PROPOSITION FORMELLE
tf Chambre^» répondit Jephson, a je demande à être « libre d'acquitter ma conscience^ dût mon opinion « avoir le malheur de déplaire ; » et Cromwell, lui frappant sur Tépaule^ lui dit : Va-t'en ; tu n'es qu'un « fou.» — «On vit bientôt^» dit Ludlow, «de quelle 0 folie le colonel était possédé ; il obtint immédiatement (( une compagnie d'infanterie pour son fils^ étudiant à « Oxford, et un régiment de cavalerie pour lui-même*. » C'étaient là des préliminaires significatifs, mais vains ; on montrait le but sans y marcher. Cependant les incidents se pressaient ; le bill que Desborough avait proposé dans l'intérêt des majors généraux fut rejeté, et il devint clair que Cromwell se disposait à les laisser tomber; Sindercombe, condamné par le jury, s'empoisonna à la Tour, la veille du jour où devait avoir lieu son exécution; des soupçons sinistres s'élevèrent*. 11 fallait sortir de cette attente agitée qui menaçait de devenir funeste, si elle restait stérile. Une proposition décisive fut préparée; on demanda à Wliitelocke de la présenter au Parlement; il s'y refusa, promettant de l'appuyer quand elle serait faite' ; il était de ceux qui veulent que l'événement marche devant eux, aimant mieux avoir à répondre d'une complaisance un peu servile que d'une initiative un peu hardie. L'alderman, sir Christopher Pack, l'un des représentants de la Cité de Londres, s'en
* Ludlow, Mémoires, t. II, p. 356, dans ma Collection. « Le 13 féyner Hîbl\— S tate-Triah, t. V, col. 850, 851.
* Whitelocke, p. 656.
DE FAIRE CROMWELL ROI (23 février 1657;. 285
chargea. Le Protecteur l'avait naguère créé chevalier, et il avait, comme commissaire de TExcise, des comptes à rendre dont il était un peu embarrassé. Le 23 février 1657, dès que la Chambre fut réunie, il se leva, et montrant un long papier qu'il tenait à la main, il demanda la permission de le lire : « C'était, » dit-il, « quelque a chose qui tendait à étabUr définitivement le gouver- « nement de la nation, et à consolider la liberté et la « propriété. » L'orage éclata soudain, car personne ne se méprenait sur l'objet de la proposition ; les républicains, militaires et civils, s'opposèrent à la lecture, se récriant contre Tirrégularité de la forme, accablant Pack de questions et de reproches, poussant même la violence jusqu'à l'arracher de la place où il siégeait près de l'orateur, pour l'entraîner à la barre. Mais les partisans du Protecteur, les jurisconsultes surtout, soutinrent résolument la proposition et son auteur; la lecture, mise aux voix, fut ordonnée par cent quatorze suffrages contre cinquante-quatre; elle eut lieu immédiatement, et il fut décidé que le débat commencerait le lendemain K L'acte était intitulé : « Humble adresse et remontrance c( des chevaUers, citoyens et bourgeois, maintenant « réunis dans le Parlement de cette République, » et il rétabhssait la monarchie avec les deux Chambres, invitant le Protecteur à prendre le titre de roi, et à désigner lui-même son successeur.
* Joumals oftheH. ofcomm.. i. VII, p. 496 ; — Ludlow, Mémoires, t. II, p. 357-360, dans ma Collection.
i86 OPPOSITION DES OFFICIERS ET
Dès le lendemain 24 février, Tiiurloe écrivait à Monk,
en Ecosse : « Nous sommes tombés liier, au sein du Par-
« lement, dans un grand débat; l*un des aldermen,
a membre pour la Cité, a apporté un papier intitulé :
« Remontrance, etc., qui demande à milord Protecteur
« de prendre le pouvoir royal et de convoquer à Tave-
ft nir des Parlements composés de deux Chambres. »
Et après avoir expliqué à Monk les divers articles du
projet, Thurloe terminait en disant : « Je vous donne
a tous ces détails afin que vous soyez en mesure de
<K donner vous-même satisfaction aux personnes qui
a pourraient avoir des scrupules sur cette affaire. Je
« vous assure qu'elle vient du Parlement seul, et que
et Son Altesse ne savait rien des propositions avant
« qu'elles eussent été introduites dans la Chambre; et
a personne né sait si, dans le cas où elles y seraient
a adoptées. Son Altesse ne les rejettera pas. C'est ce
« qu'elle fera certainement si les intérêts des honnêtes
a gens et de la bonne cause n'y sont pas pleinement
a garantis. Il sera bon que vous vous teniez bien in-
« formé de l'attitude de l'armée qui est autour de vous,
a car des esprits inquiets prendront ce prétexte^ comme
a un autre, pour la jeter dans le mécontentement par « de faux rapports*. »
L'avertissement était opportun, car le 27 février, le
1 Cette lettre de Thurloe à Monk, à ma connaissance du moins, était restée jusqu'ici inédite ; je la dois à l'obligeance du docteur Travers Twisa qui l'a trouvée et a bien voulu la copier 'pour moi dans les manuscrits du château delJttlecott.