‹ Histoire de la révolution d'AngleterreChapitre 137 sur 150 · T. IT · texte numérisé non relu

T. IT

n'en a^uienl [nis les moyeni, attendu que leurs prapriéUi! élaienl tëquetlrées et que leur commerce en Espagne leui' miinquail shioIunieHt ; que le cai des négociants de Séville cl de Cadix contribuant à l'équipement d'une flotte était bien différent du leiir, car p<iur'ceui-l& il s'agisMit de mettre en ■Areté une flulle des Indes dans laquelle ili avaient de gi'ande iotiirèts, tandis que les négociants de Londres, en conlribuaal h la cr^jlion d'une autre llotlc, ne pouvaient empêcher l'embargo sur leurs biens ni dégager leurs marcbandii^, et qu'uu contraire cela |K)urrail irriter V. H. et empirer la situation. Après avoir parle ainsi, les négociants prirent congiS du Protecteur et la consersalion n'alla pas plus loin.

Quant ï laflotledel'amiralBIake, voici ceque j'ai entendu dire. D'après les dernières nouvelles , il se trouvait dans le Seuvc de Lisbonne oii il réparait ceux de ses bitimonls qui en avaient besoin ; et il est parti d'ici des ordres portant que six f^gatcs, que l'amiral avait envoyées ici chai-géee de malades, devaient retourner le rejoindre. On croit que, si à l'heure qu'il Ciil, elles n'ont pas encore quitté le port de Plymoulbob elles se trouvaient pour cause de réparation, elles ne tarde^ ront pas k le faire avec le premier vent. Trois autres navires chargés de vivres et destinés ili ravitailler Blake attendent, dit-on, depuis plusieurs jours le moment du départ, mais il y a beaucoup de personnes qni pensent le contraire. On a ordonné d'appareiller en toute hâte quinze autres bâtiments, et l'on croit qu'ils sont destinés comme renforts b la même flotte; toutefois beaucoup de personnes pensent que Blake l'eviendra bientôt, attendu qu'on aurait appris dans quel mauvais état se trouvait sa flotte, par les récils qu'en a faits un navire marchand anglais venant de Lisbonne. Le Protecteur est rétabli de son indisposition et ne parle que de guerre, et comme quoi il doit faire la conquête de toutes les Indes lor»^ qu'il aura équipé une autre grande flotte; mais comme les

paroles ne coûtent rien et que, pour exécuter ce que Ton dit, il faut beaucoup de choses^ il se peut que tous ces propos ne soient que de la politique, car, dans ce moment, on n% voit pas comment on pourrait réunir quatre millions d'écus qui est la somme à laquelle se monte le devis qu'on en a fait 0t qui serait nécessaire pour cette expédition que le Protecteur annonce vouloir préparer.

11 est venu, avec la flotte de Tamirat Penn, quelques mate«« lots espagnols qui avaient été pris par les Anglais, se rendant a rUe de Saint-Domingue; enlre autres un natif des Cana*ries, qui depuis vingt-six ans a voyagé dans les différentes parties des Indes et parait bien les connaître. Cet homme m'a raconté que les Anglais qui sont restés à la Jamaïque sont au nombre de trois à quatre mille, car on en avait fait venir un grand nombre des colonies voisines, et que Penn en revenant en Angleterre avait cherché h savoir si les galions ou la flotte de la Nouvelle-Espagne avaient déjà passé, et qu'il avait appris que ladite flotte était entrée à la Havane deux jours avant son arrivée dans ces parages-là; mais que quant aux galions il n'avait rien appris, et qu'ainsi il a continué sa route pour l'Angleterre. Ce matelot pense que les galions ne sont pas sortis de Carthagène et qu'ils ne pourront pas le faire avec sécurité tant qu'il n'y aura pas de flotte espagnole pour les escorter y car indépendamment des douze frégates restées à la Jamaïque, on avait armé tous les bâtiments qui leur apportaient des approvisionnements et d'autres encore qu'ils avaient pris aux Hollandais aux Barbades, et de cette manière le nombre de tous les bâtiments (anglais) se montera à 27 navires au moins. Cet homme m'a dit encore que, pendant qu'il était prisonnier des Anglais à la Jamaïque, il avait entendu dire à quelques officiers que, parmi les plans qu'ils étaient chargés de mettre à exécution, il y avait celui de la prise du poste de Saint-Augustin dann la Floride, parce qu'ils le croyaient facile

