelque temps, se trouvant pressé par quelques particularités, il m'avoua que ses supérieurs l'avaient fait passer en Angleterre pour assurer M. le Protecteur que, s'il voulait envoyer de l'argent auxdits soulevés , les Suisses fourniraient des hommes, dont ils se trouvent beaucoup chargés; qu'il avait exécuté ses ordres, même donnés par écrit, sur cette proposition, et qu'il a été résolu d'envoyer en Suisse un officier de l'armée, pour aviser, avec les députés des cantons protestants, auK moyens de rétablir, avec sâreté pour l'avenir, les habitants desdites Vallées; que cependant on leur ferait tcnii* dix mille livres sterling tous les mois, sans en
:,:i2 DOCUMENTS
dôliiiir le iiombiie, et qu'il |)ai'tirait demain )K)ur se trouver eu son pays en même temps que Tenvoyc de M. Je Prolecteur....
(Kt plus bas :)
Le Protecteur a bien la vanité de vouloir jiassor pour défenseur de la foi, quoiqu'il n'en prenne pas le titre. Il se flatte aussi que nos prétendus réformés mettent en lui toute leur espérance; ce n'est pas qu'il ait paru ici aucun homme de leur part, et je ne trouve poiiït que mes lettres aient accusé Tairivée de ce colonel dont il est parlé dans votre dernière : cet avis doit ôtre venu d'ailleurs que de moi, et de quelqu'un qui a pris le colonel Mey pour Français; le ministre Stoupc prétend être le seul négociateur, et ne se cache point d'avoir commerce avec l'ambassadeur d'Espagne, offrant de le discontinuer si S. E. le désire. Il m'a paru plus à propos de le souffrir et de m'en remettre à sa bonne foi, sur laquelle je ne me repose pas beaucoup, mais il est bien difficile de se garantir entièrement d'être trompé par telle sorte de gens. Il m'a rapporté que lundi dernier Barrière le mena chez l'am- "bassadeur, qui lui pro[iosa d'aller en Savoie pour distribuer quelque argent aux ministres des soulevés, que le marquis.... lui remettrait en main, et qU'il a refusé cette commission, sur ce que n'étant point envoyé en ces quartiei*s par le Protecteur, son voyage ne pourrait qu'être suspect ; il me parle, en mêmes termes que le colonel Mey, des intentions de ce gouvernement, assurant qu'il souhaiterait plutôt la guerre que la paix en ces quartiers, et que, si Sa Majesté ou si M. le duc de Savoie ne presse l'accommodement devant l'aiTivée de l'envoyé du Protecteur qui ne doit point passer par France, cette affaire recevra beaucoup de traverses , tous les Ëtats protestants et l'Espagne étant bien résolus, par différents principes, de ne rien épargner pour entretenii- ce feu. Son avis est
aussi qu'avec dis ou douze mille francs l'on gagne quelques ministres qui disposent des esprits de celte populace.
80 Le même au même.
Londres, 5 août lOHa.
....L'ambassadeur de MM. des États généraux me témoigna^ dans la visite qu'il me rendit au commencement de cette semaine, pour me congratuler de la prise de Landrecies, qu'il était à souhaiter qu'auparavant l'arrivée en Suisse^ tant de la part d'Angleterre que de ses supérieurs^ ces soulèvements fussent apaisés; m'insinuant qu'il n'était pas impossible de faire passer des troupes contre le duc de Savoie, quand les Suisses ne voudraient pas assister les rebelles. Cette menace^ que je reçus avec le mépris qu'elle mérite, ne fai que découvrir davantage la grande correspondance d'entre ses supérieurs et cet État sur le point de la religion, quoique les motifs des uns et des autres soient bien différents. Le secours d'argent qui devait partir d'ici n est pas encore prôt, et la charité des provinces a si peu répondu à celle de Londres que le fonds n'approchera pas de la somme dont mes précédentes ont parlé. 11 fut publié la semaine passée une ordonnance pour exciter le peuple, que les premières semonces n'ont point touché, à ouvrir leurs bourses, et l'on continuait de prendre grand soin pour assembler un secours d'argent considérable.
90 Le cardinal Mazarin à 3L de Bordeaux.
19 août 16o'i.
