L'IRLANDE A L ANGLETERRE
peraient ses représentants^ comme ceux de Tlriande dans le Parlement commun du nouvel État. Ainsi était accomplie et organisée Funité intérieure de la République britannique, sous le pouvoir de son Protecteur*. Ses affaires extérieures, au moment où Cromwell prit le rang suprême, étaient, non pas en péril, mais dans une pénible et stérile confusion. La guerre avec la Hollande avait continué, et en même temps des négociations s'étaient ouvertes pour rétablir la paix; des ambassadeurs allaient et venaient de la Haye à Londres, essayant de s'entendre pendant que les flottes se cherchaient pour se combattre. Le 29 juillet 1053, Monk, resté commandant en chef en Tabsencç de Blake, que le mauvais état de sa santé avait forcé de débarquer pour prendre quelque repos, ordonna à ses capitaines de ne faire ni prise ni quartier : « Vous n'êtes pa? chargés, leur dit-il, de procurer des vaisseaux do plus à la RépubHque, mais de détruire ceux de Tennemi. » Engagée avec ce redoublement d'animosité, la l)at^ulle flottait encore incertaine le 31 juillet lorsque Tromp, qui avait percé jusqu'au milieu de l'escadre anglaise, fut frappé à mort d'une balle : « C'est fait de moi; mais vous, prenez cou-
4 Thurloe, State-Papers, i. II, p. 149, 16î, 193 ;— Ludlow, Mémoires, t. II, p. 237-243, dans tnti Collection ; — Vie de Ludlow, dans mes Etudes biographiques sur la révolution d'AngJeteire, p. 06-68 ; — Monk, étude historique, p. 48-52; — Whitelocko, p. 581-583, 587- 589, 592, 597-599 ; — Scobell, Acts and Ordinances, etc., part. II. p. 388-298;— CroffMDenmna^ p. 134, 136, 138 ;— -Burnet, Histoire de mo7i temps, t. I, p. 123-130, dans m à. Collection; — Malcolm Laing, Hist. ofScotland, t III, p. 482-185 ;—rTodwin, Ht.f<. oftheCommonivealthj t. IV, p. 62-68.
00 (il ERKE ET NEGOCIATIONS
rage ; » lelles furent ses dernières et seules ]mroies. Ni ses lieutenants , Ruyter , Corneille de Witt, Floritz, Evertz, ni les États généraux, ses maîtres, ne perdirent courage, mais leurs espérances déclinaient à mesure (jue les forces de leur patrie s'usaient et que les desseins de leur ennemi se révélaient dans la lutte. Par une coïncidence singulière, le même jour où Monk etTromp en venaient aux mains, non loin des bouches de la Meuse, Beverning écrivait de Londres à Jean de Witt * : « Votre Seigneurie a vu par mes lettres précédentes que j'ai toujours peu compté sur notre arrangement avec cette nation.... Le voile est enfin tombé par la dernière réponse du conseil d'État; ils ont osé proposer que les deux républiques, unies et confondues, n'en forment plus qu'une seule, soumise à un seul gouvernement suprême composé de personnes prises dans l'une et l'autre nation.... Nous avons remis, il y a deux jours, un mémorandum pour demander au Conseil notre audience de congé; nous ne sommes pas encore expédiés.... Je ne doute pas que les procédés exorbitants et les extravagantes propositions de ces gens-ci n'ouvrent les yeux à tous les princes de l'Europe sur leurs ambitieux et insatiables desseins. » Trois des ambassadeurs hollandais, Nieuport, Van de Perre et Jongesf ail, retournèrent à la Haye ; mais Beverning resta à Londres ; de part et d'autre on ne voulait pas rompre toute négociation; Cromwell s'employait à prévenir
* Le 8 août (29 juillet v. s.) 1653.
AVEC LA HOLLANDK. 01
cette extrémité ; Beverning eut avec lui plusieurs conférences qui firent entrevoir quelques chances d'accommodement : a J'ai eu samedi dernier^ écrivait-il, avec S. E. Cromwell, un entretien de deux heures sans aucun témoin. Son Excellence a parlé sa propre langue si clairement que j'ai pu Fentendre. Je lui ai répondu en latin. J'ai insisté sur plusieurs points que Son Exœllence a reconnus fort graves, et sur lesquels elle m'a promis de réfléchir ^;» et trois semaines plus tard : c< Je trouve un peu plus de modération; j'es|)ère qu'ils se contenteront d'une bonne et étroite aUiance ^ » Mais le Parlement Barebone était encoi*e là; les arrogantes prétentions des fanatiques se déployaient en ))leine lil)erté; le pouvoir était dispersé et la déraison déchahiée; personne n'osait décider et conclure. La guerre et les négociations continuèrent entre Londres et la Haye sans aboutir à aucun résultat. Les mêmes tiraillements et la même impuissaiice se manifestaient dans les relations de la République avec les autres États. Cromwell fit nommer Wliitelocke ambassadeur auprès de la reine de Suède, dont il souhaitait que le bon vouloir s(3 transformât en une vraie et efficace alliance. Wliitelocke hésitait à accepter cette mission lointaine qui lui semblait une marque de défiance plutôt que de faveur ; sa femme s'y opposait avec larmes au nom de leur repos, de leius douze enfants, le conjurant de se rappeler Dorislai'is et
* Le 22 août 1653.
• Le 19 septembre lo.Vi.
fi2 RELATIONS EXTÉRIEURES
Ascliam assassinés. Cromwell insista : a Ceci , lui dit-il, est de la plus grande importance pour la République; il n'y a, dans la chrétienté, point de prince ni d*État a^ec qui nous ayons chance de Uer amitié, si ce n'est la reine Christine.... Si tous refusiez, l'intérêt protestant en souffrirait.... Votre mission est le meilleur moyen de régler nos affaires avec les Hollandais et les Danois, et aussi les affaires de notre commerce..^. Je m'engage à prendre moi-même soin de vos intérêts; je veillerai à ce que rien ne vous manque; je vous serai particulièrement obligé si vous acceptez, et je m'attacherai à vous comme votre peau à votre chair. » Whitelocke accepta; mais son consentement une fois donné, il ne trouva, ni dans le Parlement, ni dans le conseil d'État, le bon vouloir qu'on lui avait promis : on éleva des doutes sur sa piété; on ne lui accorda pas ce qu'il croyait nécessaire pour l'accomplissement de sa mission; il demandait un traitement de quinze cents livres sterling (37,500 fr.) par mois , on ne lui en donna que mille (25,000 fr.); une suite de cent personnes, on n'en autorisa que soixante -dix. Retardé par ces embarras et ces mécomptes, il ne partit que deux mois après sa nomination. Les affaires, même décidées, ne se faisaient que péniblement et avec lenteur. Quelquefois même les plus faciles ne se faisaient pas du tout. L'ambassadeur de Portugal, le comte de Sa , était à Londres depuis plus de dix-huit mois; pour mettre un terme aux différends entre les deux États, il avait consenti à toutes les indemnités, à toutes les conditions qu'avait exigées le Parle-