‹ Histoire de la révolution d'AngleterreChapitre 138 sur 150 · XI · texte numérisé non relu

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1 o Dali Àlonso de Cardtnos au roi d^ Espagne PkUippe I V.

RrmeMe", i > mu* 161*6,

J*ai rendu compte à V. M. que S. A. Tarchiduc ayant consenti à ce que le roi £haries d'Angleterre vint secrètement ici^ nous l'avons vu^ par ordre de S. A., le comte de FuensaldaAa et moi ; j'ai également rendu compte à V. M. de ce qui s'est passé entre nous jusqu'au moment où le roi Charles s'est retiré à Louvain^ après nous avoir promis de nous envoyer deux personnes de sa confiance pour arranger quelque traité. Ce que je puis annoncer maintenant à Y. M.^ c'est que le Roi ayant envoyé ici le marquis d'Ormond et le comte de Kochester accompagnés du résident de Vie, ceux-ci nous ont remis une note contenant des propositions dont je joins copie pour l'information de V. M., avec la réponse que S. A. a ordonné de lui donner. Les commissaires l'ont aussitôt conmiuniquée au Roi (Charles), et deux jours après ils sont Tenus à mon hôtel où se trouvait aussi le comte de Fuensaldaûa; ils ont exprimé, de la part de leur maître, des remerciements pour les bonnes dispositions où était Y. M. de ^appuyer dans le but de recouvrer sa couronne, et ont déclaré que^ si Dieu la lui rendait, il ferait beaucoup pour le service de V. M. On les en a remerciés conune il convenait, et là-dessus ils ont demandé qu'outfédigeàt tout de suite les articles d'un traité dans le sens de la réponse qui veuait de leur être donnée ; ils

ont demandé qu'une alliance offensive et défensive et une amitié intime entre les deux couronnes (d'Espagne et d'An^ gleterre) fussent conclues ; maifi( après avoir considéré que, dans l'état où se trouve aujourd'hui le roi Charles^ il lui serait impossible de remplir aucun engagement tel que les cir** constances l'exigeraient^ et qu'il ne saurait rien faire jusqu'à ce qu'il soit remis en possession de ses États, il nous a paru que, pour le moment^ il suffisait d'établir des rapports d'amitié et de bonne intelligence, seulement pour le cas où il serait rétabli sur le trône. Il convient toutefois de faire dès aujour>« d'hui^ pour cette éventualité, la ligue et l'alliance qu'ils de-^ mandent, car si on remettait la conclusion jusqu'à cette épo* que^ il est à présumer qu'on ne la réglerait pas alors sans difficulté, car du temps des Rois l'Angleterre y a toujours suscité des obstacles par suite des négociations de la France^ et aussi des efforts par lesquels des ministres dévoués à cette puissance ont toujours cherché à entraver une pareille alliance.

Dès que le traité sera rédigé, il sera communiqué à V. M. afin qu'ËUe daigne le ratifier, et je rendrai à V. M. un compte particulier de ce qui me paraîtra à cet égard.

Les lettres d'Angleterre amvées ici cette semaine ne cou'* tiennent rien de neuf si ce n'est la nouvelle du danger que le Protecteur a couru dernièrement, lorsque la voiture dans laquelle il se trouvait a passé une petite rivière nommée Zimba; trois chevaux et le postillon qui les conduisait ont été noyés. On parle beaucoup là-dessus.

La flotte n'était pas encore partie, car les équipages de-» mandaient, dit-on, un autre chef plus à leur goût, et ensuite parce qu'on manquait d'argent pout* équiper les bâtiments comme il faut et les faire partir. Le peuple se montrait très*indigné des prises faites par la marine deDunkerque et d'Ostende, où Ton >enait d'en faire plus de trente sur les Anglais;

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si cela continue^ le commei'cc anglais sera considérablement entrave.

Le Prolecteur avait résolu d'envoyer un agent à Lisbonne, afîn que celui-ci, conjointement avec le consul anglais, prête assistance aux négociants anglais qui se trouvent en Portugal.

