‹ Histoire de la révolution d'AngleterreChapitre 98 sur 150 · LE PARLEMENT PRESENTE · texte numérisé non relu

LE PARLEMENT PRESENTE

« des hommes incapables de Tivre en repos et de sup^ « porter un gouvernement quelconque. D ne faut pas « faire grand cas des appétits dépravés d'esprits si « malades^ et je suis si peu touché de leur mécontenc( tement que je regarde ce qui se passe comme une « occasion providentielle d'extirper ces épines^ qui « seront toujours si incommodes dans les flancs de « Son Altesse.... Que le Seigneur lui fasse la grâce de « voir combien il est plus sûr de s'appuyer sur des c( personnes considérables , accréditées ^ intègres et c( sages^ que sur des hommes qui ont laissé éclater toute « leur envie, et qui ne savent se soutenir eux-mêmes a qu'en perpétuant la confusion ! Quant à moi, en ceci « comme en toutes choses, je m'efforcerai de plus en « plus de soumettre ma volonté à la Providence de « celui entre les mains de qui je l'emets votre destinée a comme la mienne*. »

Remarquable exemple de tranquillité prudente de la part de deux hommes personnellement si intéressés dans la question en suspens, et qui s'en entretenaient dans la plus libre intimité!

Dès qu'elle toucha au terme de son travail, le 27 mars 1657, la Chambre nomma des commissaires chargés d'aller demander au Protecteur quel jour il voudrait lui donner audience pour qu'elle le lui présentât; et quatre jours après, le 31 mars, vers onze heures, Cromwell, entouré des principaux officiers de son gouvernement,

1 Thurloe, Stafe-Papers, t. VI, p. flM.

LA PETITION A CKOMWELL ,31 mars 1657). i93

reçut le Parlement à Whitehall^ dans cette même salle des Banquets que^ huit ans auparavant^ Charles I*' a\ait traversée entre deux haies de soldats pour aller à récbafaud : « A?ec le bon plaisir de Votre Altesse^ lui « dit Torateur de la Chambre^ j'ai reçu, du Parlement c( d'Angleterre^ d*Écosse et d'Irlande^ l'ordre de vous « présenter^ en son nom^ cette humble pétition. Je a nignore pas que je parle devant un grand personff nage^ dont le jugement supérieur sait écarter et dis- « siper tous discours inutiles^ comme le soleil dissipe « les vapeurs. Je ne suis qu'un serviteur et je n'ai point « à exprimer mes propres pensées, mais à déclarer ce « que le Parlement m'a commandé. Je ressemble à un « jardinier qui cueille des fleui^s dans le jardin de son « maître et en compose un bouquet; je n'offrirai à « Votre Altesse que ce que j ai recueilli dans le jardin du « Parlement. »

Widdrington fit, des dix-iiuit articles de la pétition, une analyse détaillée : le rétablissement de la royauté, et d'une seconde Chambre désignée sous le nom de Vautre Chambre y le mode d'élection ou de nomination des membres divers du Parlement ainsi formé, la fixation d'un revenu public permanent, la domination exclusive delà foi protestante avec quelque tolérance pour les sectes, telles en étaient les principales dispositions que Widdrington justifia sans goût, mais non sans art, par les autorités les plus hétérogènes, Abraham et Aristote, la Bible et la grande Charte, les dogmes chrétiens et les traditions légales de l'Angleterre : a J'en ai fini, dit-il.

au PREMIÈRE RÉPONSE DE CROMWELL

« des diverses pièces du gouyernement projeté par t notre pétition^ mais non de tous les articles; il en t reste encore un. Le Parlement a une si bonne opinion « de ce plan de gouvernement^ tel qu'il résulte de tous « les articles réunis^ que son humble désir est que vous « veuillez bien les accepter tous. Us sont liés de façon « à ne former qu'une seule chaîne ; c'est comme un d édiflce bien construit et bien cimenté; si une seule a pierre est retirée^ tout s'écroule. Le rejet d'un seul de a ces articles rend tous les autres incohérents et impra- « ticablés; ils sont tous les enfants d'une même mère^ « le Parlement ; nous espérons que Votre Altesse les « adoptera tous : Aut nihil aut lolum dabitK »

— « 11 faudrait vraiment que j'eusse un front d'airain^ « monsieur l'orateur^ » répondit Cromwell^ « si ce plan « de gouvernement^ qu'il a plu au Parlement de m'of- (c frir par vos mains, ne me jetait pas dans un trouble a d'esprit extrême : évidemment, le bien-être, la paix, a tout le trésor des intérêts de trois nations, et des plus « honnêtes gens du monde, sont engagés dans cet acte

fn si grand et si important. Cette seule considération a doit susciter en moi le plus profond sentiment de resn pect et de crainte dont aucun homme ait jamais été « saisi. J'ai passé ces dernières années dans le feu, si je (( puis ainsi dire, au milieu de nos troubles; quand je « rassemblerais dans un étroit espace, et de manière à (c les voir toutes à la fois, toutes les choses qui me sont

* Burton, Diari/, 1. 1, p. 397-413.

