‹ Histoire de la révolution d'AngleterreChapitre 14 sur 150 · ABDICATION DU PARLEMENT · texte numérisé non relu

ABDICATION DU PARLEMENT

Les CaY.aIiers^ dans leurs ironiques récits^ prétendent qu'en entrant dans la salle^ White dit à Harrison : a Que faites-vous là?— Nous cherchons le Seigneur^ répondit le major général; — En ce cas, reprit White, allez ailleurs, car depuis douze ans, à ma connaissance, il ne vient plus ici*. »

Cependant Torateur et les membres qui raccompagnaient étaient arrivés à Whitehall ; ils entrèrent d'ahord dans une chambre, rédigèrent en quelques lignes Tacte de leur abdication entre les mains de Cromwell, le signèrent, puis demandèrent à être reçus par le lord général. 11 témoigna une extrême surprise; il n'était point préparé, dit-il, à une telle démarche, ni capable de porter un tel fardeau. Mais Lambert, Sydenham^ tous les membres présents insistèrent; la résolution était prise; il fallait bien qu'il acceptât la restitution du pouvoir qu'il avait donné. 11 se résigna. L'acte d'abdication du Parlement resta trois ou quatre jours ouvert à ceux des membres qui n'étaient pas venus à Whitehall. Il réunit bientôt quatre-vingts signatures; c'était au delà de la miûorité. Cromwell avait tué le Long Parlement de sa propre main ; il ne ût pas tant d'honneur au Parlement qu'il avait créé lui-même; un suicide ridicule et le ridicule surnom qu'elle tint de l'un des plus obscurs entre ses membres, M. Praise-God Barebone % marchand

* Ibidem,

• MM. Qodwin et Forster {Hist, of the Commomv., t. III, p. 524; ^Statesmen of the Commorw}. , t, V, p. 144) ont mis quelque importance à établir que le vrai nom de ce marchand ^tait Barhone et non Baréhone^ voulant ainsi abolir le ridicule qui s'est attaché

BARËBONE (12 dbcbxbrb 1653}. 35

de cuirs de la Cité de Londres^ ce sont là les seuls souvenirs qu'ait laissés dans Thistoire cette assemblée. Elle n'était dépoun ue ni d'honnêteté ni de patriotisme; mais elle manqua de dignité quand elle accepta le mensonge de son origine^ et de bon sens quand elle entreprit de réformer la société anglaise elle-même ; l'œuvre était infiniment au-dessus de ses forces conune de ses lumières; le Parlement Barebone avait été pour Cromwell un expédient; il disparut dès qu'il essaya d'être, sans lui, un pouvoir*.

Quatre jours après sa chute, le 16 décembre i653, à une heure après midi, un pompeux cortège se rendit de Whitehall à Westminster entre deux haies de soldats ; les lords commissaires du grand sceau, les grands juges, le conseil d'État, le lord maire et les aldermen de la Cité de Londres marchaient en tète, en robe écarlate et dans leurs carrosses de cérémonie; Cromwell venait après, en habit de velpui*s noir, en grandes bottes, une large ganse d'or autour de son chapeau. Sa garde et un grand nombre de gentilshommes, la tète nue, précédaient à pied sa voiture qu'entouraient les principaux officiers de Tannée, l'épée à la main et le chapeau sur la tête. Arrivé à Westminster-Hall, le cortège entra dans la salle de la Cour de chancellerie au bout de laquelle un fauteuil d'État avait été placé. Cromwell se tint de-

à ce dernier nom {os nus, décharnés] ; mais de leur propre aveu, lewrit même de conTOcation adressé à ce membre du Psrlemi^nt porte Barehone. J'ai cru devoir conserver cette orthographe qui est à la fois officielle et historique.

* Ibidem,

as CROMWELL EST PROCLAMÉ

boat devant le fauteuil y et les assistants s'étant raqgés alentour, le major général Lambert annonça la dissolution Tolontaire du Parlement, et au nom de l'armée^ des trois nations et de la nécessité des temps, il demanda au lord général d'accepter le protectorat de la République d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande. Après un moment d'hésitation modeste, Cromwell donna son consentement. L'un des secrétaires du Conseil, M. Jessop^ lut alors l'acte constitutionnel qui réglait, en quarantedeux articles, le gouyemement du Protectorat. Cromwell prêta et signa le serment a de prendre à sa charge^ a selon les règles établies dans ledit acte, la protection a et le gouyernement de ces nations. » Lambert, s'agenouillant, lui présenta une épée dans le fourreau, l'épée civile ; Cromwell , en la recevant, détacha et déposa sa propre épée, déclarant par là qu'il ne gouvernerait plus par la seule loi militaire. Les lords commissaires du grand sceau, les juges et les officiers l'engagèrent à prendre possession du fauteuil d'État. Il s'y assit et se couvrit, tous demeurant découverts. Le lord maire lui présenta à son tour son épée que le Protecteur lui rendit à l'instant, en l'exhortant à en bien user. L'acte était consommé : le cortège retourna de Westminster à Whitehall, accueilli par la curiosité plutôt que parles acclamations populaires. Le chapelain de Cromwell, M. Lockier, fit, dans la salle des Banquets, une prière solennelle ; et entre quatre et cinq heures, trois décharges de la troupe annoncèrent que le Protecteur était installé dans son palais de Whitehall. 11 fut proclamé, à ce titre.

l'KtirECTELR ;lti iiEikHinB ISâS;- 37

sur les diverses i»laces publiques de Londres et dans tous les comtés et cités de l'Angleterre. L'intention première était, di(-on, de lui donner sur-le-cbamp le titre de Roi, et l'acte constitutionnel avait élé d'abord rédigé dans ce sens; mais soit prudenœ spontanée, soit ménagement pour des résistances déclarées parmi ses plus intimes affidéSjCromwell repoussa lui-même un éclat trop brusque, et pour laisser vivre encore le nom de la République, il n'en voulut point d'autre que celui de Protecteur'.

Le Parlement pouvailabdiquer, mais les sectaires,anabaptistes, millénaires el autres, n'abdiquèrent point; le surlendemain de l'installation du Protecteur, une foule plus nombreuse que de coutume se réunit à Black- Friars , autour de la chaire de son prédicateur favori, M. Feake; il fut violent au delà de toute mesure ; « Allez « dire à votre Protecteur, dil-il, qu'il a trompé le peuple a du Seigneur ; il est un parjure ; il ne régnera pas longo temps; il finira plus mal que n'a fini le dernier Pro- « lecteur d'Angleterre, le tyran bossu Richard; dites- 0 lui que je l'ai dit. » Feake fui mandé devant le Conseil et remisa la garde de l'huissier. On fit demander au major général Harrison, le plus éminent des anabaptistes, s'il reconnaîtrait le nouveau gouvernement protectorat; il répondit fermement : « Non. » Sa commission lui fui

1 Parliam. HM.. t. XX, p. 346-365 ;-C" mm «ll.ana, p. 130-131;— WhLlelocke, p. 571-577; -Thurloe, Slale-Pflp«r«, 1. 1, p. 63S, 639. 641 644 ■ — Batee, Eltnchat mohium nuperontm, psrt. Il, p. Ï93 ; — Foréter, Sla.«mm<.fih«C«n™<m«.aI<h, t. V. p. 3Î3^ (Do«menU fcttloriquM, n* I) .

Page 1