11 a été proposé en Conseil d'offrir à la France de lui envoyer six mille Anglais qui seraient sur le même pied et recevraient la même paie que les Suisses au service de la France; on veut pouvoir, cette année encore, assiéger Gravelines. On a décidé de faire cette proposition à l'ambassadeur de France Burdcos (Bordeaux) que l'on attendait à Londres, de retour de Paris. Que Dieu ^^ardc V. M.

^2^ L'archiduc Léopold au roi Philippe IV.

Bruxelles, 8a\ril IGoG.

S. H. M. (Sacrée Majesté Royale.)

(^ciie .semaine j'ai reçu par la voie secrète une lettre de V. M. du 26 janvier et je ne sais ce qui a pu occasionner ce retard. Dans cette lettre V. M. me dit que quelques Anglais qui se trouvaient en Flandre ont dit à donEstevan de Gamarra que, si on admettait dans ces ports quelques navires munis de lettres de marque du Roi d'Angleterre, il se trouverait beaucoup de personnes qui se déclareraient pour lui, et que ce serait une grande diversion et un acte très-désavantageux pour Cromwell. J'ai déjà dit quelques mots à ce sujet à Y. M. , à l'occasion des ordres que j'avais donnés d'armer tous les sujets de Votre Majesté qui désireraient le faire pour nuire aux Anglais, aux Français et aux Portugais ; mais maintenant je me suis décidé à réunir un Conseil auquel serait communiquée la lettre de V. M., lequel délibérerait sur ce que dit V. M.

et prononcerait sur ce qu'il y aurait à faire. Par le courrier ordinaire qui partira d'ici dans quelques jours, il sera répondu avec plus de précision à la lettre de V. M., et je puis l'assurer que, tant que je resterai ici, je ne négligerai rien de ce qui peut être utile à son service. Mais le manque, de moyens dans lequel on a été ici a retardé les préparatifs de la campagne ; et quoiqu'il soit arrivé des lettres (de crédit) de trois cents mille écus, les besoins ont été si grands et les déboursés si nombreux qu'on a bientôt vu que la somme était très-insuffisante et qu'on ne poun^ait pas faire grand'chose avec cet argent. Toutefois on cherchera à l'employer aux préparatifs de la campagne et à faire de telle sorte qu'on en tire le plus d'avantages possible. S'il est vrai, comme on le dit ici, que la flotte (des Indes) est arrivée, il y aura quelque possibilité de nous assister et de nous faire sortir des embarras où nous nous trouvons, peut-être même de faire en sorte qu'on puisse opposer une résistance plus vigoureuse à l'ennemi. S'il est vrai aussi, comme le bruit en court, que le roi de Pologne a donné une bonne leçort à celui de Suède qui, dit-on, a été fort ^ maltraité, on croit que cela changera considérablement l'état des choses, et que le Protecteur d'Angleterre rabattra beaucoup de son orgueil actuel, car il comptait sans doute sur les avantages qu'avait remportés le roi de Suède.

Je m'occupe des préparatifs de mon voyage et je compte pouvoir le faire après Pâques; en attendant, le seigneur don Juan arrivera; mais comme mes créanciers me pressent beaucoup pour être payés intégralement de tout ce qui leur est dû, je crains qu'ils ne me suscitent des embarras et que, usant de leurs privilèges, ils ne me fassent quelque affront en saisissant mon équipage et mon mobilier; c'est ce qui m'oblige de prier V. M., aussi instamment que possible, de vouloir bien me faire remettre une assignation spéciale de cent mille écus, comme j'en ai déjà prié V. M. la semaine passée dans une

lelUo écrite par moi-même; avec cette somme et les autres que je pourrai réunir des dix pour cent que Y. M. avait bien voulu m'accorder, je pourrai faire face aux dépenses les plus urgentes; ensuite on continuera de payer petit à petit tout ce qui est dû. J'ose espérer de la magnanimité de Y, M. qu'elle ne souffrira pas qu'on me fasse ici un affront, comme celui que peuvent me faire mes créanciers, et qu'elle me fera envoyer un secours de cent mille écus, comme je prie Y. M. de le faire. Notre Seigneur, etc., etc.

