‹ Histoire de la révolution d'AngleterreChapitre 41 sur 150 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

GottveriiflimeBt interiturde Cronwell aans PaileQieni.— -CpmploU républicains et royalistes.— Attitude differeute de Croinwell envers les d«ux partis.— Inporrections dans l'ouest et dans le nord. — E8.«iais de résistance légale.— Établissement des majors généraux. — Taxe du dixième 4u revenu sur Les ro3'ali.stes. — Tolérance rclipiruse de Cromwell. — Sa conduite envers les juii4; "epferf in Uuiversiiés et lea kUféa.T-Geureroeineiit de Monk «■ Ecosse; — de Henri Cromwcll eij Irlande. — Converjiatiiujs deCroinwell avec LufiU^w.

.La colère de Croniwell n était pas feinte; il rentra dans Whitehall mécontent quoique confiant ; il sentait sa force, croyait à sa fortune et niépriçait les advereaires qui voulaient rempêchcr de gouverner. Étaient-ils capables de gouverner eux-mêmes? Qu avaiwit-ils à mettrp à sa place? Lui seul pouvait les j)résener du retour de Charly Stuart^ en maintenant dans le pays Tordre et la paix, p'aillcurç, il ne prétendait point en principp a^ pouvoir absolu ; il ne Térigcait i)oi|il en système lég^ et durable \ il çonn^sçait les conditions du goqverncment dp l'Angleterre, un jnqparqijc, un parlement, la loi. Mqis \\ \n\ fa][lait^ à Iqi^ u|i p.arleine|it ({ui acceptât, coft^e des faits hors de toute di^^ussion^ s^

l•^0 COMPLOTS ROYALISTES

actes passés et son pouvoir, qui fût, pour lui, un complice, non un rival. Un moment il avait espéré que le Parlement qu'il venait de chasser comprendrait cette situation, et satisferait à la fois aux besoins du nouveau Prince et aux vieilles traditions du pays. C'était un amer mécompte; il le ressentait avec cet orgueil irrité qui s'empare des grands cœurs trompés dans leur attente et décidés à ne pas accepter un revers.

Au mécompte se joignait le danger. Cromwell disait vrai quand il reprochait au Parlement les espérances et les complots des Cavaliers et des Niveleurs ranimés pai' l'opposition que rencontrait le Protectorat. Partout en Angleterre, en Ecosse, en Irlande, le parti royaUste s'agitait; dans les comtés, les gentilshommes se visitaient ou se réunissaient fréquemment, s'échauffant les uns les autres par l'échange de leurs plans ou de leui-s nouvelles; entre eux et la petite cour de Charles II, établie à Cologne, les correspondances, les allées et venues se renouvelaient sans cesse ; le comité central, qui avait seul en Angleterre les instructions et les pouvoirs secrets du roi proscrit, s'opposait à toute prise d'armes ; rien n'était mûr, rien n'était prêt, disait-il ; il fallait attendre que les dissensions intérieures de l'armée et les humeurs malveillantes du pays se fussent aggravées ; on perdrait ses chances en précipitant ses coups. Les impatients, les hommes d'action se plaignaient au contraire de la tiédeur du comité qui laissait échapper toutes les occasions et donnait à Cromwell le temps de tout découvrir. En dehors du parti, les circonstances

ET RÉPUBLICAINS (1655,. l«l

seiublaient favorables au seDtiment des plus hardis : un mécontentement républicain^ plus vif qu'étendu, fermentait dans Farmée; parmi les troupes cantonnées près de lui ou à sa portée, Cromwell le dissipait ou le réprimait aisément; mais au loin, le mauvais vouloir était plus libre et les chefs ne lui manquaient pas. Ludlow était encore en Irlande, peu entreprenant, mais ferme, rude, ouvertement contraire au Protecteur et se refusant formellement à promettre de ne rien tenter contre lui. Cromwell avait renvoyé à son commandement en Ecosse Overton, brave et pieux officier, téméraire avec une douceur mystique, qui a\ait dans les rangs inférieurs de l'armée la confiance des saints, et se croyait obligé, s'ils le lui demandaient, de se faire, au milieu de tant de défections mondaines, l'instrument fidèle du Seigneur. Les colonels Okey, Alured, Cobbett, Mason partageaient Ips sentiments d'Overton , pleins cependant, comme lui-même, d'hésitation et d'inquiétude quand le moment approchait d'agir contre leur général, protecteur encore du *nom de la République. Mais ils étaient domines et entraînés par quelques honunes, leurs anciens camarades, le msgor Wiidman, le colonel Sexby, sortis tout à fait des rangs de l'armée, ennemis passionnés de Cromwell, héritiers intraitables de l'hostilité comme des principes de Lilburiie, et qui vivaient en conspiration intime et permanente avec les partisans de Charles Stuart ; soit que , par haine du Protecteur, ils se résignassent à l'ancien roi, soit qu'ils se promissent de le renverser au profit de

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la RépubliquQ quand ils auraient renversé le Protecleur*.

Resté seul maître et libre de toute entrave dans le gouvernement au milieu de tant d'ennemis, Cromwell se mit sm'-le-champ en mesure pour la lutte et tendit fortement les ressorts du pouvoir. Il prescrivit par ordonnance la perception des diverses taxes, entre autres des 60,000 livres sterling par mois que le Parlement avait affectées à l'entretien de l'armée et de la flotte, mais sans les voter définitivement. Dès que le bruit d'un complot royaliste commença à se répandre, le Protecteur manda le lord maire et toutes les autorités municipales de la'Cité^ leur communiqua ses informations et les engagea à maintenir sévèrement l'ordre, leur donnant pouvoir de lever des forces que le m^ijor général Skippon devait commander. Il remit en vigueur les lois qui ordonnaieiit, contre les jésuites, les prêtres et les récusants catholiques, des poursuites judiciaires et le bannissenjeut. Une proclamation enjoignit à tous les royalistes connus de quitter, dans six jours, Londres, Westminster et la banlieue ; les courses de chevaux et toutes les réunions populaires fm^ent interdites pour six mois. Les mesures prises contre les républicains suspects étaient d'une autre sorte \ depuis quelque temps déjà, une police qttentive les surveillait ;; jpais rien ^e public

1 Clarendon, Hist. of the Rehcllipn , 1. xiv, c. 48, 56-^1, 123- 125, 130; — State-Papers, t. III, p. 265; — Ludlow, Mémoires, t. II, p.279-âÔ2;— CromiyeïZianç, p. 149;— Xhuriae, &iaU-Bapirs, t. III, p. 47» 55, 185, 217;^Wbitelocke, p. 606, 618. .

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