CHOMWELL ÉTABLIT LE RÉGIME
revenu , comptant bien que le produit s'élèverait fort au-dessus de ce que la milice pourrait coûter. Et pour instituer effectivement cette milice et percevoir cette taxe, il se proposa de diviser l'Angleterre et le pays de Galles en douze districts dont il remettrait le gouvernement à douze de ses plus sûrs et plus fermes officiers qui, sous le nom de majors généraux, y exerceraient tous les pouvoirs politiques, administratifs, et, jusqu'à un certain point, judiciaires, sans qu'il y eût, contre leurs actes, aucun autre recours qu'au Protecteur lui-même et à son Conseil. C'étaient la tyrannie révolutionnaire et la tyrannie militaire se déployant ensemble pour traiter l'Angleterre royaliste en peuple vaincu et conquis.
Toujours prudent, même dans ses violences, Cromwell commença cette mesure par un essai partiel et presque inaperçu. Dès le 28 mai 1655, peu après l'insurrection de l'ouest, il nomma son beau-frère Desborough major général des milices levées et à lever dans six comtés du sud-ouest de l'Angleterre. Deux mois après, le 2 août, Desborough prit, dans ces comtés, le commandement direct de douze escadrons de milice de nouvelle formation ; et, le lendemain, la question de l'établissement général de la milice fut traitée dans le Conseil. Elle y fut définitivement résolue la semaine suivante par la division de tout le territoire, d'abord en dix, puis en douze districts, où le commandement des forces nouvelles fut confié aux douze majors généraux Fleetwood, revenu naguère de son gouvernement d'Ir-
DES MAJORS GKXÉRAIX (août 1655). 141
lande^ Desborougb^ Lamliert, Whalley^ GofTe, Skip|)on^ Berry, Kelsey^ Butler, Worsley, Barkstead et Dawkins\
Pendant que la mesure militaire s'accomplissait ainsi progressi\ement, Cromwell avait commencé la mesure révolutionnaire. Dans le coui*s du mois de juin iCVi, quoique les insurrections de louest et du nord fussent étouffées et jugées, il flt arrêter avec éclat tin grand nombre de royalistes, et des plus considérables, les comtes de Newport, de Lindsey, de Northampton, Rivers, de Peterborough, le marquis de Herlford, le vicomte Falkland,les loi*ds\VillongbbydeParbam, Saint- John, Petre, Coventry, Ma\ nard, Lucas, et plus de cinquante autres Cavaliers iriui nom et d*un caractère honorés; il n'alléguait pour les traiter avec cette rigueur aucun fait particulier qui pût les faire traduire en justice, mais un danger général de la République, dont le Protecteur devait, à tout prix, la préserver. Il renouvela en même temps, contre tous ceux qui avaient servi le feu roi ou ses fils, Toixlre de s'éloigner de Londres, flt partir les majors généraux pour leur mission , et le 31 octobre enfin, il proclama et motiva officiellement, dans un long manifeste, tout son dessein*.
C'était un acte d'excommunication politique contre
t Thurloe, State-Papers, t. III, p. 486; t. IV, p. 117;—Paritam. Hiit., t. XX, p. 433; — Godwin, Hi^t. of the CommonweaUh, t. IV, p. 226-330.
^ Parliam. HUt.j t. XX, p. 434-460; — Perfect ProceedingSy etc., 13 et 21 juin, 6 juillet ;— Mer curiusPoliticus, 14, 21 et 28 juin; — Perfect Diurnal, 6 juillet; — Public Inteîligencer, 8 octobre ; — Godwin, Hist. of the CommonueaUh. t. IV, p. 223-2-24,