‹ Histoire de la révolution d'AngleterreChapitre 73 sur 150 · EN FAVEUR DES VAIIDOIS · texte numérisé non relu

EN FAVEUR DES VAIIDOIS

« vérité des faits^ Elle approuvera les procédés du dut* « et cessera de soutenir des sujets désol)éissaiits. Cepentf daot^ par égard pour S. A.^ non-seidement nous par- « ({oiinerons à ces rebeUes^mais nous leur accorderons tf des privilèges qui montreront au lord Protecteur « quelle estime nous faisons de sa personne et de sa mé- « diation. » A l'exemple de la régente^ le marquis de Saint-Thomas^ premier secrétaire d'État du duc de Savoie, et plusieurs hommes considérables de sa com% laques et prêtres, entretinrent Morland, le comblant de politesses et s'elforçant, mais avec peu de succès, de lui démontrer la fausseté des faits qui avaient amené sa mission. L'ambassadeur de France à Turin, M. Servien, lui parla plus sensément : « Le duc Emmanuel-Philia bert, D lui dit-il, a avait fait en 1561, à cette popula- « tion toutes lès concessions qu'elle demandait ; et je a crois vraiment que S. A. R. le duc actuel et Madame a royale sa mère seraient disposés à les lui rendre et à « la traiter comme faisaient leurs royaux ancêtres; « mais il y a à la cour quelques personnes puissantes « qui, par zèle ardent pour la religion catholique, pré- « sentent toutes choses au prince sous le plus mau- « vais aspect. Je vous engage à ne pas jeter de l'huile « sur le feu, et à faire plutôt, à S. A. le lord Protecteur, a un récit modéré qui le satisfasse et l'apaise. » C'étaient là les instructions de Mazarin. Morland en rendit compte à Cromwell, lui envoya la réponse du duc de Savoie, pleine de justifications et de promesses embarrassées, et quitta Turin le 19 juillet pour aller, selon l'ordre

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nu'il en avait iwu, atlemlrc à Genève ce que résoiidroit le Protecteur'.

En jVngleterre, le senliment public était toujours le Hième ; quoique les comtés n'y eussent pas montré autant d'empressementque Ix>ndre8, la collecte en faveur des Vaudois s'éleva à la somme de 38,341 livres sterling (près d'un million de francs); l'émotion contre les catholiques était vive, et le peuple semblait vouloir venger sui' erix les mau\ que les protestants souffraient ailleurs. Les commissaires chargés de négocier avec M. de Bordeaux lui dirent que le Protecteur ne signerait point le traité tant que la cour de France n'aurait jias agi, à Turin, de tout son pouvoir pour faire rendre aux Vaudois leui-s libertés. Cromwell se montrait toujours passionnément préoccupé de cette affaire : quelquefois, avec des vues favorables à la France ; son agent Stoupe, que Mazariii avait pris aussi à son service, moyennant ime pension annuelle de trois cents livres sterling , laissa im jour entrevoir à Bordeaux que le Protecteur pourrait bien demander la cession des vallées vaudoises an roi, ce qu de\ iendrait entre les deux Étals un gage d'étroite amitié. Plus souvent c'était de concert avec les États protestants que Cromwell voulait agir dans l'intérêt des Vaudois ; il pressait les Provinces-Unies et les Cantons suisses de se préparer à la guerre pour cette cause; il faisait partir pour Genève un nouvel envoyé, Geoi^e Downing, chargé de pousser à des démarches énergiques et de se

• Morlnnd, Tl<' Hint-. "fthe eraiiiifl. C)»iTchr\, p, ruri-ITa,

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rendre ensuite àTurin, avec Morland et les ministres de Suisse et de Hollande^ |K)iir arriver enfin à un i*ésultat décisif. Ses confidents parlaient de Nice et de Villefranche, dans les États sardes, comme de points où des troupes anglaises |K)urraient bien débarquer ^

Ces rumeurs, ces perspectives de guerres et de complications nouvelles inquiétaient vivement Mazarin, paiement prompt à craindre et à espérer. Peu soucieux des idées générales de droit et de liberté, il ne s*intéressait guère aux Vaudois, et si personne n'eut fait de bruit à leur sujet, il eût mieux aimé les voir réprimés que tolérés ; mais il était modéré et prévoyant , et ne méconnaissait jamais les embarras que la violence obstinée pouvait susciter. L'influence croissante de Cromvell sur le continent lui était suspecte; il redoutait qu'elle ne s'employât à fomenter des mouvements parmi les protestants de France. Surtout, il souhaitait ardemment la conclusion du traité de paix depuis si longtemps négocié à I^ndres, et qui devait, dans sa pensée, amener entre la France et TAnglcterre une alliance intime, seul mo^en, pour la France, de remporter enfin, dans sa lutte contre rEs|)agne, une vic-

1 Morland, TheHist. of the evangel. Churches, p. 584-596; — Bordeaux à Brienne ;27 mai , 3 et 10 juin , 1^', 8 et 23 juillet , 5 et 26 août 1655) ; — Masarin à Bordeaux .9 juillet 1655), Archive» des Affaires étrangères de France; — Thurloe à John Pell (8 et 2d juin, 7, 12, 20, 27 et 28 juillet 1655) ;Vaughan, Protectorate of Cromwell, t. I, p. 191, 206, 214, 219, 225, 227, 231 ;— Thurloe, State-Pap^rs. I, III, p. 696. — DorumenlH hialnriques. n» XIX.