à exécuter, et parce qu« ce [wint étuil furl bieu plHcé puur leurs autres buis, attendu qu'en l'occupant ils seraient mai- Ires de tous ces puy^ sur la terre fei-roe, ainsi que du canal de Bahamaet pourraient, ù ce qu'il leur semblait, empêcher le passage des Doltes et des galions. Pour prendre ce puste(<ie Sainl-Augustinl, on ne devait pas entrer parle lleuve sur lequel il est silu^, attendu qu'il n'j a pas là de rade assez grande pour le nombre de bâiiments qu'ils amènent, mais plutôt débarquer des troupes sur la terre ferme et l'occuper; ils élaienl sûrs de pouvoir lu Taire facilement, ^ u que la garnison de cf fort ne dépassait pas 34>0 hommes, qu'elle n'était pas pounw de munitions, qu'elle manquait de beaucoup d'autres cliusi'! et qu'elle ne songeait pas même à la chance d'une surpiisc. Quoique ces renseignements ne tiennent que d'un simple matelot, cependant comme nous vivons dans un temps où il faut tenir comple de tous ceux qui nous arrivent, il m'a parti Ui'cessaii'e il'i'n faire part à Votre Majesié.

l- hutrucliom qui doicetU élre mvogées de Madrid à don Àlonzo de CardeHa$ au sujet de lott départ dt Londrei.

Ues que vous aureii reçu cette dépcdic, vous deiuandcrei une audience du Prolccteui', en priant votre introducteur de vous l'oblenir pour le jour suivant et en disant que vous d<tsii'cz lui donner ce témoignage de respect avant de partir pour les Flandi'cs, o(i vous aiez l'ordre de vous rendre immédiatement. En même temps vous enverrez votre secrétaire auprès du secrétaire d'Ëtat pour lui demander un passe-port pour voire voyage. Vous dcmandereï l'un et l'autre (l'au-

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dieace et le passe-porl) de inaDière à pouvoir les obtenir sans toutefois manquer à la politesse ; mais si Ton vous renvoyait au lendemain^ vous prendrez congé du Protecteur par écrlt^ sans lui dire- autre chose si ce n\'st que^ ayant reçu l'ordre de vous rendre immédiatement en Flandre , vous avez craint de n'avoir pas le temps de prendre congé de lui. Si cependant^ comme il y a lieu de croire^ il vous donne audience^ vous lut direz que^ m'ayant rendu compte de la réponse décisive qu'il vousavait fait donner le 6 juin dernier^ et -d'après laquelle le libre commerce dans les Indes devait changer tout ce qui s'était pratiqué jusqu'ici relativement aux affaires de conscience et aux droits de commerce avec ce royaume, celte réponse m'est une preuve que le Protecteur ne désire pas pour le moment de conclure un traité de paix, chose à laquelle j'avais tant travaillé, comme il est notoire ; que par conséquent je vous ai ordonné de passer en Flandre, et que, avant de le faire, vous avez voulu lui présenter vos respects et lui dire combien vous avez toujours à cœur de le servir. Vous direz tout cela en peu de mots que je laisse à votre jugement et qui seront en rapport avec le caractère dont vous êtes revêtu.