3o Avi$ du Conseil tÈiat d'Espagne sur les dépêches de don Àlonzo de Car défias relatives aux affaires du roi d'Angleterre Charles IL

Madrid, la 7 mai t6HG,

Sire,

Don Alonzo de Cardcfias informe Y. M. que le roi d'Angleterre, conformément à ce qui avait été convenu anlérieurement, a envoyé auprès de lui le marquis d'Ormond et le comte de Rochester accompagnés du résident de Yic, pour conclure un traité^ et que ces deux commissaires du Roi lui ont remis une note contenant des propositions dont il envoie la copie à Y. M, avec celle de la réponse que S. A. Tarchiduc avait décidé de leur donner ; il rapporte ensuite que les deux commissaires^ ayant communiqué cette réponse auRoi^sont venus deux jours après à l'hôtel de don Alonzo où se trouvait également le comte de Fuensaldaûa^ et l'ont remercié^ de la part de leur souverain^ de la bonne disposition que Y. M. avait témoignée de vouloir aider le roi Charles à recouvrer sa couronne ; ils ont insisté en même temps sur la nécessité de rédiger auçsitôt les articles du traité et de conclure une

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alliance défensive et offensive ainsi qu'une a^^itié intime en« tre les deus couronnes (d'Espagne et d'Angleterre}» Don Alonso ajoute à ce sujet que, le traité une fois conclu, il sera envoyé à V, M. afin qu'ElIe daigne le ratifier.

lie Conseil d'État, auquel ont pris part les marquis de Valparaiso etde Yelada, les comtes de PefUiranda et d'Ouate, le duc d'Albe et le marquis de los Balbases, ayant pris connaissance de la lettre de don Alonso, représente à Y. M, que les ministres de Flandre ont donné, aux ordres émanés d'ici à cet égard, plus d'extension que la pensée de Y, M, n'en comportait selon la proposition faite par le Conseil d'État, car le Conseil n'a jamais cru qu'une amitié intime puisse être sûrement établie avec le roi d'Angleterre, qui a yu que, de-, puis la mort de son père, Y. M, a traité avec le gouvernement anglais et avec Cromwell jusqu'à ce que celui-ci ait le premier rompu avec Y. M. Le roi Charles doit en être profondément offensé; et d'ailleurs, aujourd'hui, il n'a pas de moyens suffisants pour conclure une alliance, avec des engagements, de la part de Y.lll., tels que ceux que les commissaires les demandaient ; et quoique les ministres (de Flandre) aient, par ordre de S. A. l'archiduc, répondu avec des réserves, le traité n'en reste pas moins à l'état de pouvoir être repris et conclu. Dans ce traité il y a surtout ceci de grave à remarquer que, si on permettait d'établir dans les provinces de Flandre des dépôts pour les partisans du Roi, on se créerait une nouvelle difficulté pareille à celle qu'on a eue avec les troupes du duc de Lorraine et à celle qu'on a encore aujourd'hui avec les troupes du prince de Condé. C'est encore une chose grave que d'accueillir la demande des commissaires anglais tendant à ce qu'on désigne, dans les États de Y. M., une résidence pour le roi d'Angleterre, attendu qu'il ne pourrait résider dans aucun endroit sans qu'il en résultât de réels préjudices, beaucoup de frais, et même un grand danger si

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celte i*dsidence était fixée ddns un port ou dans une place forte exposée à quelque coup de main qui pourrait se tramer h Taide des partisans du roi Charles lui-même^ parmi lesquels Cromwell ne manquera pas d'avoir des affidés. Quoique ce point ne soit pas accordé dans le traité et qu'il reste soumis au bon plaisir de V. M., il ne pourra qu'en résulter un TJf ressentiment contre V. M. si cette demande est refusée^ comme elle devra l'être par toutes les raisons politiques. En vérité, le Conseil d'État n'espère pas beaucoup de cette négociation^ bien qu'il faille chercher tous les moyens de nuire à Cromwell et à TAngleterrc. Ceux qui traitent cette affaire devraient mesurer les obligations que l'on contracterait sur les moyens dont disposent ceux avec qui on traite^ pour atteindre le but qu'on se propose ; or on ne voit, ni dans la lettre de don Alonzo^ ni dans la note qui l'accompagne, que les commissaires du roi Charles aient indiqué quoique ce soil de positif au sujet des provinces, places ou autres corps quelconques sur lesquels le roi Charles pourrait appuyer les efforts qu'on ferait en sa faveur.

