‹ Histoire de la révolution d'AngleterreChapitre 75 sur 150 · RUPTURE ENTRE CROMWELL · texte numérisé non relu

RUPTURE ENTRE CROMWELL

tristesj disposé à voir le bon côté des» choses et facile envers ses serviteurs. On étouffa les récits fâcheux venus de la flotte ou de Farmée ; on célébra Timpor* tance de la Jamaïque^ la troisième des Antilles. Des mesures furent prises avec éclat pour en exploiter la fertilité et en régler Vadministration. Il fut même question d'y envoyer Lambert comme gouverneur, sans doute pour rehausser la conquête plutôt que dans Tes^ poir qu'il y consentît. Les chagrins du passé disparurent devant les soins de Tavenir. On commença, dans les ports, les préparatifs d'une nouvelle expédition aux Indes occidentales, et après quelques semaines de détention et d'enquête, Penn et Venables sortirent de la Tour, disgraciés, mais non poursuivis*.

L'Espagne et la France, Cardenas et Bordeaux aidé* rent Cromwell à oublier , dans l'entraînement des affaires, son déplaisir. En annonçant à sa cour le mauvais succès de l'expédition de Saint-Domingue, Cardeôas s'exprimait sur le Protecteur dans les termes les plus durs, qualifiant cet acte de «méchanceté infâme et perce fldie abominable; » mais en même temps, possédé sans doute du désir de rester ambassadeur à Londres, il essayait d'empêcher qu'on n'en vînt à une guerre ouverte, et même de renouer, entre l'Espagne et l'Angleterre, des négociations d'alliance, a car ce serait , » disait*

* Le 25 octobre 1665 ;—Thurloe, Siate-Pa^ers, t. IV, p. l, dt 21- 22, 28, 38, 177;— MemoriaZs ofsvr William Penn, t. lî, p. 134-142;— Don Alonzo de Cardenas à Philippe IV {BO décembre 1655); Archives de Simanca^.

ET L'KSPAGNE (octobrb J«&5]. 887

il, « un grand avantage pour Votre Majesté, que ces dif- « férends s'accommodassent dès leur principe, et que le a Protecteur renonçât à ses mauvais desseins *. d Bordeaux, de son côté, s'empressa de faire dire aux commissaires avec qui il négociait a que le roi son maître a était toi^ours dans les mêmes sentiments, et que, ai • le Protecteur lui en faisait les ouvertures, il trou- « verait une entière correspondance Vu La cour de Madrid fut plus digne que son ambassadeur : en apprenant ce qui s'était passé à Saint-Domingue, elle donna le titre de marquis et cinq mille ducats de pension au gouverneur de t'fle, mit un embargo général sur les navires et les biens des négociants anglais en Espagne, fit jeter en prison plusieurs d'entre eux, el envoya à CardeOas l'ordre de demander son audience de congé et de quitter Londies *. Mazarin et Brienne aussi turent un peu moins empressés que Bordeaux, et parurent disposés à croire qu'après l'éciiec que le Protecteur venait de sulàr, on pouvait traiter avec lui à meilleur marché *. Mais Cromf^ell démêla sans peine, à travers ces marques d'tiostililé et ces velléités d'tiésitation, que

' CardiHai au roi Philippe IV (]ea 12 août, 0 septembre et 4 o^ tobre 1655) ; Archives de Sitaancai.

• Bordeaux à Brienne (30 seplembre 1655); Archives des Affair êtrang, dt France.

nS TRAITÉ DE PAIX ENTRE CROMWELL

la cour d'Espagne avait peur et la cour de France besoin de lui ; avec Bordeaux il fut fier, et roide avec Cardefias : « On vient de me mander^ » écrit le premier à Brienne, « que le Conseil avait jugé que ce serait agir « avec bassesse si , après la disgrâce arrivée aux Indes, a Ton me venait rechercher de la paix ; que mainte- « nant, ne restant plus d'obstacle à notre traité, c'était « à moi d'en proposer la signature , si mes ordres « n'étaient point changés *. » Bordeaux demanda, en effet, à signer; et dès que Cromwell l'y sut pleinement décidé, il fit envoyer à Cardefias ses passe-ports, avec Tordre de sortir d'Angleterre dans quatre jours, sur une frégate mise à sa disposition *. Cardefias s'embarqua à Douvres, et le même jour, 24 octobre 1655, le traité de paix et de commerce entre la France et l'Angleterre fut enfin signé à Londres : « Notre conférence, » écrivit le lendemain Bordeaux à Brienne, « finit par des souhaits a mutuels que le traité pût rétablir à jamais une véri- « table amitié entre les deux nations; s'il a perdu sa c( grâce par la longue attente, il semble que la rupture a avec l'Espagne lui doive donner de nouveaux agré- (( ments s. » Le 28 novembre suivant, le traité avec la France et la déclaration de guerre à l'Espagne furent

