‹ Histoire de la révolution d'AngleterreChapitre 52 sur 150 · RÉGIME · texte numérisé non relu

RÉGIME

et tirant vanité tantôt de l'empressement, tantôt de la peur qu'ils inspiraient : « Le colonel Birch, qui est ici « en prison, )i) écrivait le major général Berry àThurloe % « s'est adressé à moi comme à un petit roi qui pou- « vait redresser tous les griefs ; » et un peu plus tard* : a Nous avons mis en prison bien des mauvais sujets, les « ims pour avoir trempé dans le complot, les autres « pour mener une vie dissolue ; tous gens dangereux a pour la paix de la nation; parmi eux sont des papistes « qui étaient venus en chassant quand le major Waring « les avait mandés ; ce sont des hommes capables de « tout, et dont plusieurs mériteraient de moudre la « canne à sucre et le tabac ; si l'on en envoyait quelle ques-uns aux Indes, cela ferait grand bien. »

« Nous envoyons chercher un certain sir Charles Eger- « ton, » écrivait Me major général Worsley, «qui a été « d'abord membre du Long Parlement et a passé ensuite « dans le camp du roi; nous ne doutons pas que nous « ne trouvions des preuves pour faire de lui un délin- « quant; nous sommes décidés à découvrir autant de « gens de cette sorte qu'il peut y en avoir. » Et ce n'était pas sur les Cavaliers seuls que s'exerçait cette ardeur de police, quoique, selon le manifeste, ils fussent seuls le motif et l'objet de la mesure ; les majors généraux poursuivaient également, sous ce manteau, les républicains

1 Le 24 novembre 165;").

> Le 5 janvier 1656.

s Le 28 janvier 16'')6.

MAJOKS OKXKKAl'X 1 «.V»- 1 r,:»l] . 145

et U»s sectaires liostiles au Prolecleur : « Je trouve, » écrit Worsiey * à Thurloe, « que le major Wildman a,

« dans ce comté, des terres considérables Je vous

« demande un mot de direction à ce sujet ; si vous ne « me dites rien, je me propose de séquestrer ce qui lui a appartient ; » et il exécuta son projet, car, six semaines après*, il écrivait à Cromwell lui-même : « Nous avons « saisi et séquestré ici, pour Tusage de V. A., un grand « domaine qui appartient à Jolin Wildman, et nous es- « pérons en découvrir encore davantage. » 11 y a |)eu de lettres, dans cette nombreuse correspondance, (|ui ne fassent mention de quelques personnes recherchées, tracassées, arrêtées, emprisonnées, sans autres motifs que leurs sentiments sus|)ects, ou leur fortune présumée, ou leurs déclarations inexactes quant à la valeur de leurs biens. L'intérêt personnel le plus vulgaire jouait quelquefois un grand rôle dans le zèle des majors généraux, et quelques-uns le témoignaient a\ec une franchise brutale : ce Que V. A. veuille bien tenir sa promesse au ca- « pitaine Crook, » écrivait le major général Berry au Protecteur'; a mais il faut que ce soit pendant que vous « vivez, car autrement nous craindrons ([ue cela n'ar- « rive jamais; vous savez combien il y a de complots « contre votre personne ; si quelqu'un venait à réussir, « que deviendraient nos avancements^? » -

* Le 9 novembre 1655.

» Le 24 d<^cembre 1655.

3 Le 1*' décembre 1655.

* Thurloe, Statf-Paperx. i. IV, j>. 287, ;m4, 47M, 170, :J40, 274.

im KÉGIME DES

De ia part de la population, les majors généraux n'obtenaient pas partout le même concours : quelques-uns se plaignent des difficultés qu'ils rencontrent et des refus qu'ils essuient dans leurs elTorts pour s'entourer de commissaires capables de travailler avec eux à rétablissement et à la perception de la taxe; d'autres parvienhent aisément à réuûiV des commissaires, mais ils les trouvent ensuite froids, ihactîfs ou craintifs. La plupart cependant se félicitent du 2èl6 âVec lequel ils sont reçus et secondés : « Nos commissaires, » écrit Haynes à Thurloe S « sont extrêmement bien dis-

(i posés et ardents à exécuter leur mission je n'es-

« pérais pas eii vérité qUe nous trouvassions parmi eux

« un si bon accueil. » « Cette taxe mise sur le parti

« des Cavaliers, » écrit Thurloe lui-même à Henri Cromwell*, « est merveilleusement agréée par tout le parti a du Parlement ; tous les hommes de toutes les nuances « s'unissent en cela de grand cœur. » Dans plusieurs comtés, les commissaires trouvèrent même mauvais que la taxe fût restreinte aux royalistes dont le revenu dépassait cent livres sterling, et ils exhortaient les majors généraux à demander au Protecteur l'abaissement de cette limite, disant que la taxe rapporterait bien davantage et qu'il y avait autant de royalistes au-dessous qu'audessus de cent livres sterling de revenu. Les jalousies et les haines de parti étaient bien plus fortes au fond des

* Le 8 novembre ]655.

ï Le 17 décembre 1655.

