‹ Histoire de la révolution d'AngleterreChapitre 99 sur 150 · TROISIEME ENTREVUE DE CROMWELL AVEC · texte numérisé non relu

TROISIEME ENTREVUE DE CROMWELL AVEC

a nouveau plan de gouvernement , on peut le retoura ner contre moi et me dire : — S'il y a tant d'excel- « lentes choses dans ce plan , les refusez-vous à cause « d'un seul ingrédient? — ^Mais rien ne peut faire^ de la « conscience d'un homme , un esclave , et vraiment « c'est ma conscience qui me dicte cette réponse. Si le « Parlement est bien décidé à ceci , — tout le plan ou « rien, — il ne me convient pas de rien faire pour vous a engager à modifier votre résolution* C'est là tout ce « que j'ai à dire. Je désire , et je n'en doute pas, que «f vous le rapportiez au Parlement avec fidélité et can- « deur*. »

Le Parlement comprit les perplexités et les obscurités de cette réponse ; il était accoutumé à démêler et à suivre le secret désir de Gromwell dans le labyrinthe de sa conduite et de son langage. Il vota qu'il persistait absolument dans sa Pétition^ chargea un comité de rédiger par écrit les raisons qui l'avaient dirigé dans cette grave délibération ; et après avoir entendu et approuvé le rapport de ce comité , on décida que des commissaires iraient demander au Protecteur quel jour il lui conviendrait de recevoir la Chambre qui se proposait de lui donner lecture de cet exposé des motifs de sa Pétition, et de lui en laisser copie, s'il le désirait '.

La nouvelle entrevue eut lieu en éflfet le mercredi, 8 avril. Les documents officiels n'en ont pas été con-

» Carlyle, CromweWsLetters and Speeches, t. II, p. 497-5Ô0. * Jov/maîs ofthe Hotae of commons, t. VII, p. 519-521.

LES COMMISSAIRES DU PARLEMENT (8 avril lt>57). 29Ô

serves ; ni Texposé des motifs du Parlement^ ni la réponse de Crom>Yell; mais les journaux du temps rapportent que le Protecteur s^y montra moins péremp^ toire dans son refus ; il parla de ses inOrmités^ de ses incapacités; puisque le Parlement persistait dans sa proposition^ il ne lui restait, à lui Cromwell^ qu'à demander conseil ; et à qui pouvait-il le demander^ sinon au Parlement lui-même ? Il désirait donc être informé , avec plus de détail^ des motifs de leur détermination, n demandait la permission d'exposer à son tour ses doutes^ ses craintes^ ses scrupules. 11 était prêt à rendre raison de ses propres appréhensions qui seraient peut* être surmontées par des appréhensions contraires. 11 espérait que lorsqu'on serait ainsi ^ de part et d'autre^ au courant de toutes choses y on s'arrêterait à quelque plan également convenable pour le Parlement et pour lui^ et qui satisferait aux intérêts de toute la nation ^

Évidemment les journaux ne sortirent^ dans cette occasion, de leur réserve habituelle qu'avec l'autorisation du Protecteur et parce qu'il jugea à propos de porter devant le pays lui-même ce grand débat.

Dès le lendemain y le Parlement vota que « prea nant en considération ce que S. A. avait proposé la a veille, des commissaires seraient chargés de se rendre « auprès d'elle ; qu'ils auraient pouvoir de recueillir de (c sa bouche ses doutes et ses scrupules sur les divers

1 AfercuWttS VoUiicMS, 9 avril 1657;— Godwin, flw<. ojihe Cornmonwealthf t. IV, p. 359.

300 LXSUKRECTION DES SECTAIRES

« points de la Pétition; qu'ils offriraient à S. A. les « raisons propres à la satisfaire en maintenant les « résolutions de la Chambre; et que^ sur les points à 9 regard desquels ils ne parviendraient pas à satisfaii*e « S. A., ils feraient leur rapport au Parlement *. »

Une discussion solennelle était lEiinsi engagée sous les yeux du public; le Parlement se chargeait de démontrer au Protecteur qu'il ne devait pas refuser d'être roi. Cent commissaires^ parmi lesquels se trouvaient presque tous les hommes considérables de la Chambre^ en grande majorité partisans de Cromwell, furent désignés pour cette mission.