Si le Prolecteur, en vous répondant, vous dit que c'est rompre les négociations que vous avez eues avec lui pour le renouvellement du traité de paix, vous lui direz qu'il ne saurait appartenir au renouvellement d'un limité de paix de soulever deux questions aussi considérables et aussi difficiles que les deux points sus-mentionnés, et que, s'il voulait traiter sérieusement, les moyens de le faire ne lui manqueraient pas ; qu'il saurait bien où les chercher et envoyer des hommes habiles capables de conclure un traité; «que vous deviez penser qu'il ne proposerait pas de choses que les rois héréditaires d'Angleterre n'ont jamais cherché à obtenir, et que toutes les fois qu'il insistera sur des choses semblables, insolites dans

les trtîtës de paix, on en conclura qu^il n'en veut pas, et qu'ainsi votre séjour (à Londres) serait oiseux. Enfin, en vous etprtmant dans ces termes généraui, vous prendrei eongë de lui.

Si le Protecteur se plaignait de ce que vous n'avez pas con* du le traite d'alliance, vous lui remettre! en mëmoirs totis les délais par lesquels il a toujours répondu à vos ouverture et la lenteur avec laquelle il a traité toute cette affailie; vous lui rappellcres l'empressement avec lequel vous avea toujours repris la matière et répondu toutes los fois qu'on vous ea a parlé ; vous rappcllerei que lorsque le Protecteur a proposé l'entreprise sur Calais, c'était dans un temps où, de son pro* pre avis, il était inopportun d'en parler ni de conclure aucun arrangement, puisque c*élait au moment où la campagne de Flandre avait commencé et où mes troupes étaient em* ployées à d'autres entreprises.

Si le Protecteur vous djemande si je me plains de ce que ses flottes ont fait, vous lui direz que, quant à celle de Blake (bien que vous oyez entendu dire quelque chose qui est de nature à nous porter ombrage), vous ne savea pas qu'il y ait ea des hostilités à son égard, qu'au contraire vous avea entendu dire que, dans tous les ports de mes Etats, elle a été bien accueillie et qu on lui a donné toute assistance et ravitaillei&snt qu'elle désirait et qu'on a pu donner.

Si Ton a conçu en AngleteiTo des craintes, ou si Ton a reçu des avis au sujet des représailles qui ont été faites ici, et si le Protecteur vient à vous en parler, vous pouvci répondre que, lorsqu'on a su ici que la flotte de Penn avait attaqué l'île de Saint-Domingue où se trouvent une juridiction, une garnison et un château fort cj^pagnols, j'ai ordonna qu'on usât de représailles ddns mes États, attendu que cette conduite de la fijtle anglaise dans les Indes a été un acte contraire h toute justice et sans motif aucun, et qu'à moins que

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le Protecteur ne prouve clairement que celte conduite a été contraire à ses ordres^ et ne prenne des mesures pour réparer les pertes que mes sujets ont éprouvées, je dois venir à leur aide au moyen dès représailles usitée» en pareil cas.

S'il prétendait qu'il peut attaquer soit les Indes, doii las galions, sans enfreindre les traités de paix, vous lui dires qu'il ne vous parait pas que moi je puisse l'entendre ainsi, ni le monde, et que vous ne croyez pas que le Protecteur luimême pense que cela soit possible.

S'il venait à vous proposer une justification de ces actes de ses flottes et à vous promettre qu'il s'expliquera là-desstls avec moi, vous appix>uverez cette idée, mais vous ne vous ar-^ rêterez pas pour cela plus longtemps k Londres,.parce que ce sont les événements mêmes qui doivent être le motif de votre départ; toutefois s'il offrait une satisfaction et s'il se désistait des points consignés dans sa réponse du 6 juin dont il a été parlé plus baut, en vous priant de rester pour m'in* former de sa proposition et pour traiter et conclure prompte** ment le renouvellement de la paix, vous lui direz que vous, étant un ministre de paix (car c'est là la mission d'un ambassadeur), vous voyez tant de cboses de nos jours s'évanouir que, si le Protecteur vous donnait ses dires par écrit et dans une forme que vous pussiez me communiquer en espérant la conclusion d'un bon traité de paix, vous prendriez lur vous de ne pas suivre mes ordres, vous m'enverriez un courrier porteur de la réponse que le Protecteur vous donnerait, et que vous me prieriez de vous pardonner d'avoir séjourné plus longtemps à Londres. A moins de ces circonstances, vous ne devez pas prolonger votre séjour quand même le Protecteur vous en prierait, quand même ses ministres chcr^ chcraient à vous y faire consentir, ou que des personnes bien intentionnées vous le conseilleraient, ou qu'on voulût vous retenir; excepté si on le fait en violation de toutes les lois,

