‹ Histoire de la révolution d'AngleterreChapitre 32 sur 150 · ENVERS LES PUISSANCES CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

ENVERS LES PUISSANCES CATHOLIQUES

qiiait promptement son ferme bon sens à ses plus beaux rêves, et ne poursuivait jamais bien loin ceux qui ne résistaient pas à cette épreuve.

Il prit envers les puissances catholiques une attitude de complète et froide liberté, sans préjugé ni mauvais vouloir, mais sans empressement, se montrant dis|H)sé à la paix, mais laissant toujours entrevoir la guerre, et portant une fierté rude dans le soin des intérêts de son pays ou de sa propre grandeur. Il mit enfin un terme à la négociation depuis si longtemps en suspens avec le roi de Portugal, et signa, avec le comte de Sa, un traité où l'Angleterre obtint pour son commerce d'importants avantages. Cromwell était d'ailleurs bien aise de faire sentir sa force à la cour d'Espagne en vivant bien avec un souverain qui s'était naguère aiTranchi de sa do* mination et qu'elle traitait d'usurpateur. Mais au même moment un incident tragique lui fournit l'occasion de donner, aux dépens de la cour de Portugal, une satisfaction éclatante à l'orgueil républicain de l'Angleterre et à l'antipathie instinctive du peuple pour les étrangei^. Un frère de l'ambassadeur portugais, don Pantaléon de Sa, s'était brutalement engagé dans une (|uerelle de rue, auprès de la Nouvelle-Bourse, au milieu du quartier le plus populeux de la Cité ; revenu le lendemain sur ce heu avec une cinquantaine d'officiers et de gens de l'ambassade, tous armés jusqu'aux dents, ils excitèrent un grand tumulte dans lequel un passant fut tué et plusieurs autres grièvement blessés La sédition était choquante, le meurtre flagrant, rexas|)ération populaire

78 NEOOCIATIONS DE CROMWELL

trèfr-vite ; le rang du principal coupable aggravait Voffense.' Cromwell résolut que justice serait faite. Ni les ardentes instances de l'ambassadeur^ ni les objections tirées despriyiléges diplomatiques n'ébranlèrent sadécinon. DonPantaléon de Sa fut arrêté, jugé, condamné et décapité le 10 juillet, à la Tour de Londres, en présence d'une multitude dont ce spectacle charmait le féroce orgueil. Ce même jour, quelques heures avant Texécution de son frère, le comte de Sa signait le traité qu'il était Venu négocier, et quittait Londres pour ne pas assister au coup qu'il n'avait pu détourner '.

En présence de tels succès et de tels actes, preuves évidentes d'une force redoutable et d'une énergie intraitable, les deux grandes puissances catholiques rivales, la F'rance et l'Espagne, s'empressaient auprès de Cromwell avec une inquiétude, jalouse, ardentes à s'assurer et surtout à s'enlever mutuellement son amitié. Dès qu'il fut proclamé Protecteur, don Alonzo de Cardeflas, dans une entrevue particulière, lui offrit l'appui de l'Espagne pour fonder son pouvoir, promettant que le roi son maître s'engagerait à repousser les prétentions de Charles Stuart, et à ne poser les armes que lorsque la cour de France aurait été contrainte de soutenir aussi lé gouvernement de Cromwell, En retour de cet appui,

Cardeôas demandait au Protecteur de s'allier avec l'Es-

< State-Trials, t. V, col. 461-518 ;— ïhurloe, State^Papers, t. I, p. 610,. 616; t. II, p. 222, 427, 428, 429, 447, 473, 617;-^Whitelocke, p. 569, 595; — Clarendon, History of the RehelUon j 1. xiv, c. 39-40.

Page 1