TRAVAIL DE CROMW£LL
On assurait que^ si certains officiers étaient contraires à cette transformation^ bien naturelle^ du Protecteur^ les soldats en général l'approuvaient et lui seraient fidèles. <x Nous avons besoin d'un roi^ nous voulons un roi^ » disait-on tout haut^ a milord Protecteur n'osera pas s'y « refuser ; » et quand Waller célébra la victoire de la flotte anglaise devant Cadix et l'arrivée des trésors de l'Espagne^ ce n'était pas par un simple mouvement poétique^ ni en flatteur isolé qu'il disait : « 11 n'y a sur tf sa tète conquérante plus de place pour des lauriers; « qu'on fasse donc ce que toute la nation demande; (( que^ sans plus tarder^ le riche métal soit fondu pour a lui faire une couronne, et que revêtu d'hermine et de a pourpre et un sceptre d'or espagnol à la main, il fixe « enfin le sort de l'État \ »
Plus ce mouvement d'opinion semblait se prononcer et pouvait faire croire à Cromwell qu'il approchait de son but, moins il en parlait : il était de ceux qui, dans les circonstances décisives, préludent à l'action par le silence. Il savait bien d'ailleurs que rien n'était possible tant qu'il n'aurait pas un Parlement qui se chargeât de lui imposer la couronne. Mais, vers la fin de 1656, quand la nouvelle assemblée qu'il venait de faire élire eut accepté sa propre mutilation, Cromwell crut le jour venu ; il se !>entait enfin en possession d'un Parlement hardiment
1 Burton, Diary, t. I, p. cxli, 384: t. II, p. 2, 141, 22U;— VKa/lers Works, dans la Collection Works of English Poets, t. VIII, p. 03.