LIVOURNE
culte protestant à Florence, le grand-duc éluda, disant que rien de pareil n'était admis dans aucun des États italiens, et qu'il s'y prêterait dès que d'autres souverains en feraient autant. Blake n'en exigea pas davantage; il était de ceux qui avaient sincèrement à cœur, bien qu'avec un peu d'embarras et d'inconséquence, la liberté religieuse, et il aurait voulu l'assurer partout aux protestants; mais il était sensé et équitable; il ne méconnaissait point les droits des souverains, et l'état des catholiques en Angleterre le gênait dans ses prétentions \
De Livourne il se ))orta sur la côte d'Afri(jue, d'abord à Tunis, puis à Tripoli, puis à Alger, réclamant là aussi des indemnités pour des négociants anglais, et de plus la mise en liberté des captifs tombés au pouvoir des pirates. Le bruit s'était répandu que, par ordre du Gran(|- Seigneur, toutes les flottes des États musulmans dans la Méditerranée devaient se réunir à Tunis, sans doute pour assaillir et piller quelque État chrétien. Blake voulait déjouer toute entreprise de ce genre et imprimer dans Tesprit des Barbaresques le respect de l'Angleterre. A Tunis seulement il eut occasion d'employer la force. En annonçant au bey ses réclamations, il lui fit demander }a permission de renouveler sa provision d'eau; le bey se refusa brutalement à tout : a Dieu a donné le
1 Rohert Blake, p. 374-278 ;—Thurloe, State-Piipert, t. III, p. 1, 41, 103 ; t. IV, p. 464;— Godwin, Uùt, oftheCommonwealth, t. IV. p. 188 i—Lndlow.' Mémoires, t. II, p. 269.
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« bienfait de Feau à toutes ses eréatures, » lui fil dite Blake; «c'est de la part des lionimes une méchancefé « insolente que de se la refuser les uns aux autres. » — « Regardez,» dit le bey aux officiers anglais en leur montrant ses forts bien armés de la Goulette et de Porto- Ferino; « faites du pire qu'il vous plaira, votre grande « flotte ne me fait pas peur ; » et il se préparait à repousser toute attaque lorsqu'il vit l'escadre anglaise s'éloigner sans tirer un coup de canon. 11 jouit or-"' gueilleusement pendant quinze jours de cette facile délivrance; mais le 3 avril 1655 la flotte anglaise reparut devant Tunis, et le lendemain, au point du jour, elle vint jeter l'ancre à demi-portée de mousquet des batteries tunisiennes. Blake était allé à Trapani, sur la côte de Sicile, rallier quelques-uns de ses bâtiments et compléter ses munitions. Dès que le service divin eut été solennellement célébré sur le pont de tous ses vaisseaux, à la vue des Musulmans frappés de surprise et de respect, l'action commença, et pendant deux lieures les forts tunisiens et les vaisseaux anglais se canonnèrent ardemment; le vent était favorable aux Anglais; ils dirigeaient sûrement leurs coups, tandis que les Tunisiens ne tiraient qu'à travers des nuages de fumée. Cependant le résultat était encore incertain quand Blake ordonna à l'un de ses officiers de confiance, John Stoaks, capitaine du vaisseau amiral le Saint-George, de mettre à la mer quelques-unes des chaloupes de la flotte pourvues de brandons et de torches, et d'aller à la rame mettre le feu à neuf grands bâtiments de guerre ancrés
au fond du port^ et qui faisaient toute la force niaritinie du bey. L'ordre fut hardiment exécuté; malgré la mousqueterie des soldats placés sur la côte, la flotte tunisienne fut incendiée ; en vain les gens du bey essayèrent d'arrêter les progrès du désastre ; les frégates anglaises balayaient, à coups de canon, le pont des navires attaqués par le feu et en chassaient les travailleurs envoyés pour réteindre. Le port fut bientôt, de ce côté, une mer de flammes, et devant ce terrible s|)ectacle la lutte de l'escadre anglaise et des foiis tunisiens resta (|uel(|ues moments suspendue. Mais l'issue n'en était plus douteuse; les Tunisiens perdirent complètement courage ; le feu des forts cessa. Blake, s'il eût voulu, eût pu aisément débarquer et s'en rendre maître; mais il avait atteint son but ; le bey avait senti la puissance de FAngleterre. Le désastre de Tunis retentit tout le long de la côte d'Afrique ; Blake ne rencontra, à Tripoli ni à Alger, aucune résistance, et modéré dans la victoire, il fit partout régler, sans exigence arrogante, les réclamations de ses compatriotes et le rachat des captifs *.
Même envers des Musulmans et des Barbares, il ne se croyait pas permis de tout faire, et il portait dans ses actes un respect prudent du droit des gens et de ses instructions. Le 14 mars, devant Tunis et sur le point de l'attaquer, il écrivait à Thurloe : « Je ne suis pas pleine-
* Hohert BJake, p. 280-293 ;— Thurloe, State-Papers, t. III, p. 232, 326, 390;— Whitelockc, p. 621, 627;— Clarendoii, Hist.ofihe Rébellion, 1. XV, c. 7, 9, 12; — Batcs, Elenvhus motuum, etc., part. Il, p. 362.
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« ment satisfait sur la question de savoir si^ en cas de
a refus de nos réclamations, mes pouvoirs me donnent
« le droit de saisir, couler à fond et détruire tous les
« vaisseaux de ce royaume; Je voudrais avoir à cet égard
« des instructions plus explicites et qui me dictassent
« plus clairement mon devoir; » et le 18 avril, après la
victoire, il disait : «Maintenant qu'il a plu à Dieu de
« nous justifier d'une façon si éclatante, j'espère que
« Son Altesse ni aucun de ceux qui tiennent à Thon-
« neur de notre nation ne seront mécontents de ce que
« j'ai fait, quoique je m'attende aux clameurs de bien
« des gens intéressés ici. Je reconnais qu'avant l'affaire,
« trouvant, comme je vous l'ai déjà dit, quelque am-
« biguïté dans mes instructions, j'ai hésité quelque
« temps en moi-même; mais la barbare conduite de
c< ces pirates a décidé la balance K »
Les Barbaresques ainsi réprimés, Blake se promena
quelque temps dans la Méditerranée, portant ses forces
.il. ' • ' •
partout où l'appelait quelque intérêt de la puissance,
ou de l'honneur, ou de la fortune de l'Angleterre : à
Malte, pour donner aux chevaliers, qui avaient plus
d'une fois arrêté et pris des navires anglais, un avertis-
sèment efficace ; à Venise, pour recevoir les félicitations
du doge et du sénat charmés, au milieu de leur lutte
contre ïes turcs pour la possession dé Candie, que les
Musulmans subissent dans les parages voisins quelque
échec ; devant Toulon et Marseille, pour intimider les
« Thurloe, State-Pap&rs, t. III, p. 232, 390.