‹ Histoire de la révolution d'AngleterreChapitre 82 sur 150 · ÉLECTION P'UN NOUVEAU · texte numérisé non relu

ÉLECTION P'UN NOUVEAU

vie, allumée et étouffée tour à tour ; il n'hésita point à engager, lui aussi, contre ses ennemis, un ardent combat ; en ordonnant des élections, il avait compté sur ses majors généraux; ils tenaient tout le pays sous leur pouvoir; ils avaient partout des soldats obéissants et des agents dévoués ou compromis. Des instructions pressantes leur furent envoyées. Les distributeurs de pamphlets furent arrêtés. Les principaux meneurs républicains, Bradshaw> Ludlow, Rich, Vane lui-même, eurent ordre de comparaître devant le conseil d'État; la lettre adressée à Vane, le 29 juiUet 1656, était conçue en termes rudes, sans aucune formule d'égards ni de politesse ; on se bornait à lui dire ; a Vous avez à coma paraître le 12 août prochain devant le conseil d'État. » C'était évidemment un parti pris de pousser, contre l'opposition, la guerre à outrance, et par tous les moyens*.

Vane, qui n'aimait pas le danger quoique, par conscience, il sût le braver, croyait s'être mis à l'abri de telles violences ; avant de publier son pamphlet, il en avait envoyé un exemplaire à Fleetwood, pour donner au Protecteur une marque de déférence dont, au besoin, il pût lui-même se prévaloir. Fleetwood le lui renvoya au bout d'un mois sans aucune observation, et probablement sans l'avoir communiqué à Cromwell auprès

i Tliurloe, State-Papers, t. V, p. 272, 342, 328, 349 ;— Godwin, Hist. of the Commonweallhj t. IV, p. 272 ; — Forster, Statesmen of he Commonwealthj t. III, p. ]71.

PARLEMENT (août 1656). 347

de qui il eût craint de se compromettre par cette.entremise. Vane fit alors paraître son ouvrage en indiquant^ dans un posi-scriptum, sans nommer Fleetwood, la précaution qu'il avait prise. Quand la sommation du Conseil lui arriva^ presque aussi surpris de Tacte que blessé de la forme brutale^ il répondit (jue * : a selon les 9 lois et les libertés de TAngleterre, personne ne poua vait être mandé devant le roi (quand il y avait un roi) c par un mouvement de bon plaisir et quand aucun a service spécial ne Ty obligeait; il réclamait le même a privilège. 11 ne refusait point de se conformer à Tordre a qu'il avait reçu^ et, sous peu de jours, il serait à a Londres, dans sa maison de Cbaring-Cross, à la dispoa sition du Conseil ; mais il ne pouvait s'y rendre im* « médiatement ; » et en attendant, il s'adonna avec ardeur à la lutte électorale et au soin de sa propre candidature, tentée sur trois i>oints à la fois*.

Des deux parts l'acbarnement fut extrême : Républicains, Anabaptistes, Niveleurs, Presbytériens, Royalistes, Cavaliers dissimulés, tous les opposants s'unirent contre le Protecteur : o Point de soldats, point de courtisans, point de salariés ! » c était leur cri de ralliement. Cromwell, de son côté, lança en tous sens ses employés et ses soldats, et se mit lui-même à l'œuvre; il entretenait avec ses majoi*s généraux, soit personnellement , soit

t Le 20 août 1656.

* Thurloe, State-Papers^ t. Y, p. 328;— Forster, iHatesmen of the Commonwealth, t. III, p. 170, 380.

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par Thurlœ, une correspondance assidue, leur adressant quelquefois, en son propre nom, des lettres qu'ils allaient lire dans les réunions électorales ou qu'ils faisaient colporter par leurs affidés. Promesses et menaces, faveurs et violences, l'un et l'autre parti, chacun selon sa situation et la nature de ses armes, usèrent de tout pour s'assurer le succès : « Cony sera élu à Douvres si « sa personne n'est pas mise à l'écart, » écrivait le major général Kelsey à Thurloe*, et probablement Cony était mis en lieu de sûreté, car ce fut Kelsey lui-même qui fut élu. Les emportements populaires répondaient aux coups du pouvoir; dans plusieurs lieux, les élections s'accomplirent au milieu d'émeutes qui devenaient bientôt de vrais combats ; à Westminster, deux hommes furent tués et beaucoup d'autres blessés; à Brentford, les Anabaptistes, pour faire réussir leur candidat, battirent et chassèrent les magistrats qui présidaient à l'élection ; leurs adversaires se rallièrent au cri : « Point d'Anabaptistes ! » et la mêlée devint si violente que les soldats, reprenant leur rôle légitime, ne s'employèrent plus qu'à disperser les combattants. « Là où paraissent « nos honnêtes soldats, on fait un Choix raisonnable, » écrivait de Londres un des agents du Protecteur*; <f mais plus on s'éloigne de Londres, plus c'est maucr vais; et même au milieu de nous, sous notre nez, les ce malveillants sont si hardis et si ingrats qu'ils crient :

* Le 13 août 1656.

« Le 2-2 août 1656.

l'AKLEMENT jAOïr 16:>6\ ÎID

« Point de soldats, |)oiat de courtisans ! » Pour décrier la coalition des Républicains et des Cavaliers, pour réchauffer contre eux les passions révolutionnaires, Crotnwell fit publier sur le compte des Stuart les bruits les plus injurieux : « Charles, » disai(-on, » était un prince a maladif, paresseux, sans énei^e, et son frère, le duc < d'York , un papiste. > On alla plus loin : l'une des niattrefises de Charles 11, Lucy Wallers, mère de l'enfant qui fut plus tard le duc de Honmouth, était venue en Angleterre et y avait élé arrêtée et mise à la Tour; Cromwell la Ût relâcher en publiant son histoire ainsi que le texte du brevet d'une pension de 'iOOO livi-es que Charles lui avait donnée; et les journaux du Protecteur ajoutaient au récit de ces faits : « Ainsi les per- « sonnes qui soupirent après Charles Stuart voient « qu'elles sont déjà pourvues d'un héritier, et qu'elles 0 ont pour maître un prince charitable qui dispose des « contributions qu'elles recueillent, à son profit, en ■ Angleterre, pour l'entretien de ses concubines et de s ses bâtards', n

Le succès ne répondit pas, pour le Protecteur, à tant d'efforts ; ses majors généraux et ses principaux partisans furent élus ; parmi les chefs républicains, Vane et Bradshaw échouèrent ; Ludlow et Hutchinson se tinrent à l'écart; la majorité appartenait au gouvernement;

I Thurloe, Sfnff-pBpn-jt, l. V. p. S90,.1<B, 308, 304.308, 313, 31;(, 337, 341, 3J9, 35a. 356, 370i— Healh, Chronich, p. 70« :~Bates. Blenchni mofuitm, elc, part. II, p. S15:—Crain'relliana. p. 1,57; — Whitelocke, p. 6J9.

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