CROMWELL FAIT LA PAIX AVEC
Les choses cliangèrent de face quand Cromwell fut Protecteur : en fait de politique étrangère, il portait dans le gouvernement deux idées arrêtées, la paix avec leé Provinces - Unies et l'alliance des États protestants; c'étaient à ses yeux les deux conditions vitales de la sûreté et de la grandeiu* de son pays en Europe, de sa sftreté et de sa propre grandeur en Europe et dans son pays. Il se mit sans retard à rœuvre pour les réaliser.
La paix avec les Provinces-Unies était, pour lui, difficile; il avait ouvertement approuvé et soutenu Tambitieux projet de Tincorporation des deux Républiques; non-seulement les rêveui'S fanatiques n'y voulaient pas renoncer, mais plusieurs des chefs de rarmée, et même des plus sensés, Monk entre autres, avaient pris pendant la guerre un tel sentiment de haine et de dédain pour les Hollandais que toute concession leur était insupportable envers ces rivaux qu'ils avaient vaincus et qu'ils se promettaient d'écraser. Par sympathie protestante, par intérêt commercial, par lassitude des impôts, la nation anglaise souhaitait cette paix ; mais le parti révolutionnaire et militaire y était en général opposé; ils accusaient Cromwell dé la vouloir pour son propre compte et dans l'unique vue de consolider son pouvoir. 11 n'ignorait pas cette opposition, et la ménageait dans son langage et dans les procédés de là
Thurloe, State-Papers , t. I, p. 382, 417, 418, 463; — Ayhitelocke y A Journal ofthe Swedish Êmhassy, in the years 1653-1654, t. r, p. 1, 9, 13, 16-22, 31-36, 41 , 46, 93.— {Documents historiques, noV.)
LES PROVINCES-tlNlES (avril-iuik 1654). «7
négociation y mais sans hésiter ni se ralentir dans son dessein. Tout en se montrant^ avec les enyoyés des États généraux^ exigeant et fler^ il était en intelligence ayec Beverning et Nieiiport, (fui appartenaient à la province de Hollande et qui, comme lui, voulaient décidément la paix, n renonça à Tincorporation des deux Républi-> ques et à certaines stipulations trop blessantes ou trop onéreuses pour les Hollandais; il admit leurs alliés, entre autres le roi de Danemark, au bénéfice du traité ; et à ce prix, il assura à l'Angleterre non-seulement une étroite alliance avec les Provinces-Unies, mais des gages éclatants de sa prépondérance maritime et de sa prospérité commerciale. Sur un seul point, sur un intérêt révolutionnaire qui était le sien propre, il fut intraitable ; après avoir imposé aux Provinces4Inies l'obligation de ne recevoir sur leur territoire aucun ennemi de la République, et fermé ainsi aux Stuart cet asile, il demanda qu'elles s'engageassent à ne jamais faire, le jeune prince Guillaume d'Orange et ses descendants ni stadthouder, ni commandant de leurs forces de terre ou de mer, ni gouverneur d'aucune de leurs places fortes, n voulait écarter absolument du pouvoir, à la Haye conune à Londres, les princes issus de la maison de Stuart et attachés à sa cause. Une telle stipulation portait évidemment atteinte à la souveraineté et à la dignité de la Confédération ; les partisans de la maison d'Orange, nombreux et populaires, se récrièrent avec indignation. Les États généraux se refusèrent à cette clause, et le traité fut sur le point d'écliouer. A la négociation directe