1 Bordeaux à Brienne (30 sept. 1655).

* Cardehas au roi Philippe IV (Douvres, 8 novembre 1655) ; Archives de Simancas.

* Bordeaux: à Brienne (4nov. 1655); Archives des Aff. étrang. de France. {Documents historiques ^ n° XX.)

ET LA FRANCE (-24 octobkk 1055). 2i9

solennellement proclamés dans les rues de Londres ^ Environ six semaines après ^ Bordeaux prit congé du Protecteiu" pour aller passer quelques mois à Paris • ; Cromwell compléta les rapports officiels des deux États en nonmiant son neveu par alliance, sir William Lockhart, son ambassadeur auprès de Louis XIV ; et quelques mois plus tard, pour ôter, par la fidèle exécution du traité, tout prétexte à la méfiance, Tagent du prince de Condé, Barrière, fut invité à quitter TAngleterre, et on lui refusa une frégate qu'il avait demandée pour s'embarquer avec quelque éclat *.

Dès qu'on apprit que la rupture entre Cromwell et la cour de Madrid était consommée, tous les ennemis du Protecteur, royalistes et républicains, en Angleterre et sur le continent, se mirent en mouvement pour exploiter les chances que leur offrait cette nouvelle situation. Depuis son retour à Cologne, après le mauvais succès de l'insurrection tentée et abandonnée par son favori Rochester, Charles II vivait là pauvre, oisif et découragé, sollicitant sans cesse les secours de tous les souverains, et du pape lui-même, engageant tour à tour avec indifférence, en public aux protestants, en secret aux catholiques , sa foi et son pouvoir futur, et licencieusement adonné à ses plaisirs et à ses maîtresses, à

1 Cromwelîiana, p. 154;— Ihurloe, State-Papers, t. IV, p. 215.

« Thurloe, State-Papers. t. IV, p. 146.

» Le 30 décembre 1655.

* Thurloe, State-Papers, t. IV, p. 7r»7. %

aao LA couK d'espaunk s'allie

qui ses hontièleB conseillers, Hyde et Ormoud, avaient grand'peine à l'enlever une fois par semaine pour l'occuper de ses affaires. Il les reprit pourtant un peu à cœiu- quand il put espérer que l'Espagne, brouillée avec Cromwell, lui prêterait enfin quelque appui ; sur l'avis de quelques-uns de ses partisans, il se rendit, sans suite, près de Bruxelles pour s'entretenir à ce sujet avec l'archiduc Léopold et le comte de Fuensaldagna, qui n'avaient pas encore remis à don Juan d'Autriche et au marquis de Carracena te gouvernement des Pays-Bas espagnols. En même temps arrivait aussi en Flandre le plus acharné peut-être des ennemis de Cromwell, le colonel Sexby, républicain hardi, haineux et infatigable, qui, depuis un an, allait et venait incessamment de Londres à Bruxelles, de Bruxelles à Madrid, de Madrid à Paris, offrant partout ses services contre le Protecteur, et cherchant partout des compUces de conspiration, d'insurrection, de guerre et d'assassinat. 11 avait, l'un des premiers, donné avis au gouvernement espagnol de l'expédition anglaitie contre Saint-Domingue, ce qui lui avait valu à Madrid un peu de crédit et d'argent; il venait de Londres, où il était allé renouer les fils de son étemel complot, échappant à toutes les recherches de la police de Cromwell, qui s'était siûsie d'une portion de son argent, mais n'avait pu atteindre sa personne. Don Alonzo de Cardefias, qui résidait à Bruxelles depuis sa sortie d'ambassade, et qui croyait les républicains bien plus forts en Angleterre que les royalistes, connaissait Sexby et était entré dans ses intrigues. On pressa

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