Au total, le Conseil d'État est d'avis qu'il serait dans Tintérôt du service de V. M. de faire mûrement penser à tout cela en Flandre sans perdre un seul instant, afin que, si l'arrangement n'est pas encore conclu, on fît attention aux points qu'on signale ici, et surtout afin que, en obtenant du roi d'Angleterre des informations sur les moyens dont il dispose, tant en Angleterre qu*au dehors, pour recouvrer sa couronne, on lui fît observer que son séjour en Flandre n'est pas propre aux communications entre ses partisans et aux négociations avec eux, vu la rupture survenue entre nous et les Anglais j il pourra bien mieux entretenir des rapports avec ses partisans et amis, étant en Hollande ou ailleurs, d'où l'on pourra le faire venir sans difficulté ni danger, et d'où il pourra luimême bien plus aisément les diriger et se servir d'eux.

Dans le cas oii Je traité serait déjà conclu et transmis à V. M. (ce qui est possible) avant que ces observations par^ viennent en Flandre^ le Conseil d'État^ à qui il serait encore renvoyé, pourrait eiprimer son opinion avec plus de déve-^ loppements et la motiver plus complètement. Du reste^ V. M. ordonnera ce qui lui plaira*

40 Dm Alonzo de Cardenas au roi d'Espagne Philippe IV*

Bruxelles, le 29 jniitcl I606.

Sife,

J'ai reçu par le courrier ordinaire d^Espagne la lettre de V. M., du 5 juin, ainsi que la ratification du traité conclu avec le roi Charles II d'Angleterra, le 12 avril^ et transmis par moi à Y. M. le 15 du même mois. Après avoir pris connaissance des ordres que Y. M. avait bien voulu me donner pour que je détournasse le roi Charles de son projet de contintier son séjour dans ces provinces, et que je l'engageasse à retourner à Cologne jusqu'à ce qu'il trouve occasion de passer en Angleterre, je dois représenter à V. M. ce qui me paraît à ce sujet. Lorsque du temps de l'archiduc Léopold une réponse dans ce sens fut faite au roi Charles^ réponse dans laquelle on lui conseillait de retourner à Cologne^ il l'accueillit fort mal^ trouva mauvais qu'on lui refusât la permission de séjourner dans ce pays^ et ajouta qu'il ne pouvait retourner à Cologne sans compromettre son honneur^ sa dignité et sans nuire à ses intérêts. 11 a parlé dans le même sens au comte de Fuensaldafia^ et ses ministres me l'ont répété depuis plusieurs fois^ en faisant valoir plusieurs arguments et en donnant

]iour certaine la ruine du parti que le roi a en Angleterre, en £cotM et en Iriande, si on le voyait aujourd'hui quitter ce pays pour eboinr un autre sëjour. Car, le seul fiiit que le roi se trouve dans le voisinage des ports des Flandres donne à ses partisans en Angleterre du courage; ils souffrent patiemment toutes les rigueurs du régime de Cromwell dans Te»poir d'un meilleur sort^ et ils restent unis. Les ministres du roi Charles ont également fait valoir les grands avantages du séjour du roi dans ce pays pour le service de V. M., en disant que ce voisinage empêcherait le Protecteur d'envoyer sa flotte aux Indes, et le contraindrait de renoncer à ce projet ; il Texécnterait au contraire si le roi s'en allait d'ici, car alors les partisans du roi désespéreraient de tout', s'arrangeraient de leur mieux avec Crom\vell, et le roi serait mis à jamais dans l'impossibilité de recouvrer sa couronne. Le roi Charles est si loin de vouloir partir d'iti que son chancelier me remit, il y a deux jours, une note que S. A. l'archiduc don Juan enverra à V. M., et dans laquelle le roi demande que le traité soit publié et qu'on lui permette de ne plus garder Vineognito; il pense que cela seul suffirait à entretenir le courage de son parti et à inquiéter Cromwell. Quant à moi, n'espérant plus pouvoir lui ftdre abandonner cette manière de voir, je n'ai plus voulu aborder avec lui cette question jusqu'h ce que l'archiduc don Juan prenne une résolution h cet égard; je lui ai rendu compte de l'état des choses, comme je le fais à V . M . , en ajoutant que ce serait perdre son temps que de vouloir persuader au roi Charles de retourner à Cologne, et que 8. A. jugerait sans doute plus convenable de ne plus lui en parler, car cela ne ferait que l'affliger. Donc, comme le roi restera ici, il sera d'autant plus nécessaire de lui fixer une pension de trois mille écus par mois, somme que Y. M. lui avait fixée lorsqu'il se trouvait dans le besoin, et en quoi S. A. l'archiduc s'était conformé à la décision de V. M. Comme S. A. avait