ci (le \ive force à laquelle \uus ue sauriez lésisler; car, k moins qu'il n'en soit ainsi, vous ne reslc^cz pas plus de quatre jours après la réception de cet ordre.

Si Ton vous donne un bâtiment , vous l'accepterez^ mais vous n'en demanderez pas et vous ne vous an^êterez pas pour l'attendre ; d autant plus que^ comme nous sommes en paix avec la Hollande^ vous pourrez effectuer votre passage sur n'importe quel bâtiment de cette nation.

A toutes les personnes à qui il vous arrivera de parler^ ministres ou non, et n'importe de quel rang et condition,- vous témoignerez de la peine de votre départ^ en donnant à entendre que je ne me plains pas des bons et vrais Anglais et que ceux-là trouveront toujours en moi, protection, secours et accueil, parce que j'ai toujours voulu le bonheur de ce pays, que c'est à cause de cela que je veux être en bons rapports avec lui, et que j'ai fait dans ce but tant d'actes de politesse et de bienveillance envers son gouvernement, parce que j'ai toujours regardé l'Angleterre comme ma plus sûre amie, pourvu que ceux qui la gouvernent s'appliquent à la rendre prospère.

Parmi les personnes de contiance que vous avez à Londres, vous en choisirez deux, sans que Tune sache rien de l'autre, et vous vous entendrez avec elles pour qu'elles vous tiennent au courant de tout ce qui se passera, et vous instruisent des projets de Cromwell et de son gouvernement, et des dangers qui peuvent le menacer. Vous vous arrangerez avec ces personnes pour qu'elles vous envoient des lettres par la Hollande, ou par un autre pays jusqu'en Flandre, pour être adressées à don Estevan de GamaiTa, ou sur quelque autre point d'où elles pourraient parvenir à Bruxelles sûrement et promptement. A chacune de ces deux personnes vous laisserez des chiffres différents afm qu'elles puissent s'en servir au besoin ; vous leur fixerez les appointements qui vous paraîtront convenables selon ce que ces personnes seront, en leur payant

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âix mois d'avance atiii qu'où puisse prendre ici des dispositions d'après votre avis, et que leui*s gratifications soient payt^es selon leurs services.

Eh arrivant en Flandre, vous m'enverrez un rapport sur l'état des affaires en Angleterre ; quels sont les ennemis de Gromwell en Angleterre, en Ecosse et en Irlande ; quels sont les provinces et comtés qui lui sont hostiles ;. quelles sont leur condition, leurs forces et leurs ressources, et ce qu'on pourrait attendre de ces pi-ovinces si on leur prétait assistahœ. Je ne doute pas que vous n'ayez observé tout de manière à ce que, renseigné là-dessus, je puisse donner des ordres néces* saires.

o" Don Alanzo de Cardenas au roi d'Espagne Philippe IV,

Doiiyres, le 8 novembre 165h,

Sire,

J'ai rendu compte à V. M. de l'état où se trouvent ici les affaires et du peu d'espoir de les voir s'arranger. J'ai parlé également des démarches continuelles que je faisais pour obtenir un passe-porl. Ce que je puis dire aujourd'hui à V. M., c'est que l'ayant obtenu le jour suivant, dans la forme usitée pour les autres ambassadèui*s, je suis parti de Londres samedi le 6, entre 7 et 8 heures du matin, et je suis arrivé aujourd'hui dans cette ville (Douvres), d'où je m'embarquerai à bord d'une frégate de guerre que le Protecteur a mise à ma disposition pour me transporter en Flandre. C'était plus que je n'espérais, car j'avais déjà frété un navire pour effectuer mon passage ; mais comme c'était un bâtiment marchand qui n'offrait aucune sécurité à cause des courses des pirates de Calais, j*ai résolu de me servir de la frégate^ conformément aux ordres de V. M. consignés dans la dépêche du