AU PARLEMENT (31 mars 1657). 295

a arrivées depuis que je suis entré dans les affaires de a cette République^ elles ne rempliraient pas> et^ c< selon moi, elles ne devinaient pas remplir mon cceur « et mon esprit de la crainte et du respect de Dieu qui « conviennent à un chrétien, autant que cette chose que a TOUS venez maintenant m'offrir. Si je vous commua niquais, à cet égard^ une résolution soudaine, sans i< chercher une réponse mise dans tnoii cœur et dans « ma bouche par celui qui a été jusqu'ici mon Dieu et « mon guide, cela vous donnerait bien peu de motifs a de confiance dans le choix que vous aves fait, car ma « résolution aurait alors toute l'apparence d'un appétit « de la chair ; et si vraiment elle provenait en moi d'une a telle source, l'issue de cette affaire, quelle qu'elle fût, « pourrait bien être une malédiction pour ces trois na- « tions, et pour vous qui, j'en suis convaincu, n'avez a eu dans tout ceci qu'une bonne intention et des vues a sincères et honnêtes pour la gloire de Dieu, le bien « de son peuple et les droits de la nation. Voyant donc a à quel point vous êtes avancés dans cette affaire, et a que pour votre part vous avez accompli l'œuvre, « je n'ai que ce seul mot à vous dire, c'est qu'il me faut (( un peu de temps pour prendre conseil de Dieu et de a mon propre cœur. J'espère que ni l'humeur d'esprits (( faibles ou peu sensés, ni les désirs de ceux qui pourtt raient prétendre à des choses qui ne sont pas bonnes, « ne me pousseront à vous répondre autrement qu'avec (( sincérité et reconnaissance, en rendant justice à votre « zèle et à votre intégrité, et de façon que ma réponse

«r tourne au bien de ceux que, vous et moi, nous servons a et sommes faits pour servir. Vraiment la chose mérite a délibération, la plus sérieuse délibération de ma part, « et je me tiendrai pour obligé de vous donner ma « réponse aussi promptement que je le pourrai *. »

Ce qui se passa autour de Croihwell et dans son propre esprit au sortir de cette conférence, on Tignore : trois jours après, le 3 avril, il fit demander au Parlement de lui envoyer des commissaires à qui il donnerait sa réponse, et ce même jour, à trois heures après midi, un grand comité, composé de quatre-vingt-deux membres , se rendit en effet à Whitehall : a Je suis très- « fâché », leur dit Cromwell, o de n'avoir pu faire con- « naître plus tôt au Parlement mon désir; j'ai été atteint « de quelque souffrance ces deux derniers jours, hier a et mercredi. J'ai pris en considération, aussi bien que « je Tai pu, les choses contenues dans le papier qui «f m'a été présenté par le Parlement mardi dernier, et a j'ai demandé à Dieu qu'il me fut donné de vous faire c( une réponse convenable pour moi et digne du Parlea ment. Je dois vous rendre ce témoignage que vous « avez pris soin des deux plus grands intérêts que Dieu tf ait en ce monde, la religion et la protection due à « ceux qui la professent, la liberté civile et le droit de « la nation. Ce sont là des choses chrétiennes et hono- « râbles, et vous y a\ez pourvu en chrétiens et en gens a d'honneur, en vrais Anglais, comme vous l'êtes. Et

f Burton, Diary, 1. 1, p. 413-416.

AU PARLEMENT (3 avril 1657. 207

c( pour ces deux intérêts ^ si Dieu m'en juge digne , je

a yiyraiet mourrai. Permettez-moi maintenant de vous

c( dire qu'il y a une ou deux considérations qui me

a frappent. Vous m'avez nommé d'un autre titre que

« celui que je porte maintenant. Vous exigez que ma

a réponse soit catégorique^ et vous ne me laissez^ entre

a les propositions que vous me faites^ point de liberté

« de choix. Je ne mets pas en question votre sagesse en .

<r agissant ainsi ; je me tiens pour obligé de me con-

« former à votre résolution ; vous êtes des hommes

a sages et investis d'une grande confiance ; c'est un

« devoir de ne mettre en question rien de ce que vous

ce avez fait. Je serais bien abruti si je ne reconnaissais

< pas le très-grand honneur que vous m'avez fait dans

« ce papier, et, par votre entremise, j'en témoigne au

« Parlement ma profonde reconnaissance. Hais, je dois

« le dire, ce qu'il peut vous convenir d'offrir, il peut

« ne pas me convenir de l'entreprendre. Que le Parle-

«f ment, je vous le demande, veuille donc bien ajouter

à sa faveur, à son affection et à son indulgence pour

a moi, cette autre faveur de ne pas prendre en mau-

« vaise part une réponse que je lui fais telle que je la

c< trouve dans mon cœur ; c'est que je ne suis pas ca-

« pable d'un si grand honneur et fardeau. Voyant que

« je ne puis accepter aucune des choses que vous ra'of-

« frez si je ne les accepte toutes, je ne suis pas parvenu

a à penser que ce soit mon devoir envers Dieu et envers

« vous de me charger de ce fardeau, sous ce titre. Je

a sais que tout ce que j'ai dit à la louange de votre

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