H STORIQUES. 571

fait Savoir que Y. M, avait ordonné de payer au roi un secours chaque mois, elle m'a ordonné de faire savoir au résident du roi que ce serait trois mille écus par mois | et c'est ce que je vais exécuter sur^le*cbamp.

Le jour de Tarrivée de la dernière dépêche de V. M. a été le 12 juillet^ jour où expirait le délai de trois mois fixé pour la ratification du traité ; aussi, pour ne pas perdre de temps, j'ai envoyé sur-le-champ mon secrétaire-interpràte à Bruges^ porteur du traité ratifié par Y. M.^ en lui ordonnant de recevoir la ratification du roi au moment où il lui remettrait celle--ci^ comme c'est l'usage^ et c'est ce qui a été fait ; le secrétaire me l'a apportée et je la transmets à Y. M* avec la présente. Le secrétaire m'a raconté qu'au moment même où le roi apprenait l'arrivée de la ratification^ on recevait la nouvelle du succès des armes de Y. M. à Yalenciennes^ et que la joie que le roi et tous ceux qui sont avec lui en ont témoignée était au delà de toute expression. Le roi pensait que les intérêts des deux couronnes étant les mêmes en vertu du traité qui venait d'être conclu^ il était dans son intérêt que les armes de Y. M. triomphassent^ lors même qu'on n'arriverait pas par là à lai procurer de l'appui qui lui a été promis.

D'après les nouvelles d'Angleterre, le Protecteur a résolu de réunir le Parlement pour le 17 septembre, et il a déjà envoyé des lettres de convocation dans les comtés afin qu'on procédât à l'élection de ceux qui ont droit de siéger au Parlement ; c'est la meilleure preuve des embarras où il se trouve puisqu'il expose encore une fois ses affaires aux dangers qu'elles ont courus toutes les fois qu'il a réuni un Parlement, au point qu'il a été toujours obligé de les dissoudre l'un après l'autre.

On dit aussi qu'un ordre très-secret a été expédié à Blake, afin qu'il envoie six bâtiments de guerre à la Jamaïque

ol que Blako ayant veïnsé de Texôculer, le Prolecteur est très-indignë contre Uii, et qu'il a fait prendre des mesures pour pnîparer d'autres navires^ au nombre de six, pour les envoyer dans cotte île. Notre Seigneur garde, etc.

r>o yole conlenani quelques points rekuifs au iraiié entre le Roi de la Grande-Bretagne et le Roi d'Espagne, remise de la part du Roi de la Grande-Bretagne et jointe à la lettre de don Akmzo de Cardenas au Roi d'Espagne.

29 JQillet 1656.

Ia! Hoi de la Grande-Bretagne^ qui a reçu avec la plus grande joie la ratification du traité et qui regarde ramitié de Sa Majesté Très-Catholique comme un bienfait que Dieu tout puissant lui a envoyé pour être le fondement de son bonheur futur et le moyen le plus sûr de recouvrer sa couronne, désire infiniment que ce témoignage d'affection et des bonnes dispositions de S. M. Très-Catholique pour sa personne cl pour ses intérêts puisse être porté à la connaissance publique le plus tôt possible par des actes qui mettent ces dispositions au grand jour, comme par exemple en accordant au Roi la permission de séjourner dans un port de mer, ou en prenant ostensiblement connaissance du séjour de S. M. le Roi de la Grande-Bretagne dans ce pays, en le dispensant de garder Tincognito, et autres manifestations semblables. Ceci donnerait, au Roi de la Grande-Bretagne, non-seulement du crédit et du relief auprès des autres souverains dont plusieurs ont promis de Tappuyer par des sommes d'argent et par d'autres moyens dès qu'il serait appuyé par quelque monarque puissant, mais encore cela ranimerait le courage des hommes de son parti