.... Je vous puis dire , pour ce qui est de l'accommodement des Huguenots de la vallée de Lucerno, que si ces gens-
r>34 DOCUMENTS
U »e veulent ciui (enter de choses raisonnables, et au delà, M. le Protecteur» qui témoigne de prendre tant de part en leur protection, aura grand sujet d'être content des offices que Sa Majesté a si utilement interposés en leur faveur auprès de M. le duc de Savoie; mais comme l'on a sujet de soupçonner qu'on veut se servir de ce prétexte pour voir si Ton pourrait émouvoir tous ceux qui professent la religion prétendue réformée^ si l'on voit que ces gens-là s'opiniâtrent à ne Touloir point d'accommodement et que l'on vise h cette émotion, le roi, après avoir donné tant de marques de sa sincérité et de son affection, sera obligé de prendre d'autres moyens pour s opposer à ce mauvais dessein. Je ne vous dis pas le détail de ce que M. le duc de Savoie a fait à l'instance du roi, ayant donné la carte blancbe à M. le président Servien pour ajuster celte affaire, parce que je ne doute pas que M. de Brienne ne vous en ait informé
10c 3/. de Bordeaux à M. de Brienne.
Londres, 26 AoAt 1655.
....Le secrétaire d'Ëtat et d'autres ministres .... ont témoigné que leur honneur et conscience seraient ble^s s'ils passaient outre à la signature de notre traité devant la pacification des Vaudois de Savoie. C'est, monsieur, avec beaucoup de raison que l'on peut croire qu'elle n'est désirée ici qu'en apparence. La lettre qu'aura présentée au roi le sieur Do\\ning ne fera point changer de sentiment; et j'ai eu tout sujet d'en être persuadé tant par le procédé que pai* le discours de M. le Protecteur qui, en diverses rencontres, a parlé de Nice et de Villefranche comme de places où il était facile de débarquer ; ce que je n'ai pas contesté, mais bien le passage dans le Piémont.
11° M. de HordeaiiT au cardinal Mazarin.
Londres, 2 soplcmbre lôlil».
Monseigneur, J'ai reçu ce soir les deux lettres en date des i9e et22e d'août, dont Votre Éminence m^a honoré ; elles ne m'obligent pas de rien ajouter à mes précédentes et à ce que j'écris aujourd'hui à M. le comte de Brienne, touchant la disposition de ce gouvernement à l'égard de la France, et ses sentiments sur le soulèvement des vallées de Savoie ; seulement assurerai-je que je n'ai pas manqué de faire connaître les offices que Sa Majesté avait ordonné^ à H* Servien l'ambassadeur , de passer en faveur des Vaudois^ et le peu d'apparence qu'il y avait qu'aucun État les pût garantir d'une ruine entière si le roi les abandonnait , et s'ils refusaient les conditions avantageuses que le duc de Savoie leur veut accorder en sa considération. M. le Protecteur et ses ministres sont sans doute assez informés de la charité de ce pays pour avoir perdu la pensée qu'il leur pût être envoyé aucun secours d^ailleurs que des Suisses protestants, qui ne sont pas en état d'entreprendre une guerre contre leur)} alliés pour une cause si injuste et dans tin temps que leurs peuples sont disposés à un nouveau soulèvement. Ce n'est pas que d'abord l'on n'ait insinué qu'avec de l'ar* gent il tôrait facile d'engager des particuliers d'y passer des troupes, et que même les religionnaires des Cëvennes et du Dauphiné leur donneraient de Tassistance; mais aujourd'hui M« le Protecteur semble avoir, pour premier but de ses diligences, le désir de paraître fort zélé pour la cause des religionnaires ^ cette réputation lui est assez nécessaire auprès de ceux qui maintiennent son gouvernement^ et les ministres des États étrangers qui sont de la même profession de foi l'en
onl assez flatté pour lui faire naître l'ambition de passer pour leur protecteur, et remettre la signature du traité de France, sur le seul pi*éie^te de religion, encore que ceuîi qui examineront de près sa conduite, depuis que la puissance d'Angleten'e est tombée en ses mains, puissent facilement reconnaître qu'il a eu d'autres motifs que la religion; néanmoins plusieurs ne laissent pas d'en être persuadés, et il ne s'oublie en rien pour donner cette impression au peuple.
ii" M. de Bordeaujc à M. de Brienne.
Londres, 16 Mptembre 1655.
