‹ Histoire de la révolution d'AngleterreChapitre 83 sur 150 · VANE DEVANT · texte numérisé non relu

VANE DEVANT

mais plus de cent ennemis déclarés^ et dans ce nombre quelques-uns des plus intraitables^ Haslerig, Scott^ Bond^ Robinson^ avaient réussi dans leur candidature; et quand la lutte fut terminée^ Tun des plus confiants parmi les majors généraux, Goffe écrivait à Thurloe* : a On peut dire, j'espère, que les élections ne sont ni a aussi bonnes que nou^ l'aurions désire, ni ^ussi mau- « vaises que l'auraient voulu nos ennemie*.

Quelques jours après ce résultat, le 2] août 1656, Vane comparut devant le Conseil, avoua hautement son pamphlet, remit ^ Cromwell un autre écrit où il renouvelait ^e^ Qvis avec ses protestations, et sommé de s'engager, sous peine d'emprisonnement, à ne rien entreprendre contre le gouvernement du Protecteur, il s'y refusa formellement : a Je ne puis rien faire, n dit^il, « qui a mette en question la bonté de la cause pour laquelle a je souffre ; vous marchez sur les traces du feu roi qui, « pour rendre la monarchie absolue, ne savait rien de « mieux que de jeter dans la disgrâce les amis des lois « et des libertés du pays. Il est déplorable que ces a funestes maximes soient ressuscitées et pratiquées par « des hommes qui font profession de sainteté. » Cromwell attendit encore quinze jours avant d'exécuter la menace adressée à Vane ; les rigueurs après coup lui répugnaient, comm^ plus irritantes que nécessaires; il

* Le 29 août 1656.

« Thurloe, State-Papers, t. V, p. 341, 365, 299, 313, 296. 349 j— Parliam. HisU, t. XXI, p. 3-23.

LE CONSEIL D'ÉTAT ^aout 1650). 251

laissa en repos Ludlow et Bradshaw qui lui avaient également résisté. Le 9 septembre pourtant^ Vane fut arrêté et envoyé dans Tile de Wight^ au chfiteau de Carisbrook^ dans la même prison où le Long Parlement avait retenu Charles 1«'; et le gouverneur eut ordre de ne le laisser parler à personne qu'en présence d'un officier. Le colonel Ricli et le général Harrison^ qui s'étaient aussi refusés à tout engagement^ furent pareillement mis en ])rison^ Tun à Windsor^ l'autre au château de Pendennis^ dans le comté de Cornouailles ; douze royalistes, connus par leur zèle actif, furent envoyés à la Tour ; et le 17 septembre, après avoir ainsi frapi)é quelques coups |)our se montrer sûr de la victoire, Cromwell réunit le Parlement*.

Il ouvrit la session {mr un discours qui dura près de trois heures, le plus long, et aussi le plus embarrassé et le plus violent qu'il ait prononcé. 11 était enil)arrassé et des choses qu'il avait à dire et de celles qu'il voulait taire: deux motifs l'avaient décidé à convoquer un Parlement; la nécessité d'avoir de l'argent pour la guerre d'Espagne et Tospoir de se faire roi; cette nécessité, toujours importune à ceux qui gouvernent, lui déplaisait à proclamer, et il n'avait garde de laisser percer son espoir. 11 étala, avec la rudesse révolutionnaire, les dangers qui menaçaient l'Angleterre : a Vous êtes en guerre ce avec l'Espagne ; nous vous avons engagés dans cette

^ Thurloe, State-Papers, t. V, p. 349, 407, 430 ;— Ludlow, Afemoire*, t. II, p. 339, 348, dans ma CoUection; — Godwin, Hw*. of the Commofiwealth, t. IV, p. 276-277.

« guerre, par nécessité, motif de justification, pour'les « actions des hommes, qui est au-dessus de toutes les « lois écrites.... L'Espagnol est votre grand ennemi, <c votre ennemi naturel et providentiel, car c'est le « papisme lui-même.... Il n'y a pas moyen d'obtenir « de l'Espagne satisfaction ni sécurité.... Nous ne lui (c avons demandé, pour nos marchands, que la liberté a de garder leur Bible dans leur poche et de pratiquer (c leur foi; mais il n'y a point de liberté de conscience « à attendre de l'Espagnol.... Son dessein (les Fran- « çais et tous les protestants d'Allemagne le savent a bien), c'est d'envahir la domination de tout le monde « chrétien, si ce n'est plus; et à ce dessein, il vous « regarde, vous, cette nation-ci, comme le plus grand « obstacle.... Si vous faites la paix avec un État part piste, vous êtes lié et il ne l'est pas, car la paix ne « dure qu'autant que le pape dit amen. Nous n'avons (C rien à démêler maintenant avec aucun État papiste, « si ce n'est la France, et il est certain que les Français « ne se croient pas aussi absolument assujettis au pape; « ils se tiennent pour libres de se conduire honnête- « ment envers les nations qui traitent avec eux, et ils c( peuvent répondre sans embarras à ce que nous leur « demandons raisonnablement.... L'Espagne, là est « la racine de votre péril; c'est là la puissance qui « soulève contre vous tous vos ennemis. Elle vient « d'épouser la cause contre laquelle vous luttez depuis « si longtemps, la cause de Charles Stuart.... Elle a « levé pour lui sept ou huit mille hommes qui sont

EN OrVRANT LK PAKKKMKNT ,17 sKir*MBRE 1656.. â'^i

« maintenant on quartiers à Bruges^ et don Juan d'Au-

« triche a promis cpril en ajouterait bientôt quatre ou

« cinq mille.... L'Espagnol a des alliés jusque dans

« vos entrailles ; depuis que je suis au monde^ j'entends

a dire que les [tapistes anglais sont espagnolisés ; ce n'est

« pas la France^ c'est TEsiKigne qui est leur patron....

tf Pouvons-nous méconnaître que les Cavaliers sont en

« intimité avec les papistes dans toute l'Angleterre?

