AVEC LES PROTESTANTS DE FRANCE
que TEspagne, tout en appuyant les mécontents français^ ne serait jamais pour eux un patron bien efQcace;
elle manquait d'argent et avait eu naguère quelque peine à envoyer à Condé^ par les mains de Cardenas^ un secours de cinquante mille écus^ Il voulut connaître avec certitude les dispositions des protestants de France que Gondé disait prêts à se soulever en sa faveur; Stoupe, par son ordre, parcourut la France en simple voyageur, les bords de la Loire, Bordeaux, Montauban, Nîmes, Lyon, s'entretcnant avec les principaux protestants, et leur parlant du bon vouloir que Cromwell leur portait. Il les trouva, pour la plupart, décidés à se tenir en paix; les édits étaient observés; ils pratiquaient librement leur culte et faisaient tranquillement leurs affaires; ils pensaient niai d'ailleurs du prince de Condé: « C'est , » dirent-ils à Stoupe , a un homme qui ne tt cherche que sa propre grandeur^ prêt à sacrifier tous a ses amis et toutes les causes qu'il semble épouser. » Tout concourait à convaincre Cromwell qu'il n'avait rien à attendre de l'Espagne ni des Frondeurs, et que la France, Louis XIV et Mazarin, plus puissants et plus habiles , étaient pour lui des voisins plus redoutables, et seraient de plus utiles alliés. Il donna solennellement audience au marquis de Leyde*; mais le marquis ne tarda pas à reconnaître que son ambassade n'aboutirait à rien, et repartit pour la Flandre. Cromwell le fit ac-
^ Les 14 avril et 15 juillet 1655 {Documents historiqueSf n* XVI}. * Le 11 mai 16&5.
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compagner avec ponij^e jusqtrà Gravesend, et resta, envers la France, dans la même immobilité, ne se sentant point pressé de se déclarer ni de s'engager plus avant. La cour de France lui inspirait toujours, et encore plus au public anglais, de grandes méliances; la plupart des négociants de Londres penchaient pour TEspagne, où leur commerce était considérable. A quoi bon, d'ailleurs, se décider avant que Tissue de Texpédition d'Amérique fût connue? L^Espagne alors romprait elle-même la paix, et le traité avec la France serait conclu au nom de la nécessité. Bordeaux démêlait assez bien ces motifs des tergiversations du Protecteur, et en rendait fidèlement compte à sa cour * : « L'esprit de « conquête et le prétexte de religion l'attirent contre « l'Espagne, » écrivait-il à M. de Brienne; « son incli- « nation, la jalousie de notre puissance et l'intérêt des « marchands, contre la France. Les mécontentements « qui pourraient éclater dans l'Angleterre, si l'une des « deux couronnes lui était ennemie déclarée , le re- « tiennent au dedans; et la confiance que nous n'osec( rions rompre lui fait mépriser toutes menaces et émet pressements que je pourrais mettre en usage pour « l'obliger à changer de conduite à notre endroit. C'est « le plus naturel crayon que je puisse faire de la dis- « position présente de son esprit *. »
1 Le l*"" ociobre 1654.
* Thurloe, State-Papers, t. III, p. 570, 613;— Dumont, Corps univet^sel diplomatique, t. VI, part. II, p. 106 ; — Biirnet, Hist, de mon tempa, 1. 1, p. 156-158, dans ma Collertion.
DES VALDOlS DK PIE.\RLNT Wuy . m'.
Un incident, européen par le bruit qu'il lit partout, quoique renfermé dans un coin obscur des Alpes, fournit à Cromwell de nouveaux prétextes pour ajourner encore toute solution définitive. Au fond de quelques vallées du Piémont vivait un petit peuple de laboureurs et de patres, soumis depuis des siècles à la maison de Savoie, mais séparé aussi, depuis des sit^cles, |)ar sa foi et son culte^ de ses compatriotes et de ses souverains. On a souvent recliercbé, sans résoudre avec certitude cette question, quelle était lorigine des croyances et du nom des Vaudois; l*Ëglise romaine les traitait comme des hérétiques, et, à leur tour, ils accusaient l'Église romaine de n'être plus cette primitive Église apostolique dont ils se regardaient eux-mêmes comme les fidèles héritiers. Quoi qu'il en soit, c'était une race d'hommes simples,' pauvres, laborieux et pieux, passionnément attachés a leurs montagnes, à leur foi et à leurs pasteurs. Ils avaient, àdivei*ses reprises, obtenu des ducs de Savoie certains privilèges qui assuraient leurs libertés religieuses et locales; et du xi* au xvi* siècle, ils avaient passé par de fréquentes alternatives de tolérance et de persécution, plus souvent tranquilles qu'inquiétés pourtant dans la pratique de leur culte et la jouissance de leurs droits. Quand la réforme éclata, ils s'en occupèrent assez peu d'abord ; ils n'avaient aucim désir de changement dans leur régime intérieur, et la maison de Savoie, habituellement prudente et bienveillante envers ses sujets, ne les troublait guère dans leur repos. Elle avait des motifs politiques de les ménager ; leurs
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vallées touchaient à des vallées françaises du Dauphiné, peu|))ées de montagnards de même origine, de même foi, de mêmes mœurs; leur territoire était le point de passai^e ordinaire des armées françaises dans leurs eipéditions en Italie; les rois de France en avaient pris occasion de leur témoigner de la faveur, et quelquefois même de les protéger officiellement; le 28 septembre 1511, moins d'un an avant la Saint-Barthélémy, Charles IX écrivait au duc Emuianuel-Philibert , qui traitait, dans ce moment, les Vaudois avec rigueur : « Je « vous veux faire une requête, non point ordinaire, « mais tant affectionnée que vous sauriez avoir de « moi.... ; car, durant les troubles de guerre, la pas- « sion ne permet, nou plus que la maladie au patient, « de juger ce qui est expédient;,,.. et de même qu'avez <t traité vos sujets cxtraordinairemeiit en cette cause, a veuillez aujourd'hui, en ma faveur, à ma prière et o spéciale recommandation, les recevoir en votre bé- « nigne grâce, les remettre et rétablir en leurs biens confisqués.... Cette cause est si juste de soi et si pleine d'affection de ma part que je m'assure que o m'en concédiez volontiers l'effet '. »
Quand la réforme eut conquis la moitié de l'Europe ei allumé partout, dans les esprits et dans les Etats, le feu
^^. '^Légei,Hitt(iirf, gèlerait dm Eglis«! évangéliqvts et desvaiiées ifti Piémont; in-P; Lçjde, 1069 ; — Morland, The history ofthe evange- Ucàl Churchea ofthevalieys ofpiedmont; in-f; Londres, 1658;— £teïiB Mnstôn, VJsrati det Alptt, hiiloire complète des Vaudoit da P^nvcml (Paria, 1851), t. Il, p. 109.