Ma dernière lettre a fait savoir que le secrétaire d'État avait reçu avec quelque froideur la .nouvelle que je lui avais envoyée de raccommodement des vallées du Piémont : il en a depuis parlé atec peu d'approbation, et l'on peut tenir pour certain que M. le Protecteur s'attendait d'y avoir meilleure imrt ; de quoi se voyant privé et n'osant avec bienséance s'en plaindre, il s'en prend aux conditions du traité, comme si elles étaient entièrement désavantageuses aux habitants desdites vallées, et n'aient été reçues que par la nécessité que leur a imposée M. Servien l'ambassadeur* Quelques ministres en pai'lent en ces mêmes termes, et le dernier de ses envoyés en Savoie, partant de la cour, a écrit que l'accommodement était pire que le massacre : il se dit aussi que les lettres du roi traitent avec un peu trop de hauteur; c'est dont il ne m'a rien été témoigné ; mais le bruit qui s'en répand, et le silence dudit secrétaire, lorsque je l'ai fait mettre sur ce sujet, ne laisse pas lieu de douter que ce ne soit le sentiment de son maître. Je les laisserai digérer ces petits mécontentements, sans leur parler d'affaires ; seulement continuerai-je, lorsque l'occasion s'en présentera, de faire connaître
que Sa Majesté n*a point change de résolution à IVgard de l'Angleterre,
13" Le même au même.
Londres, 23 cepl«iuLre 16H5.
Suivant les bruits publics^ il se doit faire une petite assemblée de tous les envoyés des États protestants^ pour affermir par une protestation la paix que le duc de Savoie a accordée à ses sujets. Néanmoins Tun de mes commissaires assure que le dernier envoyé d'Angleten*e a ordre de retourner^ et même continue de parler de l'avantage mutuel que la France et l'Angleterre retireront d'une étroite alliance, faisant entendre que M. le Protecteur, avec un secours considérable d'argent^ pourrait continuer ses desseins dans les Indes. I^es derniers ordres qui m'ont été envoyés sur semblables ouvertures ne me donnent pas lieu de croire que Sa Majesté voulût contribuer aux frais de celte guerre. Je n'ai point relevé le discours que ledit commissaire peut avoir tenu pour m'entretenir toujours de belles paroles, et plus vraisemblablement pour pressentir quelle est la présente disposition de Sa Majesté ; mais je suis demeuré dans des offres, en termes généraux, de ses forces et de sa puissance, afin de ne point ôter l'espérance qu'elle ne pût être portée à ce qu'autrefois j'ai proposé de sa part.
14* Le même au même.
Londres, 7 octobre 161)5.
M. le Protecteur n'est pas satisfait du traité de Savoie ; mais fo mécontentement procode do ce qu'il ne parait jîoinl
y avoir eu aucune part, s'il est vrai, suÎTant le rapport qui m*a été fait^ que sa dernière maladie, de laquelle son esprit n était pas moins attaqué que le corps, fût en partie causée par le chagrin d'avoir si mal réussi dans le dessein des Indes et en Savoie.
(Ri plus lias :)
Je me suis tenu dans des termes généraux, sans répondre k la nécessité d'argent dont Ton ne me fait point de mystère; et il semble que, pour reconnaître si j'ai pouvoir de la soulager, l'on ait ouvert la dernière )ettt« qu'il vous a plu de m'écrire le 30 passé. Elle aura 6ié l'espérance de secours.
(Dans une dépêche suivante, du 1 i octobre :)
J'ai reconnu assez de froideur depuis que je n'ai pas précisément répondu à quelque discours d'argent qu'a tenu Tun de mes commissaires.
(Pape 228.)
4" Dm Almzo de Cardenas au roi Philippe IV.
Londres. 12 août 1A.S5.
Sire,
Dans ma dépêclie du 4 de ce mois, j'ai rendu compte ïk Y. M. 9 pai' la voie secrète de France, de Téchec que les Anglais ont subi dans l'île de Saint-Domingue et des différentes versions qui couraient ici à ce sujet. Le 6 de ce mois, j'ai envoyé un duplicata de ma dépêche, désirant que Y. M. fût le plus tôt possible instruite de la déconfiture de ce projet contre les Indes, accompagnée d'une si grande perte d'hommes et si fatale à l'honneur de l'Angleterre. Quoique cet événement soit encore raconté de diverses manières et confusément, car les hommes du gouvernement cachent les détails, cependant ayant obtenu la copie d'une lettre écrite par un officier de la flotte à un de ses amis, je la transmets à Y. M. avec la présente, le récit qu'elle contient me paraissant le plus vraisemblable de tous ceux qui ont été publiés.