MAJORS OiKNÊRAlX Wu>-Um . l|7

comtés qii*à Ijondri-^; CmmweH était piiî^sAnl tians la l>etîte boiiiyeoîsie et dans le j^etiple ; et li»s pens irtine eoDfiUion nukliocir, même quand ils ne|>ortoni {loint d'aversîon aux dasst*s ctevévs, sVmpii^sstMit volontiers à jonir dw pouvoir, comrtie d'un plaisir i*ai*e et rti^^itifi. Les Cavaliers se soumirent sans nn^istahctî : il scnnble i^ué ridée ne leur en venait même |ms, tant ils étaient certains qu'elle serait vaine ; les plus réettltitrantê ne s«» rendaient pas aux sommations dt»s eommissaires et se laissaient taxer en silence, sauvant leur honneur i^ar le reHis de comparaître et le lYsle de leui-s biens par Tinaction. Hèihe panrti les (rrands seifmeurs royalistes, quelqiie^uhs^ par pusillanimité, ou par qtielque ressentiment pèrsohnel, t-eslé des ancii>nnes dissiriefeiees |K)Iitiques> ùUèrettt au delà de \À soumission hécessaire ; « Le eomb* * a dé Northùrillierland, » i»crit le mt^or irénéral (iotftî à

Thurlbte*, « loiie l>eaucoup le manifeste de 8. A Il

« prtràtt qu'à cause* de Tadliésion du comte, dans les <c premiers temps, au Parlement, le mainpiis de Herttt ford A rom])U UU marlape lUT^siiue conclu avec ^ « famille j te que le comte a \ivertient ri»ssc»nti. » Utt remaitïua la fierté du comte de Southampton : « Il a été <k Itiès-roîde, » écrivit le major général Kelsey à TUur- Ibe *, « et n'a Voulu nous doriuer àUcun renseignement « sur ses terrés; sur qurti, Je Tal mis en prï5S[)n, ^vour sa

1 Thurloe, State-Papers. t. IV, p. 171, 351, l49, 179, 215, 216, 224, 225, 227, 235, 308.

* Le 25 novembre 1655.

s Le 23 novembre 165.'». *

14S COXndlTE DE THOMWELL ENVERS

w désobéissance h nos ordres. Il s'est adouci enfin ; mais a quand^ selon mes instructions^ je lui ai demandé une « caution^ il a péreiniitoircment refusé : aussi Fai-je « fait arrêter; mais comme sa mère était très-malade et « lui assez souffrant^ je lui ai permis de retourner dans « sa propre maison, qui est à 'trois milles d'ici*. »

Comme expédient financier, la mesure réussit ; elle s'exécuta promptement, efficacement, presque sans obstacle, et valut au Protecteur des sommes considérables. Comme acte politique, ce fut la ruine de sa belle gloire et de son grand avenir : il avait pris le pouvoir*au nom de l'ordre et de la paix intérieure à rétablir, et il avait en efTet commencé avec éclat leur rétablissement; par sa taxe du revenu sur les royalistes seuls et par son institution des majors généraux, il replongea tyranniquement le pouvoir dans l'ornière des violences révolutionnaires, et il remit les partis aux prises, non plus par la guerre civile, mais par l'oppression. Il invoqua la nécessité, et sans doute il s'y crut réduit : s'il avait raison, c'était une de ces nécessités infligées par la justice de Dieu, qui révèlent le vice inné d'un gouvernement et deviennent l'arrêt de sa condamnation.

Il en eut lui-même, de ce jour, un secret et importun sentiment : brouillé avec les républicains et avec les rojalistes, à la fois révolutionnaire et conservateur, faisant en même temps aux classes élevées la guerre et la cour, il s'agitait sous le poids de ces contradictions

» Thnrlof», Stato-Pnprrs, t. TV, p. 5?9. 234, 162, 208.

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incessantes dans sa situation, tiaiis ses nia\init*s, ilniis s^i conduite, et cherchait de tous cot('*sd(*s îdtH's justes el utiles à exploiter^ des intérêts influents à ssitisraiiv, |N>ur s en faire des |ioints d*a|»|>ui et suppléer aux priurtiH'H fixes et aux grandes amitiés qui lui niau(|uaient. La liberté de conscience fut, en ce geutv, sa plus uohie el sa meilleure ressource. H était fort loin, ou la (l<'*Ja >u, de l'admettre en principe; (féuéral et dans toute sou étt*udue; les catholiques et les épisi*opau\, cpii ntruiiiieiit probablement, à cette é|NNpie , la majorili* de la |iopulation d'Angleterre , en demeuraient ahMduuient exclus; et cette exclusion n'était pas M'uleuieut proclamée comme une maxime d'État; elle était niim* eu pratique. En juin lorii, un pauvre prêtre ratlioliipie, nommé Southwold, qui, treute-M*pt ans nu\mt'n%niii, axait été, à ce titre, condamné et lianni, m* Imiuirda a rentrer en Angleterre, et fut pris, dan» «^m lit, piir U* major général Worsiey qui lVn%oja a IjpwUt'it, ou d fut jugé, condamné et pendu : « >'ou» H%ott* é*tà \tu*r uï un « martrr. » écrivait ll« de tUffU-HUx* 4n tnutU* tU^ihH' rosi, goaTemeur #le i al;ïi*: ♦ *:*M. uu |^H##' qoi 4 H/ « exécuté, WTWÀf*^Htîi u^^% ii/i>Tt«"o^y/fi ♦^ ét\U' 4 4tic très amfaftçsadeijr^ ypur *>Jé^iît q«;'^ii^i M /^w^ ; c fl a été aoorjfnîx^urrj*- Vj u*^4 *i', ^.yé^^ y4i ^*n é^ $,^9 € caiToeeesH p*r '^u iifk^jt^ fyy:.;jf»^ ^ />-#*» '4 >^>'wj € qui adniir«*txi! v«vf ^ */r.»wvr/yA ♦ ^y^.v**;, h- %], <. *

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