CONDUITE D£ CROMWELL
EoTers les conspirateurs royalistes^ il agissait bien autrement ; c'était sur eux que portaient ses démonstra* lions de rigueur^ et, au besoin^ ses rigueurs même, soit pour se défendre effectivement de leurs complots, soit pour rallier autour de lui les républicains baineux ou alarmés. Les occasions ne lui manquaient pas ; les couspirations sérieuses ou frivoles, réelles ou imaginaires^ sont Tarme et le passe^temps des partis vaincus et oisifs. Au moment de l'arrestation de Lilburne, plusieurs Cavaliers aussi furent arrêtés; pendant son exil en Hollande, il était entré avec eux en relation intime, se faisant' fort, si on mettait dix mille livres sterling à sa disposition, de ruiner dans six mois, par ses pamphlets et ses amis, Cromwell et le Parlement ; on disait même, quand il rentra en Angleterre, que le duc de Buckingbam l'avait accompagné jusqu'à Calais. Un mois après la proclamation du Protectorat ^, un comité de onze royalistes fut surpris dans une taverne de la Cité, complotant une insurrection générale du parti et l'assassinat de Cromwell. 11 se contenta de les envoyer à la Tour et de faire publier un récit de leur complot. Mais bientôt ciicula mystérieusement une proclamation publiée^ disait-on, à Paris, le i3 avril 1654, et portant : « Char- « les 11, par la grâce de Dieu, roi d'Angleterre, d'Ecosse, a de France et d'Irlande, à tous mes bons et affectionnés « sujets paix et prospérité. Attendu qu'un certain c( drôle, ouvrier de profession et se nommant Olivier
» Le 14 février 1^54.
ENVERS LES CONSPIRATEUIiS ROYALISTES. 47
a GromweUj après avoir inhumaiueinent et barbarea ment égorgé le roi^ notre père chéri» de mémoire sa* « crée^ son légitime souverain, a tyranniquenieut et a traîtreusement usurpé le pouvoir suprême dans nos a royaumes, pour l'asservissement et la ruine des per- « sonnes et des biens de nos bons et libres sujets, nous « donnons par les présentes, à toute personne quelcon* a que dans nos trois royaumes, permission et liberté de a détruire par le pistolet, 1 épée ou le poison, ou tout tt autre moyen, la vie dudit Olivier Cromwell, ce qui * a sera un acte agréable à Dieu et aux honnêtes gens. Et ff à quiconque, soldat ou autre, rendra à Dieu, à son a roi et à son pays ce signalé service, nous promettons, a par les présentes, au nom et sur la parole d'un roi a chrétien, de donner, à lui et à ses descendants, un a revenu annuel de cinq cents livres sterling en terre « ou en capital, avec le titi^e de chevalier ; et s'il sert tt dans Tarrnée, nous lui promettons le grade de colo- « nel, avec un emploi qui le mette à même d'obtenir « tout l'avancement ultérieur dont ses mérites le ren- « dront capable K »
Que cette proclamation émanât réellement de Charles II, que même, comme on l'a prétendu, elle fût sortie de la plume de Hy de, rien n'est moins vraisemblable; elk offre des indices d'une origine subalterne, et on ne
* Thurloê, State-Papert, t. I, p. 306, 441, 442, 453 ; t. II, p. 95. 105, 114, 151, 248;— Clarendon, State-Papers, t. III, p. 75, 79, 98; — Godwin, Hist. ofthtCommonw^alth, t. IV, p. 60, 74 ;— Forstf»r, Siatexmen of ihe CommomreaUh^ i. V, p. 1K4, 191, 241.
48 COMPLOT ROYALISTE (mai 1054)
proclame pas rassassinat qu'on commande. Mais elle était répandue et accueillie^ sous le sceau du secret^ dans le parti royaliste^ et les hommes n'y manquaient pas^ même dans les rangs élevés, à qui un tel assassinat ne répugnait point. Cromwell, qui n'avait l'esprit ni pusillanime^ ni tracassier^ en était sérieusement préoccupé : a Les assassinats^ dit-il^ sont des actions détestables^ et je. ne les commencerai jamais; mais si quelqu'un du parti du roi tente de m'assassiner et me manque^ je ' ferai une guerre d'assassinat^ et je détruirai toute la famille; j'ai des instruments pour exécuter mes ordres^ dès que je voudrai les donner *. »
Dans la nuit du 20 au 21 mai 1654^ cinq royalistes^ entre autres le colonel John Gérard^ jeune homme de bonne maison^ et Pierre Vowell^ maître d'école à IsUngton, furent enlevés dans leur lit par ordre deCromwell, accusés d'avoir comploté l'assassinat du Protecteur. Le projet avait dû s'exécuter la veille, sur la route où Cromwell devait passer en allant de Whitehall à Hampton- Court, et il n'y avait échappé, sur un avis donné quelques heures auparavant, qu'en traversant la Tamise à Putney et en évitant ainsi l'embuscade. Charles II devait être aussitôt proclamé dans la Cité, et le prince Robert avait promis de débarquer promptement sur la côte du comté de Sussex, avec le duc d'York et dix mille hommes, Anglais, Irlandais et Français. Plus de quarante per-
« Burnet, Hùt. ofhh ownTimes. t. I5 p. 69 ; t. T, p. 140, dans ma Collection.