Par cette relation, Y. M. verra comment, après avoir été repoussés de l'ile de Saint-Domingue, les Anglais passèrent à la Jamaïque et y entrèrent sans rencontrer aucune résistance, attendu que tous les habitants s'étaient retirés, avec tous leurs biens, dans les bois des montagnes. Le Protecteur, qui n'attache pas une grande importance à ce succès, ressent vivement l'affaire de Saint-Domingue, non-seulement parce que un plan aussi coûteux a échoué, mais parce que ses mauvaises intentions ont été ainsi mises à nu, sans autre résultat
540 norrMKNTs
que do ra\oir o\p<»sé à une honlo universelle qui rojaillil sur lui, |>our a\oir coniuiis une perfidie aussi abominable que H avoir attaqué les possessions de V. M., au lieu de la reconnaissance qu'il devait pour tous les honneurs et faveurs dont V. M. Ta tant de fois comblé, et cela sans aucun autre motif que celui de sa méchanceté et de son avidité. Quelques personnes de son Conseil ont assuré qu'elles étaient opposées à cette expédition et qu'elles avaient cherché à en détourner le Protecteur, mais qu'il les évitait précisément lorsqu'il s'occupait de la mise à exécution de ce projet. Maintenant ses partisans vont disant que cette expédition a été faite parce qu'il n'y avait pas de paix avec V. M. au delà de la Ligne^ et loi*squ'on leur répond que l'ile de Saint-Domingue et les autres lies du Vent sont de ce côté -ci de la Ligne, ils répondent qu'il ne s'agit pas de la ligne équinoxiale ni d'aucune autre dont on avait parlé auparavant, comme celle du tropique du Cjancer, mais d*une ligne fictive, imaginaire, qui sépare celles des possessions de V. M. dans lesquelles les Anglais font leur commerce d'avec celles où ils n'en font pas, et que dans le.<; premières il y a paix, tandis qu'il n*y en a pas dans les autres. Toutefois, tous ceux qui s'en tiennent aux articles du dernier traité de paix reconnaissent la futilité de cet argument, ainsi que de celui qu'on allègue en disant que c'est l'Espagne qui a attaqué la première, lorsque don Fadrique de Toledo prit possession de l'ile de Saint-Christophe ( San Cristobal ) en chassant les Anglais qui l'habitaient, et lorsque le général Pimienta s'empara de l'ile de Sainte-Catherine (Santa Catalina) pendant que le Parlement était tout occupé de sa guérie contre le roi. Aussi cette excuse n'est pas généralement admise, ces cas étant entièrement différents, attendu que la conquête de ces îles n'a été qu'un recouvrement, et que V. M. a pu le faire, ces lies ayant autrefois appartenu à Y. M. Les négociants de Londres sont dans lapins grande inqnié-
tudo ; ils n'osent plus envoyer des marchandises dans les Etats de V. M., craignant que ces commencements de rupture n'aboutissent à une guerre ouverte. Quant à moi, considérant Tétat critique de ces affaiies ainsi que la situation des choses en Espagne, qui n'est pas telle qu'on puisse entreprendre une nouvelle guerre, considérant qu'il est dans l'intérêt du service de V. M. que ces affaires soient arrangées à leur début en amenant le Protecteur à renoncer à son projet, je tiavdille, tout en attendant les ordres de V. M., en secret et avec tout le zèle qu'exige une affaire de cette importance et l'honneur de Tautorité de V. M.; et je cherche, à l'aide d'une personne de confiance, à faire comprendre à quelques membres du Conseil qui nous sont favorables l'injustice de leur cause et les. grands désavantages qui peuvent résulter pour l'AngleteiTe de la poursuite de ce projet si peu attendu et si peu mérité par TEspagne; je leur fais comprendre qu'il nous serait moins préjudiciable d'avoir affaire à un ennemi ouvert qu'à un ennemi caché, lequel ne pourrait jamais faire quelque chose de pis que d'attaquer les Indes et les flottes de V. M. Ces personnes, me dit-on, donnent à entendre qu'elles voient la chose de la même manière et qu'elles condamnent la conduite du Protecteur. Une de ces personnes (membre du Conseil) est allée jusqu'à dire que l'envoi ,àe cette flotte était une rupture préméditée.
