PRÉPARATIFS D'UNE INSURRECTION
Tiolentes du Protecteur et sur rirritation qu'elles produiraient, sur une prise d'armes dans les montagnes d'Ecosse, Sur la faiblesse et l'hésitation du gouvernement de Pleetwood en Irlande. tJne grande insurrection fut projetée; elle devait éclater dans les comtés de Touest et du nord, foyer principal des forces du parti. Les meneurs «*envoyaient à Cologne message sur message , conjurant le roi de les autoriser à agir, et de se tenir lui-même prêt et à portée, car ils seraient bientôt en mesure; ils fixaieiit déjà au 14 février le jour de l'explosion; le roi débarquefâit aisément dans le comté de Kent qui se lèverait comme un seul homme, et où le château de Douvres serait dans leurs mains; ils prendraient enfin léiïr revanche du désastre de WOrcester*.
Charles avait peu de foi dans Ces assurances et peii de penchant à se confier de nouveau à tant de présomption et de hasard ; ses plus sages conseillers, Hyde et Ormond surtout, partageaient ses doutes; mais comment Se refuser toujours à risquer quelque chose avec ceux qui voulaient tout risquer pour lui? Parmi les érhigrés qui l'entouraient, la plupart, par imprévoyance ou par ennui, le pressaietit de sfe rendre à des instances si viveé ; son plus intime favori, lord Wilmot, qu'il venait de faire tointé de Rochestér, lui demanda la permission d'aller lui-itiêmè en Angleterre pour apprécier
^ Ckrend'oh, Bisl. of thé îtehèll, 1. xiV, C. I$i3-i2'5 ;— Ludlow, Mémoires, t. Il, p. 2/7 et suiv.; — Cromioelliand, p. 149; — Clarendon, ^tatë-Paper.^, t. ÎII, p, 5^^5-26^.
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de près les préparatifs, les forces, l6s chances ; Wilmot était adroit, lK)n compagnon, et personne ne savait encore qu'après s'ôire montré si empresse à tbnler, il ne serait pas bien ferme lorsqu'il faudrait agir. Par laisseraller plus que par conviction, Charles l'autorisa à partir, à approuver en son nom l'insurrection projetée, à promettre sa présence quand le moment propice serait venu, et quittant lui-même (k)logne en secret, il se rendit à Middlebourg, dans Vile de Walcheren, sur la côte de Zélande, pour y attendre, chez un hôte sûr, (|ue Wilmot rengageât à passer la mer*.
Mais le secret est difficile aux rois, même détrônés, et nul homme nY'tait plus habile que Cromwell à épier ses ennemis. Un Cavalier nommé Manning, qui vivait à la cour de Cologne et dans Tintimité de Rochester, tenait le Protecteur au courant de ce (pii se passait autour du roi. Rochesler lui-même, indiscret et vantard, raconta, en traversant les Pays-Bas pour s'embarquer à Dunkerque, ce qu'il allait faire en Angleterre. Les Étals jiarticuliers de la province de Hollande, instruits du projet de Charles et craignant qu'il ne prît leur territoire pour point de départ, écrivirent à la princesse d'Orange, sa sœur, que, d'après leur récent traité avec la République d'Angleterre, ils ne pourraient tolérer un tel séjour. Les révélations, les renseignements ani-
i Clarendon, Hist. ofthe Rehell, 1. xiv, c. 120-129 -^State-Papers, t. ÎII. p. 265-209; — Heath, Chronich, p. 677-678 ;—Thu ri oe, State-Papers, t. III, p. 182, 207.
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valent à Cromwell de toutes parts, et avant que l'insurrection royaliste eût éclaté, il en connaissait le plan, les moyens, les espérances, et savait où en étaient cachés les acteurs'.
Soit hasard, soit dessein, il ne fit rien d'efficace poiir la prévenir; dès que le hïuit s'en fut répandu, il fit arrêter un grand nombre de royaUstes, mais non pas ceux (|ui préparaient effectivement la prochaine exécution <lii complot. Rochester passa plusieurs jours à I^ndres, se concertant avec les Cavaliers qui s'y étaient rendus pour le voir, discutant leurs plans, envoyant des messagers dans les comtés, et transmettant au roi, dans son nsile de Middlehourg, de telles espérances que Charles n'attendait plus, pour s'embarquer, qu'un dernier signal. Les mesures que prenait CromweU devaient redoubler la eonfiance des royalistes, car il paraissait inquiet, faisait venir d'Irlande des renforts de troupes, et les trouvait si mal disposées que le conseil de guerre fut obligé, sur le rivage de Dublin, de casser une compagnie et de faire pendre un soldat pour intimider ceux qui refusaient de s'embarquer*.
Le li mars leriS, à cinq heures Au matin, une troupe
1 CUreodon, Hial. oflheRebeU., 1. xiv, c. 138-146; —SJaJe-Pa- ,jiTs, 1. III, p. S«6 :— Thurloe, Stote-Fapers, t. III, p. 190, 195, 224. :iul, 3;t9, 390, 457, 69),— Heatb. Ckronide, p. 67«, 680;— Bâtes, Eleni-Xmmotuiimniiperorvm , t. II, p. MO.
« Clftrendon, Hisl. of Ihe RthtU., 1. iiv, o. 130 ;-Heath, Cfirovicle, p. 678; — Batea, Elenchus, etc., p. 332-335 ; -Cromw«(Iiono, p. 150 ;— Tharloe, Siate-Paptri, t. III. p. 161, 162, 164,.173, 179, 190, 213 et fluiv.;- Ludlow, Mémoires, t. 11, p. 278-279.