Au moment même où ils la recevaient, une bande de béats fanatiques se soulevaient dans Londres pour établir eux aussi, disaient-ils, une monarchie, mais la seule monarchie légitime, celle de Christ. C'étaient les sectaires qu'on appelait et qui s'appelaient eux-mêmes les hommes delà cinquième monarchie. Toute autre loi que la loi de Dieu, révélée dans les livres saints, tout autre pouvoir que celui de Christ, représenté par l'assemblée des saints, devaient être abolis. Le 9 avril i 657, une vingtaine d'entre eux, sous la conduite d'un tonnelier, Venner, se réunirent à Shoreditch, a tout bottés et éperonnés, » disent les journaux du temps, pour se porter ensuite à un rendez-vous général; une escouade de cavalerie les avait devancés là et les arrêta aussitôt. Dans un champ voisin du lieu désigné pour le rendez-

i Journàls of the House ofcommons, t. VIT, p. 521,

DANS LONDRES (9 avril 1667 . 801

VOUS général^ où personne ne vint^ on trouva des armes, des pamphlets destinés à être distribués, et un étendard portant un lion rouge couchant, avec cette devise : a Qui le fera lever? » Quelques hommes plus importants, l'amiral Lawson, les colonels Okey et Danvers, et même le général Harrison et le colonel Rich qui, peu auparavant, avaient été mis en liberté, se trouvèrent compromis, soit par leurs propres actes, soit par les paroles des sectaires, et furent également arrêtés. Le surlende^ main, Thurloe, par ordre du Protecteur, rendit compte au Parlement du complot et des mesures prises pour le déjouer; sans exagération, en homme expérimenté, déclarant que le nombre et la qualité des personnes qui avaient tenté ce coup étaient « peu considérables et même méprisables; n mais il le rattacha, non sans raison, à l'état général des partis et des esprits ; il donna des détails sur Inorganisation secrète de ces sectaires et sur leurs relations avec tous les mécontents politiques. Le Parlement comprit et soutint la démarche de Thurloe ; sur une motion faite et adoptée à Tinstant^ 1 orateur lui adressa offlciellement ces paroles : « Monsieur « le secrétaire, je reçois Tordre de vous témoigner, au a nom du Parlement, ses sincères remerciments pour « vos excellents soins et vos heureux efforts dans la « découverte de cette affaire, et pour les grands services « que vous avez rendus à la République dans cette occa- « sion et dans beaucoup d'autres. » En même temps les commissaires, déjà désignés pour se rendre auprès du Protecteur, furent chargés de lui dire c< que le

a Parlement avait reçu le rapport du secrétaire d'État, «r quil en appréciait toute Timportance, et quil le pren- 0 drait immédiatement en sérieuse considération S »

Ce fut sous ces auspices que s'ouvrirent, le li avril 1657, entre les commissaires du Parlement et le Protecteur, ces conférences qui devaient décider si Ton ferait ou si Ton ne ferait pas un roi.

C'est un spectacle peu digne que celui d'une comédie obstinément jouée par des hommes graves dans une affaire grave. Cromwell et le Parlement savaient d'avance Tun et l'autre ce qui manquait au gouvernement de TAngleterre; ils étaient l'un et l'autre convaincus que la royauté pouvait seule, en y rentrant, lui donner un caractère régulier et stable. Ils consumèrent un mois en conversations et en argumentations, comme s'ils avaient eu besoin de se persuader mutuellement. Au fond, le Parlement ne parlait pas à Cromwell, ni Cromwell au Parlement; ils s'adressaient l'un et l'autre à un public qui n'était point dans Wbiteball; aux républicains opposants, mais modérés, qu'ils espéraient amener à leurs vues, et au pays tout entier qu'ils voulaient émouvoir assez fortement pour qu'il s'associât à leur désir d'une royauté nouvelle, et qu'il contraignît les anciens partis à Taccepter'.