|0 »c |it»iuhie, dau« l.h|ik Ile V. II. me disait de dc ui? : Jl lier Je bitiiiu'ut, okAn de Taccepler si Ton m'en uf;i.:t l>» nifine ii>ur, a% inl e!n«>^c remercier le secrtLi.rt -t <le sa dc|K'< Ik% il me transmit Tordre du diosetl pcr-.'-f j'eu»«e a »4>itir de ct^ EUU dans Toftace de «puiic.Q J'ai répttii'lu de ^i\e Mnx que j*cUis lrès--«eiisible î ce .JS Piittt^U'ur nraiiiit ain&i à remplir les ordres de V. M. n la piuin|>litu>le que Je désirais moÎMiiènie, ci que ic Ji| p lur laqiii'lli* je ne le» a\ais pas exécutes était qu'.i ^ m'avait |ki> dt*li\ré le» pa>sc- ports que j'avais demanJ-.;.

On n^cuniiait dans cette dècÎMon du Protecteur les a..jfl de ><»n n'^inu» ; apri"* m'awûr ren\oTé du jour au lend-.nia pnd.inl qii.itoir.e jour» pendant lesquels je renouvelai^ n:r di'ni.indrs Ir in.itin et le soir, il m'oi donne de partir:, à Coup ; il \tMit que rc pnKt*Jé acciYdite dans le peuple! :• nion qu'il a %iu'nient re!<>i*nti la demande que j*avais fd'une auiiience de con^é, pendant que lui— même dëlilk'i^ en MH ret sur l'ordre qu*jl allait me donner de partir d .^ piqud qu'il êlail de IVuibargo que V. M. a fait mettre sur lpropriétés des Anglais ; et comme je Tavais prévenu par su demande a\ant qu'il eût pris sa résolution, le ressenlinKc: qu'il voulait mettre au jour par cette résolution s'est trou>t amorti; d'ailleuis il l'a fait sans nécessité et mai à propos;^ tel point que plusieurs membres de sou Conseil^ qui n'y ont eu aucune pari, ont désapprou\é celle mesure; aussi n*a-t-ellfi pas éié promulguée dans les publications qui paraissent tous les jours^ et je n'ai entendu personne qui en parlât. Il me ial* lait donc partir sur-le-champ. Avant mon départ on m'a assuré que le traité de paix avec la France était cntîcremeQi arrangé, et ici j'ai entendu dire qu'il a même déjà été signé; le Protecteur a voulu, par la conclusion de ce traité, consoler le peuple qui avait vivement ressenti mon départ; les ncgocianls de Londres et des comtés de l'intérieur sont au déses-

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poir , particulièrement ceux des comtés dans lesquels on fabrique des étoffes et des draps qui se vendent en Espagne. Ils se proposaient d'adresser des pétitions au Protecteur pour le prier d'ajuster ce différend avant mon départ ; mais cette démarche Va irrité à tel point qu'il a ordonné aux commandants de là milice desdits comtés et des autres, de s'informer si Ton faisait des pétitions de ce genre et de supprimer celles qui s'y feraient, ce qui a beaucoup augmenté le mécontentement de ces gens et la haine que l'on porte généralement à ce gouvernement. Le mal ne fera que s'accroître par suite de l'augmentation des impôts que le Protecteur a ordonné de sa propre autorité, procédé contraire aux lois qu'il avait juré d'observer, car selon ces lois le Parlement seul peut voter les impôts; aussi beaucoup de personnes croient qu'il aura grand'peine à recouvrer non-seulement les impôts nouveaux, mais encore les anciens. En outre, il a ordonné de dépouiller tous ceux qui avaient servi le roi Charles 1®^ d'un quart de leurs propriétés; mais comme ces personnes craignaient depuis longtemps cette mesure, elles ont disposé d'avance de leurs biens et de leurs revenus en les transférant à des personnes tierces, au moyen de ventes faites de confiance. Tout cela n'aboutira qu'à des procès, et le Protecteur rocuôilléra peu de profit de cet acte arbitraire.