Je ne sais quel effet produiront mes démarches; mais si par hasard le Protecteur s'obstinait à persévérer dans son dessein sur les Indes (chose pour laquelle je ne lui vois pas beaucoup de disposition, à cause du manque de moyens) ou dans le projet de conclure un traité avec la France (ce que dans ce moment-ci il ne fait pas, bien que, à l'occasion de l'affaire de Saint-Domingue, le bruit d'un arrangement prochain ait couru), ou s'il persistait à ne pas renouveler la paix à moins qu'on ne lui accorde les points du commerce deb
.-.« nOCLMESTS
Indus t'I (le rioijuiâitiun, il scia iiécesfeaîru que V. M. su décide, dans lous ces caa, u mu Taire diiu eu que je dois fiiiic et à m'en inrormer aussilot, kfin que je puisse me guider dans une telle conjoncture et atteindre lu succès que j'ai toujours cherché pour le fenice de V. H.
■i' l.e fiirâie au tnéme.
Siiv.
Ku continuant de i-endi-e cumpte à V. M. chaque semaine de lout eu qui a lieu dans ce pays, je le fais aujourd'hui par la voie secrète de France, pour dire que, relativement h l'affaire dont j'ai parlé dans ma dernière dépêche, il n'y a rien de neuf. Depuis ma dernière j'ai continué à disposer lesdits membres du Conseil en notre faveur, afin qu'ils soient tout à fut bien prépaies lorsqu'il m'arrivera des ordres de V. H. au sujet des dépèches que j'ai envoyées, lesquels ordres ne peuvent plus larder à arriver. On aperçoit de bonnes disposilions chei les membres du Conseil, mais elles serviront à peu de chose si l'on ne jarvient pas à amener le Protecleur à céder sur les peints de l'Inquisition et des Indes; toute la difiiculté tomberait alors. Autant que je puis le comprendre, on ne veut pas ici avoir la guerre avec V. M,; on désire plutôt conserver le dernier traite de paix, et attendre une bonne occah'ioii, une chance pour commettre une iniquité égale à celle de celte année, ou plus grande encore; comme on connaît (It'jà leurs intentions, il ne sera pas dillicile de prendre dans les Indes des mesures de nature à pouvoir résister à leur iiiMision; et quanta ce qui peut se pnsser en Europe, il faudni agir avec la prudence, le soin et la vigilance que commando leur perlidic, aussi longtemps qu'il conviendra ilc
dissimuler en attendant que les affîiires de la monarchie prennent une meilleure tournure.
Il y a cinq jours un navire expédié par la flotte de Penn est arrivé ici ; les nouvelles qu^il a apportées sont tenues si secrètes que je ne saurais dire à Y. M. avec certitude ce que c'est ; mais à en juger par le soin qu'on met à les cacher au palais et par le chagrin et l'abattement qu'on voit au Protecteur^ on peut conclure qu'il y a quelque probabilité à ce qui commence à transpirer^ savoir que les habitants de la Jamaïque sortis de leurs forêts ont tellement malmené les Anglais qu'ils les ont forcés de quitter l'île* Je ne pourrais cependant donner à V. M. cette nouvelle pour certaine à moins que je n'en reçoive la confirmation. Ce qu'il y a de certain, c'est que le lendemain de l'arrivée du navire, le Protecteur se renferma à midi et ne voulut voir personne jusqu'à la nuit, s'étant soumis à un jeûne rigoureux pour rendre plus favorables les nouvelles qui doivent lui arriver de ses flottes. C'est surtout celle de Penn qu'on s'attend à voir ici prochainement. Dans celle de Blake, dit-on, la peste fait des ravages; six frégates qu'il a détachées de sa flotte et envoyées ici sont venues chargées de malades ; il est à craindre qu'elles ne communiquent la contagion à tout le pays et que Dieu ne veuille punir par ce fléau les méchantes actions de cet homme. On parle encore de son intention d'équiper d'autres bâtiments pour les envoyer aux Indes; mais ce ne sera pas facile, à en juger par les dispositions des soldats et des marins^ et par suite du manque de moyens pour les équiper.
3<> Le )nèiiie au mênie»
Luiidi'od, 4 oclubra l6bS.
