‹ Histoire de la révolution d'AngleterreChapitre 55 sur 150 · ENVERS LES LETTRÉS. Î · texte numérisé non relu

ENVERS LES LETTRÉS. Î

défendirent l'un et Tautre ; Casaubon refusa même une pension toute gratuite; Cromwell ne leur en témoigna point d'humeur. A la mort de l'arclievêque Usher, il voulut lui faire faire, dans l'église de Westminster, des obsèques solennelles, et flt acheter sa bibliothèque pour qu'elle ne passât point sur le continent. Il ne tenait pas toujoiu^, en ce genre, tout ce que, de premier mouvement, il avait projeté ou promis; dans l'entratnement des grandes affaires, les plus attentifs oublient^ et les moyens manquent aux plus puissants pour accomplir toujours les bienveillants desseins qu'ils ont annoncés ; mais s'il n'a pas été exempt de ces légèretés du jwuvoir suprême, Cromwell est peut-être l'un des souverains qui en ont le moins abusé *.

Envers les lettrés du parti révolutionnaire, il avait moins de soins à prendre : les uns, comme Thomas May, Samuel Morland, John Pell, Owen, Goodwin, Nye et beaucoup d'autres sectaires théologiens, étaient ou compromis sans retour dans sa cause, ou activement engagés dans son gouvernement ; les autres, Milton audessus de tous, étaient des républicains sincères que les illusions de la pensée, les sophismes de l'intérêt, les entraînements de la situation tenaient attachés à un despote, au nom des principes de la liberté. Cromwell, pro-

i The Worh ofEnghsh Poets, t. VII et VIII, Vies de Cowley, Denbam, "Waller, Butler i^Biographia Britannica, art. Cudworth, Davenant , Denham , Hohhes, Vsher; — Harris , CromwelVs Life, p. 417, 418; — Peck, Memoirs of Oliv. Cromicell, etc. — Godwin, Hist. ofthc Commonxrealth, t. IV, p. 240, 241.

fitant de son ascendant^ le^ gardait à son service, mais sans goût ni confiance ; quand il se fit Protecteur, il plaça à côté de Milton un autre secrétaire latin de son conseil d'État, Philippe Meadows ', et un ordre du Conseil retira à Milton, déjà aveugle, le logement qu'il occupait à Whitehall. Il conserva son traitement ; il continua à écrire des dépêches latines; il recevait de plus une indemnité pour donner, dans sa maison et à sa table, aux lettrés étrangers qui venaient visiter l'Angleterre, une libérale hospitalité; mais il n'entrait ni dans le secret des affaires, ni dans l'intimité du Protecteur auquel il adressait pêle-mêle, dans l'occasion, de magnifiques louanges et de généreux conseils. Il avait lui-même le sentiment de son peu de crédit et ne s'en plaignait point : et Vous désirez, écrivait-il à Pierre Heimbacli, Hollan- « dais de ses amis*, que je vous fasse recommander à « notre envoyé désigné pour la Hollande ; je regrette a que ce ne soit pas en mon pouvoir; j'ai très-peu de « familiarité avec les faiseurs de grâces, et je me tiens « renfermé chez moi, et cela volontiers. » D'autres lettrés républicains, étrangers à toute fonction publique, Henri NeviU, Cyriac Skinner, disciple de Milton, Jlqger Coke, John Aubrey, Maximilien Pettie s'étaient groupés autour de Harrington, et formaient avec lui, dans un café voisin de Westminster-Hall, un club connu sous le nom de Rota, où ils discutaient publiquement chaque soir toutes les questions d'organisation politique,

1 Le 3 février 1654.

2 Le 18 décembre 1657.

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