^ Joumals of the House of C, t. VII, p. 521-522; — Thurloe, State-Papers, t. VI, p. 184-186.

' Le compte rendu détaillé de ces conférences se trouve dans un pamphlet intitulé : Que la moncurchie est la meilleu/re, la plus ancienne et la seule forme légale de gouvernement, publié en 1660, et

DU PARLEMENT ET CROMWELL (avril 1667). 308

Quelque embarras se manifesta au début de la première entrevue : qui parlerait le premier? seraient-ce les commissaires du Parlement pour exposer les motifs de la pétition^ ou le Protecteur pour dire ses objections? De part et d'autre, on voulait se tâter et voir venir. Disposition commune dans cette dernière période des révolutions où presque tous les hommes, même les braves, devenus sceptiques et prudents, s'efforcent d'éluder ou d'atténuer la responsabilité. Comme il était aisé de le prévoir, ce fut le désir du Protecteur qui prévalut. Whitelocke prit la parole, et ce Jour-là Cromwell ne fit guère qu'écouter les commissaires du Parlement. Dans le cours des cinq conférences qui eurent lieu, du il au 21 avril, neuf d'entre eux parlèrent successivement, développant tous à peu près les mêmes idées ; les jurisconsultes, surtout Whitelocke et Glynn, savants et judicieux, mais subtils et diffus; l'homme de cour guerrier et politique, lord Broghill, plus précis et plus pratique; il résuma à peu près en ces termes les raisonnements de ses collègues et les siens propres :

a C'est par le titre de Roi, et jamais par aucun autre, « que nos anciennes lois désignent le magistrat su- « préme; or, les anciens fondements, quand ils sont « bons, valent mieux que les nouveaux, ceux-ci fussenta ils également bons ; ce qui est confirmé par le temps « et Texpérience a bien mieux fait ses preuves et porte a en soi bien plus d'autorité. »

nséré dang le recueil de pamphlets de Somers {Somen^s Tracts t. VI, p. 346-412).

« II vaut mieux mettre le magistrat suprême en hara monie avec les lois en vigueur qu'avoir à modifier les « lois en vigueur pour les mettre en harmonie avec « lui.»

u La nation, légalement assemblée en Parlement, « vient d'examiner quel titre convenait le mieux au « magistrat suprême; et après un débat solennel, elle H s'est arrêtée au titre de Roi, comme à celui par lequel « le peuple connaissait le mieux ses devoirs envers le H magistrat suprême , et le magistrat suprême ses dea voirs envers le peuple , et tous deux en vertu de lois « anciennes et bien connues, d

« Parmi les personnes qui reconnaissent dans notre K pays un gouvernement quelconque, il n'en est à peu « près aucune qui ne se croie tenue d'obéir, soit aux K anciennes lois, soit aux lois nouvelles que font en- « semble Votre Altesse et le Parlement. Si donc le maa gistrat suprême de ces trois nations s'appelle le Roi, « ceux qui respectent les anciennes lois accepteront vo- H lontiers son gouvernement comme fondé sur la base « qu'ils reconnaissent , et ceux qui reconnaissent les « autorités nouvelles en feront autant parce qu'elles a auront été greffées sur ce titre; en sorte que, partisans K des anciennes ou des nouvelles autorités, il n'y aura Il personne qui n'ait obtenu satisfaction. »

u Les anciennes autorités du pays ne connaissent le « magistrat suprême que sous le titre de Roi, et l'au- (1 iorité actuelle , le Parlement , désire ne le connaître « aussi que sous ce même titre ; si vous le refusez, nos

