U PACIFICATION DES YAIU)01S (aoit
(I de s'aiTang«r par Tintercession du roi mon maître ^)) Cromwetl n'apprit pas sans humeur qu'elles étaient en effet arrangées, que les envoyés de Suisse s'étaient concertés avec l'ambassadeur de France ,. et que les Vaudois n'avaient plus besoin de lui. Il reçut froidement la nouvelle de la pacification^ et ses conseillers firent plus d'une fois sentir à M. de Bordeaux que le Protecteur ne se méprenait pas sur les motifs de cet empressement à terminer sans lui une affaire qu'il avait si vivement prise à cœur *. Mais il' n'y avait pas moyen de s'en plaindre. D'autres nouvelles venaient d'ailleurs d'arriver à Cromwell, plus graves pour lui et qui lui rendaient le bon vouloir de Mazarin plus précieux que, jusque-là, il ne l'avait estimé.
Au commencement de juillet 1655, on ne savait encore à Londres, de l'escadre de Penn, que son arrivée à la Barbade, et de là son départ pour les lieux inconnus auxquels elle était destinée. Des bruits divers en avaient couru en Angleterre et sur le continent : tantôt eDe s'était attaquée aux colonies françaises; tantôt elle avait pris Saint-Domingue ou la Havane ; on en était vivement préoccupé, mais l'incertitude subsistait toujours.
i Downing à Thurloe (25 novembre 1655) ; Thurloe, State-Pa- ^pers, t. 111, p. 734.
* Bordeaux à Brieime (16 septembre, 7 octobre 1655) ; Archives des Aff. étrang. de France; Morland à Pell (fin août, 13 et 18 septembre 1655) ;—r/i«rloe àPellet à Morland (10 et 16 septembre 1655) ; Vaughan, Protectorate of CromweU. t. I, p. 258, 264, 265, 2C8. 272. — Docvments hiftto^^qties, n" XX.
KXPKDITIOX DE PENX ^«0"»). '^'^^
Vei-s la fin de juillet, un exprès, venu par l'Irlanile, apporta une lettre au Protecteur, auprès de qui Stoupe se trouvait en ce moment. Cromwell lut la lettre et renvoya aussitôt Stoupe qui sortit frappé du soupçon qu'il y avait là une mauvaise nouvelle. Il apprit dans la soirée que sa conjecture était fondée, en informa sur-lechamp ses correspondants à Bruxelles, et le jçouverneinent espagnol apprit par cette voie que l'exiMidition anglaise avait débarqué à Saint-Domingue et tenté de s'emparer de Ttle, mais qu'elle avait complètement échouée
Quand l'expédition, dans les derniei*s jours de janvier 1655, arriva à la Barbade, une fâcheuse mésintelligence s'était déjà manifestée entre les deux chefs, l'amiral et le général. Peim était un brave et bon marin, mais pointilleux et susceptible ; > enables , qui n'avait jamais commandé en chef, était jaloux de son autorité, inquiet de sa responsabilité et peu aimé des soldats qui le trouvaient avare et indolent. Les renforts que l'armée recruta dans l'archipel des Antilles furent composés de colons dérangés dans leurs affaires , de Cavaliers proscrits en Angleterre et d'aventuriers étrangers, troupe indisciplinée et cherchant sa propre fortune plutôt que le succès de l'entreprise ou l'honneur du drapeau. Les approvisionnements que la flotte devait prendre à la
« Thurloe, Siate-Papera, t. III, p. 417. 434, *Î\>;J, m6, 66-2;-- \ tiughan, Protectorate of Cromuell, 1. 1, p. 219,22!»;- Uurnet,i/i5/. de mon tempe, t. I, p. 164^ dans m&Colleciiuru
222 LES ANGLAIS ECHOUENT DAKS
Barbàdè n'étaient pas arrivés quand éUé fut obligée d'm partit*. D'après les ordres de Cromwell, les chefs ii'avaient ouvert qu'aux Antilles les instructions qui leur indiquaient le but précis de TexpéditioU. Le 14 avrils rèscàdre^ portant huit à neuf mille hommes de troupes, fut en vue de la côte sud-ést de Saint-Domingue; un conseil fut tenu à boi'd poiir régler Tattaque ; il semblait qu'en débarquant toutes les forces sur le même point, ptès de la ville de Santo-Domingo, et en donnant brusquement Tassaut, on ne pouvait manquer de s'en emparer; mais Tamiral, le général et le commissaire civil qiiî leiir était adjoint, Edouard Winslow, ne parvinrent pas à s'entendre ; lés troupes furent partagées en deux côt-ps; un petit détachement, schis les ordres du colen^ Butler, débarqua près de là ville ; le corps principal^ côYîifnànfdé par Venables^ sûr un point éloigné de plus dé douze lieues; on espérait distraire ainsi l'attention e diviser les forces dès Espagnols. Mais quand Yenables ettt à i'èjoindre BuUer, trois jourè de marche sous un soleil ardent, tantôt siti* des sables, tantôt à travers d'épais fourréà, la soif, les mauvais aliments, la fatigue jetèrent parmi les troupes rhuineur, le découragement et une dysenterie violente. Le 18 avril, à peine réunis et en hiouvement pour attaquer la place, les deux corps tombèrent tout à coup dans une embuscade; les Espar gnols, cachés dans les ravins et dans les bois, tiraient sur les Anglais qui ne savaient où diriger leurs coups; plu-