« Vous dites que c'est indigne, antichrélien, anti-

« anglais; vous avez raison; mais cela ^ous montre

« quel est votre péril et d'où il vient.... il y a encore^

« dans cette nation, une race d'hommes divisés en

« toute sorte de sectes, qui ne crient que piété, justice

« et liberté, et qui tendent la maiti à l'écume et à la

«f fange du juiys. A ce parti niveleur se sont unis

« naguère des hommes qui portent un plus beau nom,

a le nom de républicains, auquel peut-être ils ont peu

« de droit. Il est étrange que des liommcs riclies et

« considérés se joignent a de telles gens; mais c'est le

«r fait.... Ne méprisiez pas ces ennemis; ils sont assez

« nombreux; ils ont soulevé la dernière insurrection....

« Ils avaient projeté de m'assassiner; je ne vous parle

cr pas de cela comme d'un fait de grande importance

« pour vous ni pour moi-même; ils auraient à couper

« un nombre de gorges au delà de tout calcul pour

a accomplir leur dessein; mais tel quel, le fait est avéré ;

« il y a eu des hommes traduits en justice et condam-

« nés à raison de ceci, et sur de bonnes preuves.... Un

« officier;, qui se trouvait de garde, devait aussi me

a saisir dans mon lit.... H y avait cent autres projets a insensés^ comme de placer des sacs de poudre sous la a chambre où j 'étais et de la faire sauter. . . . Les meneurs « de tout cela, ce sont vos anciens ennemis, les Papistes a et les Cavaliers.... Ils ont pris à leur service un miséarable, un apostat de toute religion et dé toute (c honnêteté, jadis colonel dans Tarmée, et ils l'ont « envoyé à Madrid pour s'entendre avec le roi d^Esa pagne, à cette fin de faire débarquer ici des troupes a pour envahir cette nation.... Quand j'ai vu tous ces « desseins, quand j'ai reconnu que les Cavaliers ne a voulaient pas se tenir en paix (« Il n'y a point de paix a pour les méchants, » dit le prophète Isaïe), j'ai eu une a pauvre petite invention qu'on a beaucoup blâmée, à « ce que j'entends dire ; j'ai institué vos majors gérié- « raux pour surveiller un peu ce peuple de mécontents « si divisés, si agités, et les menées du parti papiste.... « Si jamais il y a eu une mesure justifiable au nom de « la nécessité et honnête de tous points, c'est celle- « là.... et je jouerais ma vie pour la soutenir, autant a que dans aucune autre chose que j'aie jamais entre- « prise.... Les majors généraux se sont conduits en « gens d'honneur et de foi, accoutumés à verser leur « sang pour la bonne cause.... Et vraiment chaque « jour de plus que l'Angleterre voit ajouter à son repos, « c'est à eux qu'elle le doit. »

Cromwell entrait là dans un pas difficile; au lieu de s'appuyer, comme il l'avait fait d'abord, sur les vieilles passions révolutionnaires, il se heurtait contre des pré-

EN OUVRANT LE PARLEMENT (17 septeubrk 1656). 255

ventions récentes et rives; la tyrannie des majors géné« raux avait frappé tous les reganls et choqué ceux-là même qui n'en avaient pas souffert. Cromwell lui-même le sentait^ et après avoir hautement avoué la mesure^ il ne s'arrêta pas longtemps à en parler. Mais le sujet auQuel il passa n'était pas meilleur; il avait étalé les maux; il fallait montrer les remèdes; il né pouvait nommer celui auquel il visait^ et qu'il croyait seul efDcace^ le rétablissement^ à son profit^ de la monarchie^ avec ses grandes conditions de force^ d'ordre et de stabilité. 11 demanda de Targent pour la guerre^ l'appui dévoué du Parlement (lour son pouvoir^ la réforme des lois et des mœurs. Mais c'étaient là des nécessités prévues^ ou des paroles banales et sans vertu. Il termina son discours par une paraphrase du psaume 85% élan d'actions de grâces du roi David qui se promet que le Dieu fort pardonnera tout à son peuple^ le ramènera de tous ses égarements et le sauvera de tous ses périls. Hais rien n^indique que cette péroraison de Cromwell ait fait sur ses auditeurs l'imprassion que sans doute il en attendait; il commençait à abuser des cordes que^ pen* dant longtemps^ il avait si puissamment touchées^ la peur de l'anarchie et la piété ^

Au sortir de la Chambre peinte^ Cromwell retourna à Whitehall et les membres du Parlement à la salle de leurs séances : ils trouvèrent à la porte des gardes qui^ pour les laisser entrer^ demandèrent à cliacim d'eux

* Carlyle, CronMcelVt Letters and Speeches, t. Il, p. 415-469.

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