‹ Histoire de la révolution d'AngleterreChapitre 7 sur 150 · OUVERTURE DU · texte numérisé non relu

OUVERTURE DU

rut aussitôt dam la flotte hollandaise que Tamiral était mort; l^ désordre se propagea rapidement; plusieurs bâtiments prirent la fuite. Tromp cependant y sauvé coiiime par miracle, avait passé du Brederode sur uue frégate légère^ et se portait en tous sens parmi les bâtiments hollandais^ ramenant les braves au combat et tirant sur ceux qui fuyaient. Mais toute sa vigueur fut vaine; il fallut se retirer à son tour et regagner les ports de Hollande^ chaudement pourspivi par les Anglais. Le lendemain 4 juin^ Monk et Blake annoncèrent à Croniwell leur victoire, avec la prise de onze bâtiments hollandais et de treize cent cinquante prisonniers. Tromp, Ruyter et de Witt, de leur côté, se hâtèrent de rendre compte aux États généraux de leur défaite et de ses causes, déclarant qu'ils ne retourneraient plus en mer si la flotte n'était mieux armée , plus abondamment pourvue de munitions et accrue de bâtiments phis forts : « Pourquoi me tairais-je plus longtemps ^ n dît Corneille de Witt en pleine assemblée des États; « je suis ici « devant mes souverains; c'est mon devoir de leur dire « que les Anglais sont maintenant maîtres de nous « et des mers ^ »

Les actions de grâce ordonnées par le conseil d'État

1 Parliam. Hist., t. XX, p. H8 i — Cromioelliana, p. 124;— Whitelocke, p. 557;— Ro6eri Blake, p. 249-253 i—Memorials ofsir William Penn, 1. 1, p. 491-499; — Le Clerc, Hist. des Provinces-Unies, t. II, p. 333 ;— Wicquefort, Hist, des Provinces-Unies, i. IV, p. 379; — Brandt, Vie de Ruyter, p. 33-37;— Thurloe , State-Papers, t. I, p. 269-270.

PARLEMENT HAREBONE (i jriLi.ET IS'iil. 15

pour cette victoire avaient à p^ine cessé de retentir dans toute TÂngleterre quand l'assemblée des élus de Croinwell se réunit^ le A juillet, dans la Cliambre du conseil^ à Whitehall^ selon Tordre qu'elle en avait reçu. Deux seulement, parmi les appelés, ne se rendirent pas à la convocation. Us étaient assis sur des sièges rangés autour de la salle, lorsque Cromwell entra, suivi d'un grand nombre d'officiers. Tous se levèrent et se découvrirent. Cromwell 6ta aussi son cliapeau, et se plaçant le dos tourné vers une fenêtre en face du milieu de la salle, la main appuyée sur une chaise : a Messieurs, » dit41, (c je suppose que la convocation qui vous a ame- « nés ici vous fait bien comprendre pourquoi vous y tt êtes. Cependant j'ai quelque chose de plus à vous « communiquer; c'est un document rédigé de l'avis « des principaux officiers de l'armée, et qui en dit un « peu plus que la lettre de convocation. J'ai aussi, pour a ma décharge, quelque chose à vous dire qui sera, je a Tespère, satisfaisant pour vous. Je vous vois siégeant « id assez mal à votre aise, car il y a peu de place, et a le temps est très-chaud; je serai court; p et ayant chaud lui-même, il Ôta son manteau et le donna i un officier qui le garda pendant toute la séance , comme on eût fait pour le roi en pareille occasion ^

Cromwell ne tint pas sa parole, car il parla plus de deux heures. 11 n'avait pas écrit son discours, et ses

4 Pwrliam.HUi., t. XX, p. 152;— (îarlyle, CromwelVs Letters and Speechea, t. Il, p. 187.

]« orVERTURE DU PARLEMENT BARBfiONE

idées^ quelque arrêtées qu'elles pussent être d'awance^ se pressaient dans son esprit si abondantes et si vires q^ril semblait s'abandonner à leur cours plutôt qu'en disposer pour les étendre ou les resserrer à sou gré. Il était étranger à Tart oratoire, à rharmonie dans la composition, à rélégance dans la diction ; il jetait pêle-mêle les récits, les réflexions, les raisonnements, les citations pieuses, les commentaires, les interpellations^ les allusions, les réminiscences, les vues d'avenir; mais une intention profondément politique, pratique et précise, animait toutes ses paroles, perçait à travers leur confusâon, |)ersi8tait dans tous leurs replis, et il poussait puissamment ses auditeurs vers le but qu'il voulait atteindre, en suscitant à chaque pas dans leur âme l'impression dont il avait besoin de les frapper. U commença par leur rappeler les grandes choses dont ils avaient été témoins depuis l'ouverture du Parlement jusqu'à la bataille de Worcester, la guerre civile, le jugement du roi, la défaite de son fils, la soumission des trois royaumes, <i ces étranges voies, détours et retours de la Proa videncè, ces grandes manifestations de Dieu qui s'é- « tait plu à traverser et à renverser les desseins des a hommes habiles, pour élevqr à on merveilleux succès « une pauvre et obscure troupe dliommes, nullement « versés dans la guerre et qui y avaient peu de pence chant. » Il voulait remplir cette assemblée nouvelle du sentiment de la puissance et du droit de l'armée, instrument et représentant des volontés de Dieu qui lui avait donné la victoire sur tous ses ennemis. De là il

