AVEC CHARLES II
Charles II de le voir; ses plus graves conseillers^ qui étaient venus le rejoindre^ en furent d'avis^ et les deux proscrits se virent en effet à Bruges^ où ils traitèrent ensemble de leurs affaires. D*accord^ en apparence du moins^ sur le but^ ils différaient beaucoup sur la façon d'agir pour l'atteindre : Sexby demandait que le roi gardât le silence^ se produisit peu et se bornât à seconder sous main les conspirateurs républicains qui se ctiargeraient d'exciter en Angleterre une insurrection, de se saisir d'un port, et d'ouvrir alors, s'il le fallait, à une armée de royalistes et d'Espagnols , l'entréa du pays. Charles et ses conseillers avaient peu de foi dans les promesses de Sexliy et peu de penchant à livrer aux républicains la fortune royale. Mais, entre proscrits et conspirateurs, les nécessités et les haines communes font taire toutes les objections et couvrent tous les mensonges; le roi et le niveleur s'unirent et agirent de concert, à Bruxelles et à Madrid, pour obtenir de l^spagne un appui efficace, en Angleterre pour préparer un grand soulèvement *.
La cour d'Espagne acceptait ces alliés, mais avec hésitation et lenteur; elle ne s'était décidée qu'avec regret, et à la dernière extrémité, à la guerre contre Cromwell; il lui répugnait de s'y engager très-avant et sans retour.
» Clarendon, Hiit of theReheUion, 1. xv, c. 18-22, 133,271, 'iSli—State-Papers, t. III, p. 159, 170, 180 ;— Thurlbe, State-Papers, t. V, p. 37, 100, 169, 178, 319, 349 ; t. VI, p. 829-833 ; t. VII, p. 325; — Carte, Ormond's Letters , t. II, p. 85-103 ; — Cardefias à Philippe IF (23 décembre 1655), Archives de Simancas.
'23-2 LA COUK D'KSPAGXE S'ALLIE
Elle manquait d'argent , même pour commencer. Ses ministres dans les Pays-Bas ne permirent pas à Charles II de s'établir à Bruxelles ni à Anvers ; ils auraient voulu qu'il retournât à Cologne, et il n'obtint qu'à grand'peine l'autorisation de résider modestement à Bruges. A chaque pas dans la négociation, il fallait attendre les ordres de Madrid, et de Madrid venait toujours l'ordre d'éviter la précipitation et la publicité ; on promettait à Charles de le soutenir, mais non de l'avouer. Comme Sexby, les Espagnols lui demandaient de s'effacer et de leur donner ses amis, non pas son drapeau. Charles, au conkaire, était convaincu que, pour le succès comme pour sa dignité, l'amitié déclarée et les démonstrations publiques de la cour d'Espagne étaient indispensables; les royalistes d'Angleterre ne remueront pas, disait-il, tant qu'ils ne se verront pas fortement appuyés, tandis qu'ils éclateront de toutes parts> sur terre et sur mer, si le roi d'Espagne se proclame l'ami et l'allié de leur roi. Après des conférences et des correspondances prolongées, et malgré la résistance du conseil d'État de Madrid, un traité d'alliance fut enfin conclu, le|!l2 avril 4656, entre les deux rois; Philippe IV promit à Charles II un corps de 6000 hommes , et une pension annuelle de 10,500 livres sterling pour lui et pour son jeune frère, le duc de Glocester, qui vivait près de lui, à condition que, de son côté, Charles lèverait, parmi ses sujets, quatre régiments dont les colonels furent sur-le-champ désignés, qu'il rappellerait sous son drapeau les Irlandais engagés au service de la France, et qu'il opérerait,
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avec ces forces réunies^ un débarquement en Angleterre, dès que l'entreprise pourrait être tentée avec (fuelque chance de succès ^
Quoique ces promesses mutueUes ne s'exécutassent^ de part et d'autre^ qu'incomplètement et lentement^ Cromwell et Mazarin s'en inquiétèrent. C'était un fait grave, pour Cromwell, que l'un des grands souverains du continent, naguère si indifférent à la cause de Charles Stuart, fût devenu pour lui un allié déclaré et actif. Que servait au Protecteur d'avoir fait sortir dlrlande tant de soldats royalistes s'ils devaient être bientôt réunis en Flandre, autour du roi proscrit? Avec l'appui de TEspagne, leur embarquement était possible, et si, du dehors, une invasion avait lieu, au dedans, à coup sûr, une insurrection éclaterait. Mazarin, de son côté, désirait garder au service de la France les régiments irlandais, et les voyait avec un vif déplaisir près de se désorganiser, ou même de passer en masse dans les Pays-Bas espagnols, sur l'appel de leur roi. Un expédient s'offrit à l'esprit des deux rusés politiques qui pouvait les délivrer, en partie du moins, de leurs inquiétudes. Le frère de Charles II, le duc d'York, servait, depuis quatre ans, dans l'armée française ; il s'y était fait honneur par sa bravoure et son exactitude militaire; Turenne avait pour
i Clarendqn, Hist ofthe lUbeîl., 1. xv, c. 30-22;— Cardefla« à Philippe IV 125 mars, 29 juillet 1656) j^L'archiducLéopold à Philippe IV (8 avril 1656);^ Délibérations du conseil d'État d'Espagne (7 mai, 19 septembre, 16 décembre 1656) ; Archives de Simancas. [Documents historiques, n** XX T.)