EXPÉDITION DE BLAKE
« cette partie des Indes occidentales que possèdent les « Espagnols; quand vous serez sur les lieux, vous déli- « bérerez entre vous et avec les personnes qui connais- « sent bien ces contrées, et vous prendrez , soit sur les « tentatives à faire, soit sur la façon de conduire tout le
« dessein, les résolutions qui vous paraîtront les plus
« raisonnables et les plus efficaces. » Et pendant que Penn, avec son escadre, se porterait sur rAmérique espagnole, Blake devait croiser, avec la sienne, tout autour de l'Espagne eile-même, surveiller ses ports, ses navires, couper toute communication entre la métropole et ses établissements américains, et assurer ainsi, par un ensemble d'opérations combinées dans les deux mondes, le succès de ce grand dessein *.
La flotte de Blake, moins nombreuse et qui exigeait de moins longs préparatifs, fut prêle trois mois avant celle de Penn. Il convenait à Cromwell que la coopération des deux escadres et Timité de leur mission fussent
d'abord dissimulées. L'Angleterre avait, dans laMédi-
terranée, des réclamations à exercer, des indemnités à prendre, son renom et son influence à établir. Blake avait le temps d'accomplir cette mission avant que sa présence permanente sur les côtes d'Espagne fût nécessaire aux opérations de Penn et de Venables en Amérique. 11 reçut l'ordre de partir ; et avant de le lui
1 Robert Blake^ p. 273; — Memoriah of sir WUXiam Penn, t. H, p. 28-29; — BurDet, Histoire démon temps, 1. 1, p. 161, dans ma Collection;— Thurloe, State-Papers, t. III, p. 11, 16 ;— Clarendon, Hist. oflhe Rébellion, 1. xv, c. 5-10.
DANS J^ HÉDIX£K,KAJf££ (16^1605). 183
donnçr^ CromweU^ pour écarter tout soupçou^ avait eu soin d'écrire au roi Philippe IV * : a La sûreté et la pro- « tection de la navigation et du commerce des peuples « de cette Béj[>ublique nous imposanjl la nécessité d'enc< voyer dans la mer Méditerranée une floti^ de bâtiments « de jguerre, pous croyons devoir en informer Votre <c Majesté. Nojus ne faîsQps point cela dans le dessein ^e « causer aucun dommage à aucun de nos alliés et ami^, <x au nombre des|(juel9 pous comptons Votre Majesté. « Nous enjoignons au contraire à notre général Robert <c Blake, que nous préposons au commandement de la a flotte , de se conduire envers eux avec toutes sortes « d'égjards et de bienveillance. Nous pe doutons pas « qu'en revaq.che^ toutes les fois que notre flotte abora dera dans vos ports et vos stations^ soit pour acheter a des vivres^ soit pour toute autre cause ^ elle ne soit a reçue avec tous les bons offices possibles. C'est ce que, a parla présente lettre, nous demandons à Votre Ifiaje^té. <( Nous la priops d'accorder pleiae conflance à notredit a généra toutes les fois qu'il s'adresser^, par lettre ou « autrement, soit à Votre Majesté elle-même, soit à vos a gouverneurs et ministres dans les lieux où il aur « besoin de toucher. Que Dieu garde et protège Yotpe « M^esté ' I »
Blake pût à la voile avant la fin d'octol)re, encore souffrant de la blessure qu'il avait reçue daps son der-
t Le 5 août 1654.
* Archives de Simancas {Documents historiques, no Xlj,
1«4 KXPKniTTOX DE BLAKK
nier. t'omlKil conli*e les llollaiulais, mais plein d ardeur et de confiance, et inspirant à tous ceux qui servaient sons lui les mêmes sentiments. C était un héros simple et contenu, hardi avec modestie , dévoué à sa foi , à son pays, à sa profession, puissant sur ses com|)agnons quoique silencieux , et aussi honoré que redouté de ses ennemis. La nouvelle de son départ fit à Paris, à Lisbonne, à Madrid et dans tous les Etats de l'Europe méridionale, une vive sensation ; on ne savait ce qu'il allait faire ; mais on croyait qu'il tenterait beaucoup, et que, dans ce qu'il tenterait, il pousserait jusqu'au bout. Presque au même moment où il quittait Portsmouth, une flotte française partait de Toulon portant à Naples, avec quelques troupes, le duc de Guise dont Mazarin exploitait, pour la seconde fois, contre l'Espagne, la folle témérité. En apprenant que Blake se dirigeait vers la Méditerranée, l'inquiétude saisit le cardinal; le comte de Brienne écrivit, par son ordre, à M. de Bordeaux : « Je pèse en mon esprit les mots que j'ai à vous écrire, « en crainte qu'un trop élevé ne causât un mal dont la c( suite fût à craindre, ou qu'un trop bas ne nous cou- « vrit de honte.... Il est nécessaire que vous donniez à « entendre que Sa Majesté ayant été avertie que Blake « avait reçu ordre de naviguer vers le détroit, le passer « et entrer en la Méditerranée, Elle a résolu d'éviter a quelque accident qui pourrait mettre ses affaires hors « d'état d'accommodement. » Des instructions furent sans doute données en conséquence, car lorsque Blake arriva dçyant Cadjx, iip de ?es navires de trfinsport
DANS i.A mkditkuuam:!: irMi-i<{.v, . ik:,
ayant été arrêté par des hàtiinoiits iiartis de Brest |)our aller renforcer le duc de (luise à Toidon, le connnandant français, dès qu'il sut que ce navire appartenait à Tescadre anglaise^ fit venir le capitaine dans sa cabine et le remit en liberté, en l'engageant à boire avec lui, à la santé de Tamiral Blake, un verre de vin de Bourgogne qu'il fit accompagner d'un salut de cinq coups de canon ; et les vaisseaux français, au lieu de continuer leur marche, se replièrent sur Lisbonne. Les bâtiments espagnols, portugais, hollandais, algériens même, qui se trouvaient dans ces parages, témoignèrent à Blake les mêmes égards. Le comte de Molina, gouverneur de Cadix, le fit inviter à entrer dans le port, où il trouverait le plus bienveillant accueil; mais Blake répondit qu'il avait hâte de profiter du vent pour passer le détroit et aller exécuter, dans la Méditerranée, les ordres du Protecteur. 11 se jmrta, en eflel, rapidement vei's Naples pour s'opposer à Tinvasion du duc de Guise, car Ci-omwell, toujours en balance entre la France et l'Espagne, ne voulait laisser* prendre, ni à l'une ni à l'autre, trop d'ascendant, et s'appliquait à les contenir tour à tour. Mais quand l'escadre anglaise arriva devant Naples, le duc de Guise avait déjà échoué et venait de se rembarquer; Blake n'avait plus à s^oixuper de cette tentative frivole et pouvait poursuivre, sur toutes les côtes de la Méditerranée, l'accomplissement de sa hautaine mission ^
« Thurlop., State-Paporx, t. Il, p. 731 : t. III, p. 103:-VVhitp-