en Anglelei'ie^ à ce [mni que tous seraient beaucoup plus empressés à exécuter ses ordres j; alors on verrait que ce parti est plus considérable et plus puissant que tout autre^ et la plupart des personnes des autres partis se joindraient à celui du Hoi et chercheraient à défendre ses intérêts dès qu^elles verraient que S. M. Très-Catholique appuie et protège le Hoi de la Grande-Bretagne. Le Roi convient qu'il est bon que les articles du traité restent secrets, car il est de l'intérêt de LL. MM. qu'ils le soient, et qu'ils ne soient communiqués d'aucune façon ^ qui que ce soit ; mais la publication et la déclaration du fait de la conclusion (d'autant plus que le traité conclu par les délégués des deux souverains a été ratifié par S. M. T. C), sans donner les détails et sans dire que S. M. T. C. appuiera le Roi de la Grande-Bretagne contre leur ennemi commun, est si essentiellement nécessaire qu'on ne saurait sans cette base ni accomplir les préparatifs nécessaires pour le but principal , ni disposer les amis à tenter des entreprises utiles. D'un autre côté aussi, il est impossible que les armements et les préparatifs que Cromweli ferait sur la simple connaissance que quelque chose a été convenu entre LL. MM. (le Roi Charles et le Roi d'Espagne) causent au Roi de la Grande-Bretagne un préjudice égal à celui que causerait au peuple (anglais) la perte de tout espoir ou la croyance qu'il n'existe aucun traité ni arrangement. En effet, les ennemis de S. M. cherchent, partons les moyens et par tous les artifices, à persuader aux peuples de la Grande- Bretagne que S. M. T. C. n^a aucune intention d'assister le Roi d'Angleten'e. Il est donc nécessaire que S. M. s'efforce par tous les moyens de tirer ses peuples de cette erreur en leur faisant connaître le contraire.

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Le Ginseil d'État auquel ont pris part le duc de SaD-4.ucar, les marquis de Valparaiâo et de Velada, les comtes de Ptenaranda et d'Onate, le duc d'Albe^ le marquis de los RallM^ftf< etrarclie\équede Saragosse^ rappelle que^ lorsque don Alonio eut rendu compte à V. M. de l'intention où était le Roi Cliarles de tiier son séjour en Flandre (c'était à Tépoque où il transmit le traité conclu avec lui)^ le Gniseil représenta à Votre Majesté qu'à son avis il serait plus couTenable que le Koi Charles continuât à séjourner à Cologne^ attendu que son expédition en Angleterre notait pas encore assez pro-

chaine pour eiûger sa présence dans le voisinage^ et parce que, en séjournant en Flandre^ il serait sans aucun doute entouré d'affîdés de Cromwell et du cardinal Mazarin^ en apparence attachés à ses intérêts^ mais qui agiraient au grand préjudice de sa cause et du service de Y. M.^ puisqu^il y aurait^ au cœur même des pays de Flandre^ beaucoup d'espions et d'ennemis cachés. Par ces motifs on avait ordonné à don Alonzo de chercher à détourner le Roi Charles de son projet en lui donnant à entendre que^ lorsque le Roi aurait pris toutes ses dispositions et serait en état de tenter une expédition, il pourrait dors passer en Flandre et y séjourner jusqu'au tnoment de son passage en Angleterre avec les forces qu'il aurait à sa disposition; que la différence du temps nécessaire pour s'y rendre de Cologne ou dés provinces de Flandre n'était pas de plus de deui ou trois jours de voyage^ ce qui ne pouvait en aucune manière être un obstacle à ses intelligences et à ses négociations.