J attends ici demain le bâtiment qui doit me transporterai! Flandre, et dès que j*y serai arrivé, je rendrai à V. M. utt compte plus détaillé de l'état des choses ci des intelligencei que je me suis ménagées* Que Dieu garde V. M.

6° M. de Bordeaux à M. de Brienne,

Londres, 30 sepUmbre 1655.

Je n'ai reçu que ce jourd'hui la lettre qu'il vous a plu de m'écrire le 22 de ce mois ; elle confirme l'avis arrivé à Lon-

fr»0 MM LMJ.NfN

iiii.*>, (icd le coiiiiiieiut'iiicut de cdlc deiiiaïuo, |mr Courrier cKprès^ de lasdibie gonéiale faile^eu Elspagne^ des effets appartenant aux Anglais, et môme de FaiTét de quelques-uns de leurs facteurs. Cette nouvelle m'obligea de changer la con^ duite que j'avais tenue suivant les ordres du roi depuis quelque temps; et j'envoyai aussitôt chez l'un de mes commissaires qui m'avait fait témoigner que ce régime serait assez porté à s'unir étroitement avec la France, pour Tassurcr que Sa Majesté était dans les mêmes sentiments, et que^ si le l^tecteur m'en faisait les ouvertures^ il trouverait une entière correspondance. Ma déclaration fut reçue avec apparence de joie, et assurance que^dans peu de jours, j'aurais de ses nouvelles. Je les ai attendues jusqu'à hier au soir, et n'en recevant point; je renvoyai au même : il me manda qu'ayant fait son rapport, le Conseil avait jugé que ce serait agir avec bassesse si^ après la disgi*âce arrivée aux Indes, l'on me venait rechercher de la paix ; que maintenant, ne restant plus d'obstacle à notre traité, c'était à moi d'en proposer la signature, si mes ordres n'étaient point changés, et qu'à cet effet, je n'avais qu'à demander mes commissaires. 11 continua aussi de parler d'une alliance étroite, pourvu qu'elle se pût faire à des termes raisonnables; témoignant néanmoins qu'il était au pouvoir de M. le Protecteur de s'accommoder avantageusement avec l'Espagne, dont l'ambassadeur avait fait porter parole par Bairière, et qu'une partie du Conseil inclinait assez à embrasser ce parti ; mais que leur honneur semblait s'y opposer, et que je ne devais pas, fauté d'une démarche purement de cérémonie, laisser passer une occasion si favorable. Ledit sieur commissaire reçut aussi, avec assez d*approbation et remercîment , l'avis que je lui donnai, après l'avoir reçu de Son Éminence, que la saisie faite en Espagne avait pour principal fondement Tespérance d'exciter un soulèvement en Angleterre. J'ai cm, en suite de ces discours, ne pouvoir me