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de Cavaliers entra tout à coup clans la ville «le Salisbury, où se tenaient en ce moment^ sous la présidence du grand juge RoUes^ les assises du comté. Us étaient environ deux cents ^ presque tous gentilshommes du Wiltshire^ réunis sous le commandement de sir John Wagstaff ^ brave et joyeux officier, jadis major général d'infanterie dans Tarmée royale, et tout récemment arrivé de Londres pour se mettre à la tête des insurgés de l'ouest. Ils s'établirent sur la place du marché, et y firent immédiatement amener le grand juge RoUes, son collée Nicholas et le shériiT du comté, sur|)ris dans leurs lits. Wagstaff ordonna au shérifl* de ()roclamer le roi Charles 11 ; le shérilT s'y refusa absolument. Wagstaff voulait le faire pendre sur la place, ainsi que les deux juges : « 11 faut les traiter, » disait-il, a comme ils nous « traiteraient nous-mêmes s'ils nous avaient pris. » Mais les gentilshommes c|ui lentouraient, entre autres John Penruddock, propriétaire riche et estimé des environs, s'y opposèrent vivement, décidés à ne conuiiettre ni violence ni désordre au moment où ils revendiquaient les lois du pays. On relâcha les juges, en les invitant à se rappeler à qui ils devaient la vie. Le roi fut proclamé sans le concours du shéritT qu'on retint comme otage. Les insurgés firent ouvrir les |K)rtes de la prison et prirent tous les chevaux de la \ille, respectant d'ailleurs le repos et les propriétés des habitants. Nulle résistance ne leur fut opposée, mais prescjiie pei'sonne ne se joignit à eux; on les trouvait trop faibles pour se déclarer eu leur faveur. Ils attendaient les insurgés des comtés
ISO INSURRECTION
voisins qui devaient se rendre aussi a Salisbury. Ne les voyant pas arriver, ils quittèrent la ville le jour même pour aller cliercber et porter ailleurs le Boulèvemenl. A Blandford, dans le comté de Dorsel, le crieur public, amené sur la place, eut l'air de consentir à proclamer le roi; mais quand Penruddock, qui lui dictait sa proclamation, le somma de prononcer les mots : « Cbarles 11, a i-oi, D l'bomme épouvanté déclara qu'il ne le ferait jamais, dût-^n apporter à l'instant des fagots et le brûler vif. Dans la pensée populaire , la cause royale était encore une cause perdue, et qu'on ne pouvait embrasser sans se perdre. Les insurgés ne faisaient nul progrès : par fanatisme républicain, par peur, par ignorance, par esprit d'ordre, la population se détournait d'eux. Trois ou quatre cents Cavaliers du Hampsliire, qui s'étaient mis en marche {>our le rendezvous de Salisbury, s'arrêtèrent en apprenant que Wagstaff n'y était déjà plus, et se dispersèrent au lieu d'aller le rejoindre ailleui's. Le colonel Butler, cantonné dans le pays, mit en mouvement quatre compagnies avec ordre de suivre les insurgés et de les attaquer dès que l'occasion favorable se présenterait. Le major général Desborough arriva avec des troupes. Le découragement gagnait d'heure eu heure dans les rangs, déjà si jieu pressés, des Cavaliers. Le \i mars, à South-Molton, dans le comté de Devon, ils furent rencontrés et aussitôt attaqués par le capitaine Hutton Crook. Us se défendirent vaillamment, mais inutilement; Penruddock et une <]uarautaiiic de ses compagnons furent pris ; sir John
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Wagstaff et quelques autres réussirent à gagner la côte et à s'embarquer. Après avoir erré quatre jours comme une bande de fugitifs^ l'insurrection des comtés de l'ouest s'évanouit au premier combats
Dans les comtés du nord, elle fut encore plus courte et plus vaine : c'était là que Rochester s'était réservé d'agir en personne; il s'y rendit en effet, et plusieurs gentilshommes considérables du pays, sir Henri Slingsby, sir Richard Maleverer, M. Hutton, prirent les armes à son arrivée et lui amenèrent leurs amis. Mais il les trouva moins nombreux et moins bien pourvus, dit-il, qu'on ne le lui avait promis; il se répandit en plaintes, en questions, en objections, raisonnables mais tardives, et qui auraient dû rcm|>écher d'entrer dans la route où il ne voulait plus avancer. Après quel(|ucs conciliabules sans résultat, et avant même de sa>oir la triste issue des mouvements de l'ouest, Rochester reprit le chemin de Londres, laissant les Cavaliers de ces comtés aussi humiUés qu'irrités de s*étre compromis sur la foi de sa mission et de son nom. Arrêté un moment à Aylesbury par un juge de paix soupçonneux, il réussit à s évader et à rentrer dans Londres où il resta caché quelques jours, et d'où il informa le roi que tout était manqué. Charles, peu surpris, quitta Middlebourg et retourna sans bruit
" Clarendon, Ht«<. of the RebelUon, 1. xiv, c. 131-134 ;— Thurloe, State-Papers, t. III, p. 246-248, 259, 262-263 ;—CrowMx?c«tana, p. 162; — Ludlow, Mémoires, t. II, p. 279; — Heath, ChronicU, p. 678-680;— Bâtes, Elenchus motuum, etc., part. II, p. 322-326.