DU PARLEMENT ET CROMWELL (avril 1657). 305

« ennemis n'en seront-ils pas relevés? Ne soutiendrontff ils pas leurs espérances chancelantes en se disant « entre eux et en disant à leurs alliés que leur chef^ à « eux^ porte le titre qu'approuvent^ non-seulement a tous les anciens Parlements^ mais même le Parlement « actuel^ tandis que notre chef, à nous^ n'est point « connu des anciennes lois^ et a refusé de se faire con- « naître sous le titre que veut lui reconnaître le Par- « lement qu'il a lui-même appelé ? »

ce Si Votre Altesse porte le titre de Roi , tous ceux a qui lui obéissent et la servent sont mis en parfaite « sûreté par une loi bien antérieure à nos' dissena sions ; loi rendue dans la onzième année du règne « de Henri VII^ et qui affranchit de toute poursuite ii tous ceux qui servent quiconque , de fait , est Hoi. « Cette loi parait très-raisonnable , car elle pourvoit , « non à l'intérêt d'une personne ou d'une famille para ticulière^ mais à la paix et à .la sécurité du peuple. « Le but de tout gouvernement est de procurer au c( peuple justice et sécurité ^ et le meilleur moyen d'at- « teindre ce but est d'établir un magistrat suprême. Si « Votre Altesse est revêtue du titre comme de l'office de a Roi^ et si^ sous cet abri , le peuple jouit de la paix et « de ses droits^ ceux-là seraient presque des fous qui « rejetteraient ces biens uniquement pour atteindre le a même but sous une autre personne. »

a II y a maintenant divorce entre le prétendant à la « royauté et le pouvoir royal effectif dans notre pays; « or nous savons que des personnes divorcées peuvent

3M CONFÉRENCES^ SNTB^: LES GOI(MI^4^IRP3

« m remarier ; mm »i Vnw de^ dmn se marie à mx^ a autre ^ cela coupe court à toute espérance, p

a Enfin^ et ceci est une très^-puissanta raison, le Para lement vous donne aigourd'bui ce cons^ ; le^ cona seils des Parlements doivent toujours avoir, et, j'en a suis sûr, auront toujours beaucoup de force et d'au-* « torité. Et ce conseil ne vient pas seul ; il est aeoom- « pagné , pour nos libertés civiles et religieuses , ^e a beaucoup de choses eKcellentes auxquelles Y^tre Ala tesse a déjà rendu une éclatante justice ; et il vient (c d'un Parlement qui a déjà donné à Votre AUesfie d'in* a contestables preuves de son afièction, et qui, si Votre a Altesse l'écoute en ceci, sera encouragé à lui en donner « bien davantage ^ »

Cromwell écoutait ces exhortations avec une satisfi^c* tion évidente, mais mêlée d'une grande fermentation d^esprit ; ce n'était point un homme à idées simples et fixes, ni qui marchât constamment à son but; il errait de tous côtés en le poursuivant, sondant très-loin le terrain et se jetant dims toutes sortes de voies indirectes ou même contraires. Pendant qu'on lui parlait, sa forte imagination faisait rapidement passer devant ses yeux les replis les plus cachés comme les faces les plus di* verses de sa situation, et toutes les conséquences prochaînes ou lointaines, probables ou seulement pos^Ues, de l'acte dont il délibérait. Il prit et reprit plusieurs fois la parole, plus long et plus difPus que les jurisconsultes,

