‹ Histoire de la révolution d'Italie en 1848Chapitre 17 sur 37 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Faiale inaction de Charles-Albert. — Bombardement et capitulation de Vicence. — Bravoure des volontaires. — Actes barbares commis par les Autrichien. — Combat de la Corona , le 18 juin. — Appréciation de la conduite militaire de Charles-Albert. — Brillante affaire de Gover» noio. — Description des cantonnements de l'armée Italienne. — Combat de Rivoli. — Nouvel engagement le 23 juillet. Trait de bravoure du général d'Aviernoz. — Combat de Staffalo, le 24 juillet. — Batailles de Custoza, tillafranca et Valleggîo.— Attaque de Volta. — Scènes de carnage.— Retraite de l'armée sarde.— Prétentions de Radetzki repoussées par Charles -Albert. — L'armée sarde se retire h Crémone. — Inutilité des démarches de l'ambassadeur anglais. — Marche de l'armée sarde sur Milan.

Un général un peu habile aurait profilé de la brillante victoire de Goïto pour porter un coup terrible à l'ennemi, ou du moins pour lui couper la retraite, et tenter une altaquesur Vérone. 11 n'en fut rien cependant, et l'armée resta inactive durant quatre jours entiers. On objecta, il est vrai, qu'il était impossible, à cause des pluies conti-*

miellés, de conduire l'artillerie à travers des chemins dé- . foncés. C'est pourtant par ces mêmes chemins que l'ennemi vaincu était parvenu à sauver la sienne. Le 4 juin, Charles- Albert s'ébranle enfin, à la tête de quarante mille hommes et de quatre-vingt pièces d'artillerie. Mais Radetzki, averti de ce mouvement, abandonne ses positions pour se retirer dans Mantoue et Vérone. Huit jours se passent dans la plus complète inaction. Le M juin, une escarmouche eut lieu entre les Bersagtieriel les Tyroliens, sur les bords de l'Adige, et, le soir du même jour, Charles- Albert, en entrant dans la petite ville de Garda, reçut une députation du gouvernement provisoire de Milan, qui venait lui annoncer le résultat du vote du 29 mai, et l'engager en même temps à presser les opérations militaires. Le général Bava raconte qu'un conseil de guerre eut lieu à la suite de cette entrevue du roi Sarde avec les députés Milanais, et que l'on discuta les moyens de pousser la guerre avec vigueur; mais, ce qui est certain, c'est qu'au Heu d'avancer hardiment sur l'ennemi, Charles-Albert resta encore inactif, et, en délaissant Vicence, fut cause de la chute de cette ville dans les mains de Radetzki. Le tort de Charles-Albert est aggravé encore par la circonstance suivante. Le général Durando avait à peine passé le Pô, que le roi Sarde lui faisait signifier qu'il eût à dépendre Uniquement de lui. Cette injonction ne servit qu'à paralyser les mouvements de Durando, qui, délaissé par Charles-Albert, abandonna à son tour le général Ferrari. Voici comment un habitant de Vicence, M. Pasini, raconte ce triste événement :

♦ « Après la bataille de Golto, le général en chef autri-

t chien se retira vers Mantoue, passa VAdigefc Legnago, o avec quarante mille hommes, et s'arrêta quelques mo- « ments à Montagnana, pour voir si l'armée piémontaise « s'approchait de l'Adige. S'étant assuré qu'elle gardait « ses positions de Valleggio, il prit la route de Vicence. « Dès qu'il y fut, il se disposa à attaquer de tous les côtés a à la fois, c'est-à-dire non-seulement du côté de Vérone « et du côté de Trévise, mais aussi du côté du midi. Le « vieux soldat avait appris à ses dépens, en combattant « contre les volontaires, que l'enthousiasme supplée, chez « eux, au nombre et à la discipline; il avait également « compris qu'il était urgent pour lui de s'emparer des « collines qui sont au sud de Vicence, attendu que du « sommet de ces collines la ville pouvait être détruite, « sans qu'un seul coup de fusil des volontaires pût at- « teindre les troupes qui y seraient postées. Durando, de « son côté, au lieu de faire rompre la route, parfaitement « accessible à l'artillerie, qui conduit au sommet de ces « collines, se borna à placer des pièces de canon et des « Suisses sur la hauteur qui domine la ville; en d'autres « termes, il laissa aux Autrichiens la possibilité de l'atta- « quer avec de l'artillerie placée au même niveau que la « sienne. Je ne veux pas m'ériger en juge des disposi- « tions prises par ce général ; peut-être avait-il de bonnes « raisons pour agir de la sorte. Toujours est-il que les « Autrichiens durent Jeur succès à cette circonstance.