Une copie de la dépêche dans la(}uelle étaient consignées ces observations a été envoyée & Parchiduc don Juan^ mais il n'y a pas encore répondu. Comme le Codiseil d'État est toujours de la même opinion y comme il croit le séjour du Aoi Charles en Flandre, pour le moment, préjudiciable au service de Y. M., et en supposant que la lettre de don Alonzo ne demande pas une réponse très-pressée, le Conseil est d^avis qu'il faut attendre ce que l^archiduc don Juan écrira à ce sujet; lorsquMl Faura fait, Y. M. voudra bien ordonner que Ton reprenne en considération et la dépêche actuelle et ce que l'archiduc aura écrit, afin que le Conseil puisse, après plus ample information^ proposer à Y. M. ce qui lui paraîtra le plus avantageux pour le service de Y. Mi

D« lu main du ttoi l a C Oët bien. »

y,& DOCUMENTS

7o Avis du Conseil d'État d^Espagne sur le contenu de plusieurs lettres de F archiduc don Juan, de don Àlonzo de Cardeùas et du Roi d'Angleterre.

Madrid, le 16 décemLre 1656.

Sire,

Daiis la séance du Conseil d*Ëtat à laquelle ont assisté le duc de San Lucar^ les comtes de Pefiaranda et d'Ouate^ le duc d^Albe et le marquis de los Balbases, on a pris connaissance, conformément aux ordres de V. M.^ de trois lettres de rarchiduc don Juan portant les dates du 29 août, du là septembre et du 8 octobre (les deux premières pour Y. M. et la troisième pour don Louis de Haro); d'une lettre de don Alonzo de Cardcûas à V. M. en date du 8 octobre, et d'une lettre du roi d'Angleteri*e du 26 août.

L'archiduc don Juan et don Alonzo rendent un compte particulier des propositions qui leur ont été faites^ de la part du roi d'Angleterre, au sujet des levées d'hommes, de ses sollicitations pressantes pour qu'on l'aidât à une expédition eu Angleterre, et des réponses qui ont été faites à ses commissaires et agents. Ils rapportent [également que le duc d'York était arrivé à Bruges et que les Anglais demandaient avec instance des logements pour les Irlandais qui devaient arriver; qu'on avait déjà donné des logements pour deux cents hommes, et quelques subsides mensuels au Roi et au marquis d'Ormond. L'archiduc demande qu^on lui fasse savoir comment il doit agir en supposant que l'expédition projetée en Angleterre dépende des paiements qui se

font d'ici (d'Espagne) séparément pour l'expédition et pour le roi.

Quant au roi Charles, il répond à la lettre que V. M. lui a écrite, pour remercier V. M. et de la lettre et de la ratification du traité.

Le Conseil d'État, après avoir consfdéré tout cela avec beaucoup d'attention, s'est fait représenter le traité conclu par V. M. avec le roi de la Grande-Bretagne, pour connaître au juste à quoi Y. M. est tenue, et dans quels cas et de quelle manière. Le Conseil voit que dans l'article 3, où il est question des secours que Y. M. doit donner au roi, on lit les mots suivants : «Il est bien entendu que S. M. le roi de laGrande- « Bretagne devra avoir en Angleterre un port, ou place, ou 9 autre endroit qui lui soit dévoué et où il puisse débarquer « en sûreté les troupes. » Le Conseil voit, dans ces mots du traité, la réponse la plus raisonnable qu'on puisse faire aux demandes du roi Charles et de ses ministres; on suppose qu'avant de risquer des hommes, des navires et de l'argent, le roi aura un endroit sûr où il pourra débarquer, pour que le traité ait son effet ; tant que cela n'a pas lieu, il n'existe encore aucune obligation réciproque qui doive naître de ce commencement. Le Conseil est d'avis que cette réponse était assez naturelle pour que don Alonzo de Cardenas eût pu la donner, et c'eût été fort à propos, car, donnée par don Alonzo dans la conversation même qui avait lieu sur les demandes du roi Charles, cette réponse n'aurait pu être interprétée comme un moyen de délai et comme indiquant une arrière - pensée dans les promesses faites par Y. M. 11 eût mieux valu faire alors cette réponse que de fournir aux Anglais un motif de croire que les difficultés viennent d'ici, parce qu'en Flandre on n'y aurait pas d'abord assez réfléchi, ou qu'on les aurait jugées plus faciles à surmonter.

:»:>< IMKTMF.M.N

Le (lon>oii ciuil que celle e\LU>o ^basée sur les mots du traité) est fort légitime en considérant combien il est impossible de distraiiv un corps de six mille hommes de l'armée déjà assez \ic\x nombreuse qui reste en Flandre, ou de débourser une somme suffisante pour faire des levées aussi considrrables.