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dispenser de faire encore quelques avances^ et sur l'heure même j'ai mandé au secrélaire d'État, auquel de temps en temps j'avais fait civilité sur la maladie de M. le Protecteur, que maintenant, sa santé leur permettant de songer aux affaires^ j'attendais mes commissaires pour mettre fin à notre accommodement; il promit^ à son ordinaire^ de lui en faire son rapport, et parut, contro sa coutume^ plus traitable sur quelques affaires particulières dont je lui fis parler. Si son procédé et la chaleur que témoigna ce commissaire ne sont point affectés, sans doute le traité ne sera pas désormais différé que par des propositions d'une amitié plus étroite; elle parait maintenant nécessaire à l'Angleterre, et si ce régime a tant de fierté qu'il veuille même me rendre poursuivant, l'on peut présumer qu'il aura de la peine à revenir des démarches qu'il a faites contre l'Espagne ; c'est l'opinion commune fondée sur ce que les ministres d'État ont publié. Et pour ne lui point donner prétexte par notre froideur de prendre d'autres résolutions, j'entrerai dans toutes les ouvertures qui ne produiront point de retardement au traité déjà conclu. Les ordres et les instructions précédentes qui m'ont été envoyées m'éclaircissent assez sur toutes les demandes qui pourraient m'être faites, et il me reste seulement à être informé si Sa Majesté ne veut pas contribuer aux frais de la guerre d'Angleterre ; comme j'ai ci-devant offert assistance d'argent, il ne faut pas douter que l'on ne veuille traiter sur ces eri^ments ; et douze ou quinze cent mille livres tous les ans sembleraient assez utilement employés pour ne devoir pas être regrettés s'ils pouvaient engager ce gouvernement contre ses ennemis; quoiqu'il paraisse déjà bien embarqué^ l'intérêt et l'inclination des peuples étant contraires à cette rupture^ il ne laisse pas d'être à propos de fomenter, par toutes sortes de moyens honnêtes et peu préjudiciables à la France, l'emportement et la vanité du Protecteur, dont les forces })euvent faire une diversion aussi

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puissante qu'a été autrefois celle de la Suède et des Piovinceàtnics; ctbien que son gouvernement ne soit pas si stable que celui de ces deux États, il uc doit pas être pour le présent moins considéré; et devant qu'il ai rive aucune révolution, nous pourrons tirer un grand avantage de son union ; elle donnera même jour à l'avenir^ le Protecteur venant à aianqucr et la division se mettant entre les chefs de Tarmée^ d'appuyer les mieut intentionnés pour la France. Si je prends, monsieur^ la liberté de m'étcndre sur ces considérations; c'est aûn d'eflaccr les impressions que quelques avis parti-* culiers d'ici peuvent donner tantôt de l'instabilité du régime^ tantôt de la mauvaise santé du Protecteur; l'on peut dire que vraisemblablement l'un dépend de l'autre; et si mes lettres n'ont pas confumc ce qui s'est écrit du dernier, ce n'est pas manque de m'en être informé et d'en avoir su l'état. J'avoue que, dansletcmpsde sa chute, il me fut dit qu'il était menacé d'une hydrupisie, et l'un de ses médecins, qui l'a vu dons sa maladie, m'a confirmé que la constitution était mauvaise^ mais ces pronostics ne doivent donner aucune visée pour le temps présent.

7« }L de Brienne au cardinal Mazarin,

Monseigneur,

J'ai cru qu'il me pourrait être reproché de m'oublier de mon devoir si je n'informais Votre Ëminence que, par une lettre de M. de Bordeaux, en date du 10 du mois passé, j'ai vu qu^il avait fait un compliment à l'un de ses commissaires, sur l'avis qui avait été porté à Londres que^ par ordre du Roi Catholique, les biens et effets des Anglais qui s'étaient trouvés en ses royaumes avaient été saisis. M. de Bordeaux S'était persuadé que, donnant des asssurances de la continua-