« Le combat s'engagea le matin du 40 juin. Les volon- « taires, cette fois-ci, avaient à défendre toute l'enceinte « de la ville, car l'attaque était faite tant du côté de « Trévise que du côté de Vérone. Cette fois encore les

« volontaires furent vainqueurs; la journée du 10 juin « eut la même issue que celle du 24 mai. Partout une « résistance opiniâtre, inébranlable, et cela depuis la « pointe du jour jusqu'à quatre heures de l'après midi. « Mais, du coté des collines, les choses marchèrent autre- « ment. Jusqu'à midi, les Suisses y opposèrent une résis- • tance digne de tout éloge, et il est bon de dire qu'un « petit corps de volontaires s'y distingua également. Mais « les Autrichiens ne tardèrent pas à s'emparer des hau- « teurs, et dès-lors toute résistance devint impossible. « Les Suisses durent se retirer. Les Autrichiens braquè- « rent leurs canons sur la ville, prêts à l'incendier en « peu d'instants. Durando fit arborer le drapeau blanc, « convaincu qu'une capitulation seule pouvait sauver ses « troupes, et en même temps épargner à la ville toutes « les horreurs d'un combat désespéré. Mais les volontaires « gardaient encore toutes leurs positions et ne voulaient « pas céder. Furieux, il arrachèrent les drapeaux blancs « arborés sur les barricades les plus avancées du côté « des Autrichiens et, d'accord avec la garde nationale et « le peuple tout entier, ils criblèrent de coups de fusil « celui que l'on avait élevé sur la tour de l'hôtel de ville. « Alors l'on suspendit les négociations, et il fallut atten- « dre la nuit; il fallut déclarer au peuple que Durando « n'avait plus de munitions* il fallut que Durando lui— « même annonçât par écrit au comité de la ville qu'il ne « jugeait pas la résistance possible, pour que les volon- « taires et le peuple cessassent de s'opposer à la capitula- « tion. »

La capitulation de Viœnce entraîna celle de Padoue et

de Trévise. Le gouvernement de Venise, voyant que la résistance de ces villes n'aurait servi qu'à sacrifier inutilement des hommes, des armes et des munitions, donna lui-même Tordre de les évacuer. Les volontaires retranchés dans Trévise refusaient d'obéir, bien que leur nombre eût été diminué de tous ceux qui étaient accourus à la défense de Vicence. Attaqués par les Autrichiens, ils se préparèrent à résister, et ce ne fut qu'après avoir montré qu'ils ne déclinaient pas le combat, qu'ils signèrent une capitulation d'autant plus honorable, que le général Autrichien leur permit d'enlever deux pièces de canon, transportées depuis à Bologne.

Le brave général Antonini avait eu un bras emporté par la mitraille, lors de la première attaque de Vicence, et le 10 juin, parmi les nombreux blessés, on compta les colonels Cialdini et d'Azeglio. Celui-ci rachetait ainsi d'avance, de la manière la plus noble, les écrits pleins de fiel par lesquels il devait fournir un nouvel aliment à la haine des partis La capitulation de Vicence priva toutà-coup la cause de l'indépendance de douze à quinze mille hommes, car elle obligeait la garnison de cette ville à s'abstenir de toute participation à la guerre pendant trois mois. Ainsi toute la Vcnétie, excepté Venise, resta livrée entièrement à la discrétion^dc l'Autriche. On ne saurait décrire la manière infâme avec laquelle les impériaux se conduisirent partout où ils restèrent les maîtres. Indépendamment des taxes de guerre frappées dans les villes,

1 Nous voulons parler do deux brochures do M. d'Azeglio , l'une, Lettre à mes Electeurs, Tau ire, Craintes et espérances.