1 Somers's Tracts, t. VI, p. 36^-864.

DU PARLEMENT ET CROMWELL (avril 1657). 807

accudUaat et produisant pêle-mêle les réflexicms^ les souToûrSy les allusions^ les pressentiments ; incohérent et obscur^ tantôt par entraînement^ tantôt à dessein ; quelquefois jetant des traits de lumière^ plus souvent donnant le change sur sa Téritable pensée^ décidé à ne jamais se laisser saisir, et bien sûr en même temps de se retrouver^ quand il le voudrait^ dans le labyrinthe de son âme : a Si vos arguments pour m'imposer cette « seule diose^ la royauté^ sont fondés sur la nécessité, » dit-il aux commissaires^ a eh bien^ alors, je n'ai rien à « répondre ; ce qui doit être doit être ; » et il résumait en termes clairs et frappants tout ce qu'araient dit les jurisconsultes pour établir que la royauté était en effet un titre et un office nécessaire^ si intimement incorporé avec les lois fondamentales de TAngleterre qu'elles ne pouvaient être exécutées sans son concours : « Mais si on d peut trouver^ hors de ce concours, quelque remède, « quelque expédient, » reprenait Cromwell, ce alors vos « arguments ne sont plus absolument concluants et la « question n'est plus une question de nécessité, mais a simplement d'utilité et de convenance.... Or, la « royauté, ce n'est pas un simple mot, quatre ou cinq « lettres; c'est le pouvoir suprême, quelque nom qu'il a porte, et Tautorité souveraine qui Ta baptisé de ce a nom aurait pu lui en donner un autre. Elle lui en 0 a donné im autre deux fois, d'abord celui de Gardkm « de la liberté de T Angleterre^, quand cette République

1 CtLstodes lihertçitis Anglix; ce fut le nom qu'en 1649, au mo'

308 CONFÉRENCES ENTRE LES COUUtSSAIRES

« a été fondée, et puis celui que je porte aujourd'hui. a Et je puis dire qu'à ces deux mots une obéissance « presque universelle h été accordée par tous les rangs

0 et toutes les sortes de personnes. Pour mon compte, je « ne voudrais pas parler avec vanité, mais je puis dire « que, depuis le commencement du Protectorat jusqu'à • .ce jour, les lois ont eu un libre cours, jamais plus libre « dans aucun autre temps, pas même dans ces années

1 appelées, etjuslemeQt appelées desjoursd'Halcyon et « de paix, depuis la vingtième année de la reine Élisa- « beth jusqu'au temps du roi Jacques et du roi Charles. « Et s'il y avait ici, en ce moment, plus de milords a juges qu'il n'y en a, ils pourraient jeut-être dire « quelque chose de plus.... J'ai entrepris d'être dans le « poste où je suis, non par espérance de faire aucun u bien, mais par désir d'empêcher beauctHip de mal, 1 un mal immense que je voyais près de fondre sur la <i nation^ nous nous précipitions dans la confusion et « le désordre, et de là dans le saog; j'ai été l'instrua ment de ceux qui ont voulu que je me chargeasse a du fardeau que je porte.... Quelques-uns de vous K savent, et il me convient de dire moi-même que a je sais comment j'ai été appelé, à partir du prea mier jour jusqu'à celui-ci. Dès mon premier pas dans

ment de l'établissement de lu République, on substilua k celui du Roi en tête des arrêt? dea cours de justice et de tous les actes analogues ; il désignait spécialement les i sceau, gardiens des libertés publiqut Parlement.

DU PARLEMENT ET CROMWELL (avril 1657). 800

ff les affaires publiques, j'ai été porté et élevé d'em- «t plois inférieurs à des emplois plus grands; j'ai été tt d'abord capitaine d'un escadron de cavalerie, et je tt faisais de mon mieux dans mon poste, et il a plu à ff Dieu de m'y bénir. Sincèrement et avec une simplicité ff un peu puérile, à ce que pensaient des hommes grands « et sages, je voulais que mes subordonnés me secona dasscnt bien dans mon œuvre. J'avais alors un très- « digne ami, une noble personne, et je sais que sa'méa moire vous est chère à tous, H. John Hampden. A ma a première campagne, je vis que nos hommes étaient a battus partout; j'engageai H. Hampden à faire ajouter a à l'armée de milord Essex quelques nouveaux régia ments, et je lui dis que je lui serais utile en amea nant des hommes animés d'un esprit qui ferait quel- « que chose dans notre entreprise. Ce que je vous dis est a vrai ; Dieu sait que je ne mens pas. — Vos Cavaliers, lui « dis^je, sont, pour la plupart, d'anciens domestiques a hors d'âge , des gdrçons de cabaret et autres de « même sorte ; les leurs sont des fils de gentilshommes, <c des cadets et des gens de qualité. Pensez-vous que « des drôles de basse espèce, comme les vôtres, aient a dans l'âme de quoi tenir tête à des gentilshommes « pleins de résolution et d'honneur? Ne prenez pas mal « ce que je vous dis; je sais que vous ne le prendrez « pas mal; il faut que vous ayez des hommes animés « d'un esprit' capable de les faire aller aussi loin que a peuvent aller des gentilshommes; autrement vous « serez toujours battus. — M. Hampden était un sage et