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tion de ia bonne volonté que le roi a jusqu'à présent fait paraître au Protecteur et au régime d'Angleterre, c'était contier, sans en faire la demande, le Prolecteur de commander à ses commissaires de signer le traité; celui auquel il s'était adressé lui dit que, si l'Angleterre n'était recherchée de le faire, elle aurait peine de s'y disposer, touchée de crainte qu'il pût être dit que le peu Je fortune que son armée avait eue aux Indes l'y avait obligée, ce qui lui tournerait à honte; mais qu'il ne mettait point en doute, si, en une audience demandée pour ce seul sujet, il en faisait instance à M. le Protecteur, qu'il ne fût pour y consentir; ce discours a eu tant de force sur M. de Bordeaux que, bien qu*il me mande que cela lui a été défendu, il me paraît disposé d'exécuter le conseil qui lui a été donné. Je lui ai écrit que je doutais que Votre Éminence en pût demeurer satisfaite, et qu'il fallait (sans un ordre reçu de vous. Monseigneur, depuis que vous êtes en Picardie) qu'il eût des lumières qui n'avaient pas été assez éclatantes pour venir jusqu'à nous; que moyennant ce compliment, le Protecteur déclarerait la guerre aux Espagnols en Europe, et continuerait à la leur faire aux Indes occidentales, et que je devais l'avertir de ne faire pas le second pas, s'il était en état de s'en garantir, ni sans un commandement bien précis offrir de l'argent, à quoi il me paraît très-disposé. Si je me suis trop avancé, Votre Éminence aura agréable de me le faire savoir, et à M. de Bordeaux ce qu'il aura à faire.

80 M. de Bordeaux à M- de Brienne.

Londreâ, 4 novciuljie 1655.

.... Notre conférence finit par des souhaits mutuels que le traité pût rétablira jamais une véritable amitié entre les deux

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oaliuiis ; s'il a perdu sa grâce pai* la luugue attente, U semble que la rupture a\ec l'Espagne lui doive donner de nouveaux agréments. Je n'eus pas si lot fait savoir à mes eomoiîssaire.'^ que j'étais disposé à signer^ qu'il fut envoyé à l'ambassadeur de cette couronne passe-port aux termes qu'il le poursuivait, et môme, ordre à un vaisseau de l'État de le passer. H n'a pas laissé de me faire demander cette aprcs-dinée mon passeport, et prier de lui faire tenir celui du roi, s'il arrive devant que son vaisseau soit sorti de la rivière. Celui qui m'a vu de sa pai'l assure qu'il partira demain pour Douvres^ et que s'élant trouvé avec lui, lorsque la signature du traité lui a été mandée, il a remarqué tel changement dans sa parole et dans son visage que l'on pouvait juger qu'il s'était, jusqu'à ce moment, attendu à quelque renouenient^ et il est assez vraisemblable que ce régime l'avait toujoui'S tenu en espérance aiin de me donner de la jalousie. Présentement toutes les pensées semblent tourner à la guerre, et les préparatifs d'un grand armement naval se continuent. Cette i*ésolution ne peut point avoir été prise sans former un dessein de s'unir plus élrcMtemenl avec la France.

y^ M. de Hrinme au cardinal Mazarin,

11 a été rapporté à M. de Bordeaux que l'ambassadeur d'Espagne n'avait su celer son étonnemcnt et son cbagiin de ce que l'accommodement d'entre la France et l'Angleterre avait été résolu; maisjusqu'à ce qu'il soit suivi d'un autre et que les deux États s'engagent à faire la guerre à l'Espagne, il ne sera pas sans espérance d'en conclure un à son tour avec le Protecteur, qui en serait pressé par les marchands anglais. C'est ce que j'ai recueiUi de la dépêche de M. de Bordeaux, datée

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du A^ du courant^ et du discours que m^a tenu ce gentilhomme^ et qu'il serait du service de Sa Majesté, sur les sommes notables qui sont dues à M. de Bordeaux^ qu'il lui fût donné, en argent comptant, au moins dix mille écus, afin que les lettres de change qu'il a été contraint de tirer fussent acquittées, et quelque partie de la dépense dont il est demeuré en arrière ; mais bien que la demande soit juste, il n'en saurait obtenir Tefifet si Votre Éminence n'a la bonté d'en écrire à messieurs les surintendants. J'ai été prié de vous faire cette supplication, et je m'y suis volontiers accommodé par des considérations du sei*vice de Sa Majesté, qui serait blessé si l'on protestait des lettres et que l'ambassadeur fût réduit à engager sa vaisselle d'argent pour satisfaire a ses créancicis.

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