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toire d^lsiye : « Le roi, » écrivait-il à Bordeaux S « m'a « çoipmaiiç)^ de voy^ faire savoir que, si H* le Protecteur a teut , dès le m^ipe jour qu'où signera raccommode- «( ffient^ çoinipeucer uu autre traité de ligue offeusive et a défensive, vous êtes prêt d'y eptendre ; que vous çona ^ute^; mêiQeineut que , dans ce premier traité-là, a il so|t inséré \m art|clç qui engage les parties à cette a liaison plus étroite suivant l<3s conditions dont elles a tQipbe^pnt d'accord^ desquelles on peut, en effet, con- « yeqir ep vingt-quatre heures, b L'affaire des Yaudois arréffût tout ^ tr^vfiil de Mazarin et ajournait toutes s^p espérances; il résolut d'y mettre lui-même ux\ termç ; dies instructioiis péremptoire^ furent ei^ypyées à M. Seryiçn ; il eut ordre d'insister à Turin sur une paçifiqfit|p^ immédiate > en déclarant qu'à celle des. deuij^ p{|rtie^ qiii c'y refuserait le roi de France retire^-ait ^^l^ii^eift son appui ; et le i 8 aoi(it i 655^ i; n traité de pai^, ccppu ^Qus le nom (le PaHnt^s de ^râce^ fqt ^jgné en effet à f^ignerol, qu{ auipi^t^ Ip? troubles des val^ées^ annula ie^ poursuites con^mencées à cette oçç^isioi^^ et rendit ai|x Yaudois leurs î^pciens privilèges, c'est-à-^ir^ la ^bert^ de cpnsçiepc^, ^ç co|piperce et de tf sfnsit, e^ y attachant à la vérité certaines conditions assez dures, qui devaient donner lieu plus tard à de nouveaux débats, et que Cromwell eût peut-être épargnées aux V^udoi^ si ses agents étaient a^P^és à tqiups poi}f prqn- (Ire part aux dernières négociations ^

^ Le 25 mai 1655 ; Archives des Affaires étrangères de France.

3 Mazarin à Bordeauœ (19 août 1655) ; Archives des Affaires

EN FAVEUR DBS YAUDOIS. n^

Elles étaient déjà conclues et le tr^t4 dp P|gnç|*û| »gné quand Downing, traversant la Fr^cç. pour 9e rendre à Genève^ eut ft la Fère unq eqtrevu^ §y?c Mazarin qui le i^mbkt de prévenances^ lui eqvoyapl, pour le servir^ ses gens^ son carrosse^ et jusqu'à çQp prppr^ souper^ avec oe compliment : c< U est trop tard pour qu^ < M. Downing trouve à se pourvoir; je cb^^cb^r^ a ailleurs un souper pour moi. » Il s'eptretiDt avec Downing pendant deux heures : « Je ne désire riep tant a au mon^e^ » lui dit-il, « que de m'entendrç av^ « 8. A. le lord Protecteur; jp ferai tout povir \e Iv)} a prouver; si nous avions ensemble uqe étroite a}a liance, il n'y aurait rien de trop difficile pour nou9 ; à elle nous est nécessaire à tous deux.... Qqç Charles «r Stuart et cette famille n'y soient pas un obstacle ; fis a ne seront pas plus comptés que n'est compté maince tenant, entre la reine de France et le roi d'Espagne, « le titre de frère et de sœur. Quant aux protestants dQ « France, depuis que j'ai ici les affaires en main, j'ai c été leur ami, et j'ai empêché qu'on ne lepr fit tort ; « s'il y a quelque chose que le Proteqteur désire pour « eux, et qui soit compatible avec l'honneur de la a France, je le ferai, quoique, pour mon compte, je ne Cl sois point intervenu en faveur des catholiques d'Ana gleterre. Pour les affaires de Piémont, ^Ues spnt prçsi

étrangères de France; — Morland à John Pell (14 août 1065); y au gh&n f Proieetorate ofCromvellj t. T, p. 266; — Mprland, The Hisi. ofthe evangel. Churches, p. 613-669 ; — Muston, Hist. des Vuu^ dois, t. II, p. 386, 395.

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