‹ Histoire de la révolution d'AngleterreChapitre 92 sur 150 · DANS L'AFFAIRE DE NAYLEK · texte numérisé non relu

DANS L'AFFAIRE DE NAYLEK

juridiction qu'elle s'était arrogée : elle se borna, pour toute réponse, à repousser la proposition qui lui fut faite d'ajourner l'exécution encore incomplète de la sentence^ qu'elle avait rendue contre Nayler, et le lendemain même, la portion du châtiment qui était restée en retard lui fut en effet infligée. Peu importait à Cromwell: il avait mis en lumière les vices de la constitution républicaine, et à la charge du Parlement seul la plus flagrante de ces violations de la loi qu'il avait lui-même si souvent commises; et en même temps, sans faire aux sectaires effrénés aucune avance compromettante, il s'était lavé, à leurs yeux, des rigueurs que l'un d'entre eux venait de subir.

Après le Parlement, ce fut l'armée, ceux-là dix moins, entre les chefs de l'armée, dont il redoutait le mauvais vouloir ou le crédit, qu'il s'appliqua à abaisser et à compromettre. Sous prétexte de pourvoir aux frais de la milice, Desborough proposa' un bill pour continuer, sur les anciens royahstes seuls, cette taxe du dixième de leur revenu qui, l'année précédente, avait été affectée à cette destination : on amnistiait par là les majors généraux qui, chacun dans son district, avaient arbitrairement imposé cette taxe; et on sanctionnait à la fois la taxe et l'autorité mUitaire qui l'avait déjà perçue. Tout portait à croire que ce bill était proposé de l'aveu de

* Le 27 décembre 1656; — Journals of the House of commons, t. VII, p. 476 ;— Burton, Diary,i. I, p. 260-264.

' Le 25 décembre 1656.

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Cromwell de qui seul les msgors généraux ayaient reçu^ en 1655^ leurs instructions; à la première motion du bill dans la Chambre, Tburloe lui-même Fappnya for^ mellement; mais^ au grand étonnement de tous, quand le débat s^engagea, l'un des gendres du Protecteur, kund Claypole se leya le premier et dit : g Ce hill consiste en « deux parties : la continuation de la taxe du dixième « sur les Cavaliers et un acte d'amnistie pour les auto* a rites qui l'ont d'abord établie. Je ne comfffends pas a comment la première partie peut être adoptée, à « moins que \ous ne violiez vous-même Tamnistie ff accordée aux partisans du feu roi. Vous avez par-* (( donné leur offense ; vous ne pouvez les frapper de a nouveau par une mesure rétrospective. Voudriez- • vous substituer cette charge sur leur postérité et K punir les enfants pour la faute de leurs pères? J'apr « prouve la seconde partie de la motion, Tacte d'amnis* « tie pour les autorités qui. Tan dernier, ont perçu la a taxe-; mais j'espère qu'on y pourvoira par un bill « spécial. Je ne fais que lever le gibier^ et j'en laisse la K poiursuite à ceux qui s'y entendent mieux que moî^ « Mon avis est que ce bill doit être rejeté ^ &

La colère des majors généraux fut vivç; ils se voyaient trahis par )e maître même de qui ils tenaient leur mission^ et il les livrait à la haine qu'avaient soute*

1 Journals ofthe Bouse ofcomm., t. Vîl, p. 475;*-Sarton, ÎHaryi 1. 1, p. 230-243, 310;— Thurloe, State'Pa'p&ri, t. V, p. 786;— ^arKam. Hist., t. XXI, p. 48-53.