« digne homme ; 11 me dit que je disais yraî^ mais que « c'était impraticable. Je lui dis que j'y pouyais foire « quelque chose^ et j'y fis yraiment quelque dbose. « AttribueZ'-le à ce que tous voudrez; je letai des « hommes qui avaient la crainte de Dieu, et qui tai^ c saient avec conscience ce qu'ils faisaient ; et depuis ce « jour^ je vous le dis^ ils n'ont jamais été battus^ et « partout où ils ont été engagés contre l'eimemi^ ils «r l'ont battu.... J'aurai la hardiesse d'appliquer oeèi à « notre deissein actuel^ car tout est là pour moi.... Je « vous dis qu'il y a de ces hommes-là dans cette nation^ a des hommes pieux^ animés de ce même esprit^ des « hommes qui ne seront jamais battus par un esprit « mondain ou charnel^ tant qu'ils conserveront leur « intégrité ; et j'agis sincèrement avec vous quand je « vous dis que Dieu^ j'en suis convaincu^ ne bénirait a pas une entreprise, quelle qu'elle fût, royauté ou <K autre^ qui otTenserait ces hommes-là justement et par a de bonnes raisons. Ils pourraient^ il est vrai, s'offenser a sans raison^ et je serais un esclave si je me condama nais à complaire à de telles humeurs. Mais je vous « dis qu'il y a des hommes honnêtes et fidèles^ fidèles a aux grands intérêts du gouvernement et à la liberté « du peuple, qui, je le sais, ne digèrent pas ce titre de « Boi. Ce n'est pas, j'en conviens, un trait d'honnêteté « de leur part que de ne vouloir pas se soumettre à ce « qu'ordonnera le Parlement; pourtant ma conscience a me prescrit de vous demander de ne pâS m'imposer a dés choses dures, je veux dire dures pont eux, et

DU PARLEMENT ET CROMWELL (avril 1667). 311

tf qu'ils ne peuiFcnt pas digérer.... Yraîinent la proviê deoce de Dieu a rejeté en fût ce titre de Haï; et œla^ é non dan» un accès d'humeur ou de passion, moit à la « suite d'une délibération aussi graye qu'il y en ait a jamais eu cbei atieunc nation ; elle a été le résultat de <f dix ou douxe ans de guerre civile^ où beaucoup de H mog a été versé. Je n'examine pas la justice de ce qui (( a été fait ; je n'ai pas besoin de vous dire quëUe serait « mon opinion si cela était de noureau à faire; mais si « on recommence à l'examiner^ et si un homme vient et ir trouve que Dieu^ dans sa sévérité^ a déraciné noD- « seulement toute une famille royale^ mais le Aoi^n et le <i titre même!.*., ce n'est pas moi qui l'ai fait^ ni ceul (c qui m'ont offert le pouvoir que je porte aujourd'hui ; Cl c'est le Long Parlement ! »