H n'y eut pas de cruautés sauvages dont ils ne marquassent leur passage au milieu des campagnes. C'était surtout dans les villages qu'ils commettaient les actes de barbarie les plus révoltants, a tel point qu'à leur approche les populations émigraient quelquefois entièrement. Les prisonniers, en outre, étaient l'objet de la plus grande brutalité. Le colonel Zobel s'etant emparé dans le Tvrol d'un certain nombre de volontaires, en fit fusiller dix-sept dans les fossés de la ville de Trente. En revanche, les Autrichiens tombés dans les mains de nos soldats étaient traités de la manière la plus humaine. Nous rappellerons à ce propos, que les quinze cent Croates qui capitulèrent à Peschiera ne furent en butte à aucune vexation, à aucune insulte pendant leur voyage jusqu'à Ancône,etque, protêt gés par deux bataillons Piémontais, ils purent enlever sans conteste l'immense butin qu'ils avaient amassé en maraudant autour de la place! Même pendant le combat, des actes de cruauté inqualifiable furent souvent commis par l'ennemi. Qu'il nous suffised'en rappeler un dontse souilla un officier. Dans l'affaire deBussolengo, un tirailleur Piémontais fut blessé et fait prisonnier. Or, l'officier Autrichien, auquel on l'amena, ordonna de le fusiller sur-lechamp en face des nôtres. Peu de jours après, quelquesuns de nos soldats s'étant emparés d'un Croate, commencèrent à fouiller dans sa giberne; le prisonnier crut qu'on allait le tuer, et tendit en tremblant quelques pièces de monnaie à ses vainqueurs, mais ceux-ci lui dirent : « Garde ton argent, car nous n'avons besoin que de tes « cartouches, » et, sur ce, ils le renvoyèrent, singulièrement çtonné d'un pareil procédé. Les faits que noui

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venons de rapporter montrent assez la supériorité de la civilisation Italienne sur celle des races qui voudraient la courber sous leur glaive.

Le 18 juin, un brillant fait d'armes eut lieu à la Corona, près de Rivoli, entre trois mille cinq cenls Autrichiens et la brigade de Pignerol, commandée par le major San Vitale, et une compagnie des étudiants de Turin. On eut à déplorer la mort de trois de ces derniers : Sarchieri, Longoni, etRogiapane. Les impériaux, quoique trois fois supérieurs en nombre, attaqués à la baïonnette, se retirèrent précipitamment,' et furent poursuivis pendant l'espace de deux mille, en laissant sur le terrain une trentaine de morts. À part ce combat et quelques escarmouches, l'armée sarde resta dans une complète inaction, depuis le 14 juin jusqu'au 16 juillet, c'est-à-dire pendant plus d'un mois, temps plus que suffisant pour que Radetzki reçût les renforts qu'il attendait d'Allemagne. Si jamais l'audace avait été nécessaire, c'était alors que, par la capitulation de Vicence, par la retraite des Napolitains, et par les pertes graves essuyées par les Toscans, l'armée sarde se trouvait réduite à ses propres forces Ce que nous avons dit des troupes de ligne lombardes est plus que suffisant pour montrer qu'elles ne pouvaient être d'un grand secours Il fallait donc de deux choses l'une, ou, en adoptant une tactique audacieuse, multiplier les forces de l'armée par la rapidité des mouvements, et chercher k frapper un grand coup, ou bien, transiger avec l'Autriche et accepter la ligne de l'Adige, que le cabinet de Vienne avait fait proposer comme limite des nouveaux États de Charles- Albert. Ne se déterminer pour aucun de ces partis était

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