SUR LES MAJOH^ GÉNÉRAUX (décembre 1656,. 279

vée contre eux led mestires qu'il leur avait commandée^f. Latnbert> Desborcrugh^ Whalley, Butler et leurs amis soutinrent ardemfnent le bill. Encouragés par Yexeaiple de Claypole, les jurisconsultes et le* courtisans persistèrent à l'attaquer. Le débat détint tioleut et personnel. Un jour^ le tnajor général Butler ayant parlé des Cataliers avec rudesse, Harry Cromtrell, cousin dti Protecteur, dit en lui répondant 5 « Quelques-iins de Ce» « messieurs pensent et disent que, parce (|ac riiieiqtïcs- « uns des Cataliers ont commis des fautes, il est juste «r que tous soient punis: 11 suivrait de là que, parce que cr quelques-uns des majors généraux ont commis des a fautes, ce que j'offre de protrver, tous mérifcraienf « d'être punis. » Les majors généraux se soulevèrent; Fun d'eux, Kelsey, demanda que Harry Cromwell fût tenu de nommer ceux qu^il avait voulu Inculper i a Je suis prêt, » dit ftarry, «je demande à la Chambre « la permission de les nommer, ef je m'engage à prôu- « ver qu'ils ont fait des choses^ insoutenables. » ta Chambre était en feu; « mois ce feu fut étetof, » dit ie membre même qui raconte llncidcnt, « par les jfraveé « porteurs d'eau toujours prêts en pâreiï cas. » En sortant de la séance, quelques amis des majors généraux menacèrent Harry Crômwell de là colère du Protecteur; Harry alla le soir même a Whifehaïl, et y répéta ce qu'il avait dit à la Chambre, ajoutant qu'il apportait les papiers par lesquels il était prêt à le prouver. Cromwell prit la chose en |daisanterie , et ôtant de ses épaules un riche manteau écarlate qu'il portait ce jour+à, H le

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donna^ ainsi que ses gants^ à Harry, « qui est ^enu (( aujourd'liui même^ » dit le narrateur, « se pavaner à <c la Chambre avec ses gants et son manteau nouveaux, « à la grande joie des uns et au grand trouble des « autres. Ce fut un charmant tour de Son Altesse*. »

Cromwell avait ses fantaisies et ses entraînements; gai quelquefois et moqueur avec plus de vene que de bon goût, il prenait presque autant de plaisir à jouer ses adversaires qu'à les vaincre, et il fut, à coup sûr, ce jour-là, amusé de leur surprise et de leur courroux à se voir ainsi bravés et dupés. Il prévoyait l'opposition de quelques-uns des majors généraux à son espérance, et il tenait plus à les décrier qu'il ne se souciait de les irriter. C'était manquer à sa prudence accoutumée, car il ne croyait pas pouvoir se faire roi sans l'aveu de la plupart, et des principaux parmi ses anciens compagnons ; mais une seule idée le préoccupait en ce moment; se placer à part et au-dessus du Parlement et de l'armée ; s'offrir au pays comme le seul refugç contre leurs excès, et fonder ainsi l'élan suprême de sa fortune sur la juste impopularité de ses propres instruments.

Pendant que ses amis se divisaient, ses ennemis lui vinrent en aide et lui firent faire un grand pas dans son dessein. Charles II, fixé à Bruges, rassemblait quelques compagnies de soldats, recevait de Madrid un peu d'argent, semblait enfin préparer une expédition pour

* Thurloe, State-Papers, t. VI, p. -20; — Burton , Diary, 1. 1 , p. 369; — Mark Noble, Memoirs of the ProtectoralHouse of Crom^ well, t. I, p. 67-73.

ET SINDEKCOMBE {t aux ma 1667)- i81

rentrer dans son royaume. Son allié, le républicain Sexby, revenu naguère en Flandre, après avoir passé plusieurs mois en Angleterre, ne demandait que mille hommes d'infanterie et cinq cents chevaux, et promettait qu'à peine débarqué dans le comté de Kent, il y ferait éclater une insurrection, républicaine d'abord contre Cromwell, mais qui deviendrait royaliste dès que Cromwell serait renversé. Pour renverser Cromwell, c'était sur l'assassinat que Sexby comptait; il avait laissé à Londres un de ses anciens compagnons de guerre et de complot, Miles Sindercombe, soldat hardi, républicain passionné, plutôt esprit fort que sectaire chrétien, et qui, avec quatre ou cinq complices, passait son temps à inventer des moyens et à épier des occasions de tuer le Protecteur. Sexby en partant avait remis à Sindercombe cinq cents livres sterling et devait lui en envoyer davantage; selon son propre dire, c'était Fancien ambassadeur d'Espagne à Londres, don Alonzo de Cardeâas, qui se concertait avec lui, à Bruxelles, pour ce grand coup et lui fournissait de l'argent * .

Le 19 janvier 1657, Thurloe se leva dans le Parlement et y révéla solennellement le. complot, annonçant que Sindercombe et deux de ses compUces étaient arrêtés, donnant des détails, lisant des dépositions, et faisant pressentir des périls encore obscurs et plus étendus, un

1 Clarendon, History of the Rebellioriy 1. xv, c. 133; State- Papers, t. III, p. 315, 321, 324, 327, 338;— Thurloe, State-Papers. t. IV, p. 1, 2, 33, 182, 560;— Godwin, Hist. of the Commonweallh, t. IV, p. 278, 333 et suivantes.

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