NOUVELLES OFFRES DE L'ESPAGNE
« que, sur ladite flotte, trois cents Français ou habia (ants de l'Ile, et qu'ensuite elle a pris sa route vers « Cuba'.B
La cour de Madrid ne fut pas aussi légère que son ambassadeur à Londres; frappé des informations indirectes qui lui arrivaient, don Louis de Haro, par ordre exprès du roi, se plaignit à Cardeôas, non-seulement de son silence sur le but de l'expédition de Penn, mais de l'incohérence de ses avis sur les affaires d'Angleterre et de son peu d'influence auprès d'un gouvernement que PEspagne avait la première reconnu et appuyé. CardeAas se défendit vivement de ces reproches, r^etant la lenteur et l'insuccès de ses négociations sur le défaut d'instructions positives, sur les iiésitations de sa cour elle-même, et disant quant à l'escadre de Penn ; « Le « dessein sur tes Indes est le seul que je n'aie pu pénétrer 0 parce que le Protecteur l'a tenu avec soin caché a précisément aux pei-sonnes par qui je pouvais espérer
« d'en apprendre le but Je n'ai donc pu recueillir à
« cet égard que des conjectures, et j'ai transmis à u V. M, (diilcs celles qui se font sur cette expédition, il daiis toule leur diversité. » Cardeûas unissait par demander son rappel'.
Au lieu <Jc le rappeler, Philippe IV envoya à Londres
' Burnet, Hitl. dtmontempSj 1. 1, p. 161-164, dans ma Coll«ction — Clarendon, Siale-Papers, l. III, p. S64i~Maiann à BoTdtaui; (jlrcliiTjïi ées Affaires étrangèrei de France),
■' Cardehai uu roi Philippe IV (26 janvier 1655) ; Arehivts de Simanias [Dacamenli hàiorigues, n» ÏIV).
A CROMWELL (janvier 1655 . 199
un ambassadeur de plus^ le marquis de Leyde^ homme grave et vaillant officier, qui s'était fait honneur dans la guerre des Pays-Bas par sa vigoureuse défense de Maestricht contre le prince d'Orange. 11 avait ordre, en se concertant avec Cardeftas, de ne témoigner au sujet de Tescadre de Penn aucune défiance, de renouveler au contraire au Protecteur les plus formelles assurances des bons sentiments de son roi, et d'insister pour la conclusion d'un traité d'alUance intime entre TEspagne et TAngleterre, rappelant à Cromwell tous les motifs qui devaient l'éloigner de la France, et lui offrant de l'aider immédiatement à prendre Calais, pourvu que, de son côté, il aidât le prince de Coudé à rentrer dans Bordeaux et à reporter la guerre, de concert avec les Espagnols, sur le territoire français*.
Une telle avance de la cour de Madrid à Cromwell, au moment où il commençait contre elle une telle agression , surprit la fierté peu exigeante de Mazarin luimême et l'inquiéta vivement. L'Espagne était donc décidée à tout supporter et à tout faire pour engager l'Angleterre contre la France. Bordeaux reçut ordre de presser la conclusion du traité qu'il négociait depuis plus de deux ans, et d'annoncer même son départ d'Angleterre si on le traînait encore en longueur*.
» Thurloe, State-Pa^ers, t. l, p. 688, 761; t. III, p. 54, 154;— Clarendon, Hist. of the RehelUon , 1. xv, c. 8; — Heath, ChronicU, p. 689.
« Maatarin à Bordeaux (2 janvier 1655); -4 rc^w m des Affaires étrangères de France,
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Plusieurs fois il avail cru loucher au terme de sa négociation; mais tantôt les questions qui s^unblaient résolues avaient été reprises^ tantôt des questions nouvelles et imprévues s'étaient élevées. On ne pouvait parvenir à s'entendre sur les termes de l'article secret qui devait éloigner de France les Stuart et leui's principaux partisans; Cromwell ne voulait pas s'engager à ne pas protéger les protestants français si, pour maintenir leurs libertés, ils avaient besoin de son appui; pour rester fidèle aux anciennes prétentions des rois d'Angleterre, il demandait que le roi de France ne prît^^ dans le traité, que le titre de roi des Français; il voulait traiter d'égal à égal avec Louis XIV, et être nommé avant lui dans Texemplaire anglais de cet acte, ainsi que cela avait eu lieu dans les conventions qu'il avait conclues avec les rois de Suède, de Danemark et de Portugal. Quelque envie que Mazarin eût de la paix, quelle que fût l'insistance de Colbert pour qu'on rentrât avec l'Angleterre dans des relations commerciales bonnes et sûres, ils se refusèrent longtemps à ces exigences : quand la fortune de Cromwell semblait chanceler, Mazarin s'arrêtait et ne poussait plus à une conchision; en octobre 1654, au moment où la lutte s'envenimait entre le Protecteur et le dernier Parlement, il écrivit à Bordeaux : « 11 est « bon de ne rien précipiter et de tenir seulement les « choses en état, attendant la suite et qu'on puisse voir « un peu plus clairement la pente qu'elles prendront ; « car il semble que4a prudence ne veut pas qu'on se hâte « si fort d'aller épouser ouvertement les intérêts de M. Iq
« Frolecleur dans une conjoncture où, h» |>ai'li contraire « venant par hasard à prévaloir |)ar-dessits le sien, tout (( ce que nous {lurions fait ne servirait 4|u'à obliger ses « adversaires à se décharer contre nous et à tendre l(»s « bras aux Espagnols qui ne man(|ueraient pas de faire (c leur profit de ce contre-temps. » Mais ([uand Cromwell fut, au dedans, vainqueur et seul maître, quand on le vit déployer au deboi*s sa puissance, contracter alliance avec tous les États protestants de l'Europe du nord, intimider également dans le midi les catholiques et les Musulmans, et méditer sur TEspagne des conquêtes, quand on apprit à Paris que Montecuculli était allé à Londres pour essayer d'attirer le Protecteur dans les intérêts de la maison d'Autriche, que Whitelocke, poussé, disait-on, par la reine Christine, Pavait appuyé à Whitehall, et que le roi d*Espagne lui envoyait le marquis de Leyde pour doimer à ses olfœs d'alliance plus de poids et d éclat, en présence de tous ces faits, les oscillations et les lenteurs de Mazarin disparurent ; il enjoignit coup sur coup à Bordeaux de pousser la négociation ; on se montra facile sur les termes de Tarticle secret relatif à Texpulsion des Stuart et de leui*s plus intimes amis; on consentit au maintien de Tancien protocole qui donnait au roi de France le titre de roi des Français; et en maintenant, sur la question de préséance, dans le préambule du traité , la dignité de la couronne de France, Mazarin ajouta ; « Nous ne deman- « dons pas mieux que de traiter d^égal à égal avec ((l'Angleterre, ou bien avec* le Proteeleur même,