« Je veux maintenant vous dire à vous^ qui êtes une <f part si considérable du Parlement^ que je suis infi- « âhnent touché de ce mot : Etablissement définitif; tt à mon avis^ quiconque n'en est pas touché n'est « pas digne de vivre en Angleterre } et je ferai , pour < ma part^ tout ce que je pourrai pour chasser du pays a tout homme qui ne désire pas que nous en venions à <K tm établissement définitif^ car c'est la grande misère tt d'une nation de n'avoir pas un gouvernement déflni- « tivem«nt établi.... Et vraiment je l'ai déjà dit, et je « le*redis; je crois que cette forme de gouvernement, (c que vous proposez , tend à faire jouir la nation de (c toutes les choses pour lesquelles, depuis si longtemps, a nous nous sommes tous prononcés. C'est là ce qui me

« fait tant aimer ce papier^ et tout ce qu'il contient , « avec quelques additions que j'ai maintenant à vous « oflfrïr ; j'aime^ par-dessus tout^ un établissement défic nitif ;.... à Texception d'un seul points celui que nous ff Tenons de discuter. J'ai entendu votre sentiment; c TOUS aTCz entendu le mien ; je tous ai dit mon jugeff ment et mon cœur; que le Seigneur amène Tissue « qu'il lui plaira * ! »

Cromwell se rejeta alors sur la Pétition même y et en examina successivement les diverses dispositions^ entre autres celles qui avaient trait aux conditions d'éligibilité pour le Parlement^ au mode de vérification des élections^ à la nomination des membres de l'autre Chambre^ des juges ^ de tous les officiers d'État^ à la fixation du revenu public ; et sur chacun de ces points y il indiqua les modifications qu'il désirait^ presque toutes judicieuses et dictées par une ferme intelligence des conditions de Tordre et des nécessités du pouvoir. 11 insista aussi, soit par conviction vraie ^ soit pour complaire à un sentiment répandu et puissant^ surtout dans le parti qu'il avait besoin de ramener, sur la réforme des lois civiles et sur la réforme des mœurs, développant aTec complaisance les salutaires effets d'une procédure simple dans les affaires de la vie commune, et d'une discipline forte dans la moralité nationale. 11 remit par écrit, aux commissaires, ses observations et ses propo-

» Somei^s's Tracts, t. VI, p. 365-373; — Carlyle, CronvwelVsLettert and Speeches, t. Il, p. 515-561.

DU PARLEMENT* ET CROMWELL (avril 1657). 318

sitioDS : «t Et maintenant^ dit-il^ j'ai fini pour ma part ; « quand il tous plaira de me faire connaître vos pence sées sur ces divers points^ alors je serai en mesure de « m'acquitter moi-même^ selon ce que Dieu me mettra « dans rame. Je ne dis pas ceci pour rien éluder^ ni c( pour vous faire aucune condition; mais alors seulece ment je pourrai faire honnêtement ce qu'on pourra « raisonnablement exiger de moi, et dire ce que Dieu a me permettra de vous répondre *. »

Dès le lendemain , ^3 avril , les commissaires y par l'organe de Whitelocke^ firent à la Chambre leur rapport sur ces conférences. Ils l'en avaient plusieurs fois entretenue pendant leur cours^ et la Chambre^ avec une discrétion intelligente^ avait fait tout ce qui pouvait les appuyer dans la négociation sans les embarrasser. Quand elle fut informée , par ses commissaires , de toutes les fluctuations de Cromwell et de l'impossibilité où ils avaient été d'obtenir de lui une réponse claire , elle en ressentit d'abord quelque humeur ; elle voulait bien aider le Protecteur à se faire Roi^ mais elle ne voulait pas avoir l'air de le faire Roi malgré lui ^ et prendre ainsi ^ à elle seule y la responsabilité du rétablissement de la Monarchie. Cependant elle entra sur-le-champ dans l'examen des modifications que Cromwell réclamait dans le plan de gouvernement de la Pétition. La discussion en fut plus longue et plus vive qu'on n'eût été tenté de le présumer ; même parmi les amis du

* Carlyle, CromM'eU'fi Letters and Speeches, t. II, p. 561-584.

Page 1