DISCOURS DE CROMWELL (4 joiLLBt 1«58}. 17

passa à sa dernière lutte avec le Parlement y et après avoir sanctifié Tannée au nom du succès, il la justifia au nom de la nécessité. Le Paiement n'avait voulu ni accomplir les réformes que désiirait 1» peuple, ni se dissoudre réellement et rendre an peuple son libre droit de suffrage; les jurisconsultes s'étaient disputés trois mois sans parvenir à s'entendre sur le sens d'un seul mot, le . mot hypothèques (incumbranfes) ; les conférences, obtenues à grand'peine, entre les chefs du Parlement et les officiers de l'armée avaient toujours abouti à cette ré^ ponse : a La continuation du Parlement peut seule sau~ « ver la nation. » Non-seulement, par l'acte qn'ils avaient préparé pour les élections nouvelles, ib ee perpétuaient eux-mêmes, mais ils auraient fait entrer dans le Parlement des presbytériens, des déserteurs et des ennemis de la bonne cause : « Si nos libertés et nos droits a avaient succombé dans un combat, n dit Cromwell, a la nécessité nous eût enseigné la patience : mais les « perdre par insouciance et apatbie, c'eût été nous dé- « clarer nou&^mèmes des lâches, traîtres à Dieu et à son « peuple.... C'est vraiment la nécessité qui nous a «on- « duits dans cette affaire, cae le gouvernement ne doit a pas tomber; ^ous n^uriez pas vaulu, je pense , qu'il « passât aux mains des pervers; je suis sûr que Dieu ne a le voulait pasi C'est donc par la voie de la nécessité, a par la voie de la sage providence de Dieu, quoique à a travers de faibles mains, que le pouvoir vient aujour- 0 d'hui dans les vôtres. » 11 fit alors, selon sa coutume, étalage d'humilité au moment même où il faisait acte

d'autorité et de puissance : a Je devrais me borner à « prier pour vous plutôt que vous donner des conii seils.... Pourtant^ si celui qui vous a appelés à Texera cice du pouvoir suprême^ et qui ne veut être que <ir votre serviteur^ s'acquitte de ce qu'il regarde comme a un devoir envers vous, j'espère que vous le prendrez a en bonne part. » Il les entretint des conditions du bon gouvernement, leur conseillant la justice envers tous, « envers un infidèle aussi bien qu'envers un a croyant, » la sympathie pour les saints, la compassion même pour les infirmités des saints : « Je vous en conc( jure, quoique ce ne soit pas nécessaire, je pense ; ayez c( soin de tout le troupeau ; aimez les brebis, aimez les (( agneaux; soyez doux et tendres envers tous; si le a plus pauvre chrétien, le chrétien le plus égaré désire « vivre en paix sous votre autorité, protégez-le.... J'ai « dit quelquefois, à tort peut-être, j'en conviens, que « j'aimerais mieux avoir tort envers un croyant qu'en- « vers un infidèle.... Faites tous vos efforts pour la proc4 pagation de l'Évangile : encouragez ses ministres.... a Je n'ai qu'un mot de plus à vous dire, et en ceci peut- « être je trahirai ma faiblesse ; mais je veux vous ence courager vous-mêmes à marcher fermement et avec a confiance dans votre œuvre.... Vous êtes étrangers les « uns aux autres ; vous venez de toutes les parties de la « nation ; vous ne vous connaissez peut-être pas de via sage.... J'en appelle à votre conscience à tous : ni di- « rectement, ni indirectement, vous n'avez cherché « vous-mêmes à venir ici ; vous y êtes venus passive-

AU PARLEMENT BAREBONE (4 juillet 1653). IQ

a ment ; vous avez été vraiment appelés : avouez bau- « tement votre mission ! Jamais, je puis le dire, il n'y a a eu un tel corps, plus de cent quarante personnes, qui a soit ainsi parvenu à l'autorité suprême à ce seul titre i a avouer Dieu et être avoué de lui. Si c'était le moment a de comparer votre titre à celui des assemblées qui « ont été appelées par les suffrages du peuple I... Qui « peut dire quand viendra le jour où Dieu rendra le « peuple capable d'une telle œu\re? Personne ne le « désire plus que moi.... Mais ceci est une digression; « je vous le répète : avouez votre mission, car elle « \ient de Dieu *. »

Admirables instincts d'un profond génie qui voulait faire descendre de Dieu ce prétendu pouvoir suprême qu'il avait élevé de ses propres mains et dont il sentait l'infirmité I

L'assemblée écoutait Cromwell avec faveur et respect. Elle n'était pas, comme on l'a dit, composée tout entière d'hommes obscurs et de condition basse ; elle comptait dans sou sein quelques noms illustres par la naissance ou par la gloire, et un certain nombre de gentilshommes de campagne et de bourgeois importants dans leur ville ou dans leur comté. Propriétaires, négociants, marchands ou artisans, la plupart de ses membres étaient d'ailleurs des hommes de mœurs bien réglées, point

1 Carlyle, CrotwwelVa iieHmrt and Spe9ches, t. II, p. 187-919 ; — Parliam. Hist,, t. XX, p. 153-175 ;— Milton, State-Papers, p. 106lU]—Cardehas au roi Philippe IV (17 juillet 16531. {Archivas de SimancAs.)

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