Sue , Je continue de rendre compte à V. M* chaque semaine,
514 DOCrMENTS
|Mii' la voie seci'ète de France^ de tout ce qui se passe dans ce |)ays afin que V. M. ait connaissauce de tout. La présente va informer V. M. de ce que j'ai pu apprendre depuis nia dernière du 27 du mois passé.
Le Conseil d'Ëtat, après avoir entendu en présence du Protecteur le récit que lui firent les deux généraux Penn et Venables au sujet de l'expédition des Indes et les détails de Téchec subi dans Tile d'Hispaniola (Saint-Domingue)^ a trouvé leur conduite mauvaise et a attribué Tinsuccès de l'expéditioa à cette conduite; il a trouvé également mauvais qu'ils fussent revenus en Angleterre sans la permission du Protecteur^ permission nécessaire^ d'après les instructions qu'ils en avaient reçues. Le Conseil d'État a donc pris la résolution de les emprisonner dans la Tour de Londres et de leur intenter un procès ; on croit qu'ils seront, sous peu/ mis en jugement et traités avec rigueur, si l'on en juge par la colère dont le Protecteur se montre animé contre eux^ non-seuLement paixe qu'ils n'ont rien fait de ce qu'il leur avait ordonné, mais encore parce que, pai* suite de leur retour en Angleterre, les nouvelles des malheurs et des misères que la flotte a subis dans les Indes ont été répandues dans le public. Le peuple |)arle à cette occasion avec dérision et dédain des résolutions du Protecteur et de ses plans ; or ce n'est pas ce qui le tourmente le moins; aussi pour faire comprendre que, s'il n'a pas fait la conquête de l'île de Saint-Domingue, ce n'a pas été faute de préparatifs, de mesures et d'ordres de sa part, mais que c'est uniquement la faute des chefs qui devaient les exécuter, il les a envoyés à la Tour de Londres, afin que tout le monde voie que ce n'est pas lui qui a été cause de l'insuccès, mais que c'est la désunion des généraux et leur manque de mérite qui ont amené la perte des troupes et de la flotte. Jusqu'à présent on n'a pris aucune résolution dans le Conseil d'État sur la question de savoir si le dessein contre les lndei>
sera poursuivi ou non ; et quoique Fon ci*oic que la nouvelle de l'embargo que V. M. a fait mettre sur les propriétés des Anglais précipitera l'exécution de ce dessein, non-seulement on n'a pas délibéré en Conseil sur ce point, mais encore on n'a pas eu recours, en guise de représailles, au séquestre des propriétés des sujets de V. M. qui résident en Angleterre, et c'est ce qui donne lieu à beaucoup d ^observations. Les négociants de Londres, qui' font le commerce dans les États de V. M., sont allés parler au Protecteur et lui ont proposé d'envoyer un ambassadeur auprès de V. M. chargé de négocier la levée de Pembargo sur leurs propriétés; mais ils n'ont pas réussi ; il leur a répondu qu'il ne pouvait pas empêcher V. M. de lui faire la guerre si tel était le désir de V. M., comme on pouvait l'inférer du séquestre mis par ordre de V. M., mais qu'eux, les négociants, ne pouvaient pas raison* nablement se plaindre de lui. Protecteur, attendu qu'il avait fait avertir secrètement plusieurs d'entre eux qu'ils feraient bien de mettre leurs capitaux à l'abri en les retirant des États de V. M. ; que, s'ils ne l'ont pas fait à temps, ce n'était pas sa faute, et que du reste il ne paraissait pas que la considération de leurs pertes ou profits dût retarder les mesures dictées par l'intérêt de l'État, il a ajouté que, si Dieu lui avait accordé le succès dans les Indes, il .croyait qu'on n'aurait pas mis d'embargo sur leurs propriétés en Espagne. Peu de temps après, le Protecteur a fait venir les principaux négociants et leur a proposé de contribuer tous par leurs .ressources à équiper une flotte, comme les négociants de Séville et de Cadix avaient fait pour s'opposer aux desseins de l'Angleterre, disant que de cette manière non-seulement ils pourraient s'indemniser et se venger du tort que V. M. leur a fait en mettant le séquestre sur leurs propriétés, mais encore qu'on pourrait donner suite au projet de Toccupation de File d'Hispaniola. Les négociants ont répondu en s'excusant; ils ont dit qu'ils