I.e Conseil ne peut sVinpocher de faire ressortir les inconvénients qui peuvent résulter du séjour du roi Charles à Bruges ; c'est déjà quelque chose que l'arrivée de son frère et la pension que Tarchiduc don Juan a été obligé de lui augmenter, ainsi que le subside donné au marquis d'Ormond, ce qui fait cinq mille écus par mois; ce ne sont pas là les plus grands inconvénients; la principale difficulté consiste en ce qu'on va aborder la question des cantonnements et des levées d'hommes ; on a déjà vu qu'ils avaient demandé des logements pour cinq cents hommes; il est facile de voir que ceux-ci seront suivis d'autres qui peuvent causer de grands embarras et produire avec le temps des préjudices irréparables. Le Conseil entend la question des logements et des levées d'hommes de telle manière que, lorsque la nécessité se présentera de leur donner les six mille hommes qu'on leur a promis, il y aurait moins de mal à affaiblir les forces propres de V. M. jusqu'à concurrence de ce chiffre qu'à consentir à ce que le roi ail une armée ou un corps d'armée à luiy au sein même des provinces de V. M. 11 est évident aussi que le roi d'Angleterre, en faisant de nouvelles levées^ diminuera d'autant le nombre des troupes de V. M., car si Ton donne aux troupes du roi des logements, comme on a déjà commencé à le faire, et que les troupes de V. M.. restent dans les places frontières, comme on en a également parlé, tout le monde s'en ira pour entrer dans les troupes et les logements du roi d'Angle (erre. On ne peut pas s'empêcher de s'étonner qu'on se soit engagé dans des embarras aussi

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évidents, aussi palpables^ puisqu^il n'y a rien dans le traité qui oblige V. M. à donner des logements, et il faut avouer que tout cela est contraire au bien du service de Y. M., que c'est une source de dépenses et d'embarras^ et une mesura dont les Français pourront tirer les plus grands avantages de plusieurs manières, tant à cause des inconvénients signalés plus haut qu'à cause do l'occasion qu'elle fournira, au Roi Très-Chrétien et à ses ministres^ de s'unir de plus en plus intimement à Cromwell, après avoir éloigné d'eux le roi d'Angleterre et son frère qui avaient toujours été pour le Protecteur un sujet de crainte et de méfiance. D'ailleurs les faits prouvent combien le roi Charles a peu de partisans et d'autorité ^ puisqu'on n'a pas appris que, depuis six mois qu'il séjourne à Bruges, il se soit déclaré pour lui un seul navire ou un seul homme.

Le Conseil est d'avis que, lorsqu'on répondra aux lettres sus-mention nées de l'archiduc don Juan et de don Alonzo de Cardenas, il serait nécessaire de leur faire connaître les ob-^ servations du Conseil, et qu'ils aient connaissance de ce qu'on pense ici, afin qu'ils agissent dans ces affaires avec modération; car ils courraient vers un précipice manifeste s'ils n'usaient de la plus grande circonspection.

Quant au roi d'Angleterre, le Conseil est d'avis que V.M. lui dise qu'Elle désire que le cas prévu par le traité arrive, ce qui sera dès qu'un port ou une place quelconque ou un parti se déclareront pour le roi d'Angleterre, et qu'alors V. M. ordonnera d'accomplir tout ce qu'on a promis, quand même l'armée de V. M. devrait se trouver par là réduite au plus petit nombre^ mais qu'une action positive et l'exécution de promesses qui pourraient causer tant de préjudice à V. M. ne sauraient avoir lieu jusqu'à ce que des faits préalables, conduisant aa ion résultat que V. M. désire, aient eu lieu; que V. M* ne s'-est pas engagée à donner des logements, puisqu'Elle n'en a peui

pour ses propres troupes^ comme tout le monde le sait ; de même que V. M. ne peut pas permettre qu'on fasse des levées d'hommes dans ces provinces^ attendu qu'elles ne pourraient guère se faire^ si ce n'est à l'aide d'honimes qui abandonneraient les drapeaux de Y. M. pour s'enrôler sous ceux du roi.

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