1 Le <81 mars 1655.
LAHAQUE 1)E SAINT-DOMÎNGUE (avril 1655). 523
Sieurs officiers furent tués; les soldats s'arrêtaient en murmurant; Fhésitation devînt générale: du lieu d'avancer, on prit le parti de se replier àur le t)Oînl de débaniuement le plus rapproché, et de là on fit demander à la flotte des virres et dès renforts. Au bout de liiiit jours seulement, le 25 ayril, après des tàtonnemehts qiii de plus en plus discréditaient les chefs et troublaietit lés soldats, Tarmée se remit en marche vers Sanlo-Domingo ; mai^ dès le lendemain, en traversant un défilé trèséii^oit, ratânt-gardc doniia dans une nouvelle embîiî<cade; le désordre s'y mît à Tlnstant; en vaiW quelques (waves âe firent tuer; les timides se rejetèrent sin- la cavalerie qui Suivait et qui se rejeta à son tour ^ur le corps principal en tête duquel marchait le régiment de Fenables lui-même ; les fuyards obstruaient te défilé en se pressant d'en sortir, et sans Ténergie du brave major général Heane qui fut tué, ainsi que ses meilleurs officiers, en couvrant glorieusement cette honteuse retraite^ les Espagnole auraient détruit Tarmée anglaise tou< entière. On se retira cette fois jusqu'au point dé débarquement le plus éloigné ; et là lè^ délibérations, 'es allées et venues entre l'armée et la flotte i'eèotnfWèrièreiit : Perin ne cachait pas son blâme méprisant; les larirtâ Sie irio^itiàient des soldats; tenableâ, pour éè ver du désordre, fit casser Tadjudant général Jackson rj s'était conduit lâchement, et pendre quelques-uns $ fuyards; le commissaire Winslow tomba malade et urut. Dans ce désarroi général^ orï â'fteoorda ik rénaître qu^il n'y avait pas moyen dé tenter sûr SSainI-
•i-21 LKS ANGLAIS PKKXNENT
Domingue une troisième attaque. Que faire après un tel échec? Et comment ne rien faire après des préparatifs si éclatants? Comment retourner en Angleterre et vers le Protecteur sans avoir au moins quelque réparation à leur offrir 1 L'idée vint, on ne sait pas bien à qui, de chercher dans ces mers une autre conquête. Le 3 mai, Tescadre et les frou])es rembarquées s éloignèrent de Saint-Domingue; le 9, elles se présentèrent devant la Jamaïque, île bien moins connue et bien moins importante que Saint-Domingue, grande pourtant et fertile. Dès le lendemain, le débarquement fut opéré, la \ille emportée, et la population espagnole, qui était peu nom* breuse, rejetée dans les montagnes. La conquête ainsi accomphe, une portion de Tarmée anglaise fut établie dans rUe comme garnison; douze bâtiments de la flotte, mis sous les ordres du vice-amiral Goodson, formèrent une station sur la côte ; et, vers la fin du mois de juin, à peu de jours de distance Tun de l'autre, Penn et Venables repartirent pour l'Angleterre où ils arrivèrent l'un le 31 août, l'autre le 9 septembre, précédés par de longues apologies et très-inquiets de l'accueil que leur ferait le Protecteur*.
Cromwell les fit mettre l'un et l'autre à la Tour en annonçant une enquête sévère et leur procès. L'issue de
» Thurloe, State-Papers, t. III, p. 249-252, 411, 504-508, 509, 545, 646, 680, 755 ;—McmonaZs of str WfHtam Penn, t. II, p. 30-132;— Harleian Tracts, t. III, p. 510-523 ; — Godwin, HisL oftheCommônwealth, t. IV, p. 189-203.
LA JAMAÏQUE (9 mai 1655 . 335
leur entreprise était pour lui un amer mécompte^ car il se voyait engagé dans la guerre avec l'Espagne^ et il y débutait par un échec^ au lieu du succès qu'il s'était promis. U le ressentit vivement. Ses ennemis ne dissimulaient pas leur joie; parmi ses conseillers^ la plupart s'empressaient de dire qu'ils avaient désapprouvé l'expédition ; l'interrogatoire de Penn et de Venables devant le conseil d'État ne permit pas de douter que ces chefs, que Cromwell avait choisis, n'eussent été inhabiles, et que les mesures d'exécution, qu'il avait confiées à son beau-frère Desborough, n^eusscnt manqué de précision. Â mesure que de nouveaux détails arrivaient, Cromwell s'enfermait pour les lire seul, ne se décidant qu'avec peine à en parler, même à ses intimes affidés. Sa santé parut un moment ébranlée : a Ces mauvais succès, » écrivait Bordeaux à Brienne \ a sont la principale cause « des indispositions de M. le Protecteur; si le médecin m qui m'avait autrefois parlé assez fidèlement de ses a maladies est aujourd'hui aussi sincère, il assure, cona tre le bruit pubUc qui le fait tourmenté de la pierre, a que c'est seulement une colique biUeuse, avec trans- « port au cerveau de cette même humeur, et que sou- « vent le chagrin le persécute plus que l'une et l'autre, a son esprit n'étant pas encore accoutumé aux dis^ « grâces.» Mais cette agitation intérieure et ces menaces de rigueur envers les chefs de l'expédition durèrent peu; Cromwell était prompt à se relever des impressions
* Le 21 octobre l^^y^^^, Arrhiren H es Affaires étrangères de France,