‹ Histoire de la révolution d'Italie en 1848Chapitre 18 sur 37 · v HISTOIRE · texte numérisé non relu

v HISTOIRE

vouloir s'exposer à une perte certaine. Cependant de glorieux combats devaient encore avoir lieu avant la fatale catastrophe que tout devait faire présager.

Le 46 juillet, le général Bava, préposé au blocus de Mantoue, partit a la tête d'une colonne, composée de la brigade de la reine, du régiment de cavalerie, dit de Gênes, de deux batteries et de la compagnie de Bersaglieri, commandée par le capitaine Lions. Le but de celte expédition était de porter secours aux Modenais, menacés d'une attaque par les Autrichiens. Mais, h son arrivée à Borgoforte, sur le Pô, instruit de la retraite précipitée de l'ennemi, dont un corps de deux mille hommes s'était retranché à Governolo sur le Mincio, le général prit la résolution de les y attaquer. Afin de les prendre entre deux feux, il ordonna aux Bersaglicri de descendre la rivière sur des bateaux recouverts de toile, avec ordre de débarquer à l'embouchure du Mincio. Lorsque la principale colonne fut à un mille de Governolo, elle fit halte, et la première compagnie de chasseurs du 9 me régiment alla à la découverte. Son commandant, le capitaine Danesio, officier très intelligent, ayant pris connaissance 'du terrain, revint bientôt donner au général des renseignements sur les positions occupées par l'ennemi de l'autre côté du Mincio. On entra alors dans le village, et l'artillerie ouvrit le feu, soutenue par l'infanterie. Après une heure de combat entre les troupes postées sur les deux rives du Mincio, (dont le passage se trouvait intercepté, les Autrichiens ayant levé le pont-levis), les Bersagiieri du capitaine Lions, qui avaient opéré leur débarquement sur le point désigné, arrivent au pas de charge, et, poussant de

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joyeux hourras, attaquent vigoureusement l'ennemi. Ce dernier, frappé de panique, ne tarde pas à lâcher pied, laissant au pouvoir de nos soldats deux pièces d'artillerie. Les Bersagtteri se dirigent alors vers le Mincio et, abaissant le pont-levis, rétablissent la communication entre les deux rives. Le régiment de Gênes se lance aussitôt a la poursuite de l'ennemi, et parvient à enfoncer trois carrés de Croates, qui s'étaient formés dans un champ entouré d'un fossé. Le jeune Gattinara se jette un des premiers dans la mêlée, et est atteint d'un coup mortel. Un autre officier, le brave Apiotti, éprouve le même sort. Le lieutenant Edouard Brunetta reçoit deux blessures, mais il est arraché des mains de l'ennemi par un de ses frères, officier dans le même corps. La famille Brunetta comptait sept frères dans l'armée, tous officiers, tandis qu'une de leurs sœurs, madame Galateri, suivant son mari, capitaine de cavalerie attaché à l'état-majôr du général de Sonnaz, se faisait remarquer dans l'armée par sa touchante sollicitude à l'égard des blessés. Les cavaliers du régiment de Gênes firent ce jour-là plus de trois cents prisonniers, et les Bersagtteri environ cent cinquante. La brigade de la Reine déploya aussi beaucoup de bravoure, et la compagnie du capitaine Danesio se distingua entre toutes. Enfin, il est juste de dire qu'une grande partie du succès de cette brillante journée doit être attribué a la direction habile du général Bava.

Voici quelles étaient, le 20 juillet, les positions occupées par les différents corps de l'armée :

Le quartier général du roi était a Marrairolo. La première division occupait Governolo et Castellaro, sur la

rive gauche da Mincio. La seconde division, sous les ordres du général De Ferrère, et les corps lombards commandés par le général Pterrone, étaient employés au blocus de Mantoue, et occupaient, sous le tir de la place, une ligne décrivant un arc de cercle, depuis les rives du lac supérieur, près du sanctuaire des Grâces, jusqu'à Pietole, à l'extrémité du lac inférieur. La troisième divi-> sion et une partie de la quatrième défendaient les posn lions qui s'étendent depuis la Corona, au-delà de Rivoli, jusqu'à Somma Campagna. Le reste de la quatrième divi* sion, formée de la brigade de Piémont et du régiment de cavalerie royal-Piémont, sous les ordres du duo de Gènes, était cantonné avec les Toscans à Villa-Franca, Mozzecane et Castelbelforte. La réserve, commandée par le duo de Savoie, était établie dans les villages de Marmirolo et Villanova. La seconde division de réserve, qui venait d'être composée de régiments provisoires, dépourvue de cavalerie, et n'ayant qu'une seule batterie, était disséminée entre Goïto, Borghetto, Monzambano, Ponte, Peschiera, Pozzolengo, Salionze, et San Giorgio in Salice. Le grand parc de campagne se trouvait à Pozzolengo.

L'armée occupait donc une ligne très étendue, et présentait par cela même des points très faibles à l'ennemi, qui, profitant du répit qu'on lui avait laissé, s'était renforcé de plus en plus, et n'attendait que le moment favorable pour prendre l'offensive.

Le 212 juillet, vers quatre heures, les Autrichiens descendirent le versant de Montebaldo. La première attaque eut lieu à la Corona, où se trouvait le major San Vitale, avec un bataillon du U ê et quelques pièces d'artillerie.

Enveloppés par un ennemi neuf fois supérieur en nombre, les Piémonlais soutinrent le combat avec un courage héroïque. Le capitaine Cérale, qui était de garde à l'avancée, défendit pendant plus de deux heures le poste qu on lui Avait confié. Après une lutte de six heures , San Vitale , voyant l'impossibilité de résister plus longtemps, opéra sa retraite sur Rivoli, dans l'ordre le plus parfait, et sans abandonner une seule pièce d'artillerie, malgré les difficultés du terrain. Dans le but de seconder ce mouvement, le major Danesi se porte à la tête de son bataillon sur une hauteur qui domine la route de Rivoli, afin de disputer le passage aux impériaux ; mais, vers midi, il reçoit l'ordre de déloger l'ennemi de ses positions , et alors il s'avance hardiment jusqu'à une centaine de pas de Tavantgarde autrichienne. Le feu s'engage aussitôt. Après une Vive fusillade, Danesi, s'apercevant que l'ennemi cherche à tourner son bataillon , et même celui du 14* régiment, exécute un changement de front , et prend en flanc un corps de Tyroliens qui, dans la crainte de se trouver entre deux feux , bat précipitamment en retraite , et jette par-là un certain désordre dans le reste de la colonne. A. trois heures de l'après-midi, le général de Sonnaz arrive avec deux bataillons du 46 e régiment et une demi-batterie d'artillerie, et le combat recommence avec ardeur. À neuf heures du soir, nos soldats avaient repris toutes leurs positions, et contraint l'ennemi de se retirer jusqu'au-delà de Caprino. Ce combat, soutenu par cinq mille Piéraontais toûtre douze mille Autrichiens, tit le plus grand honneur tut 44 e et 46* régiments, qui renouvelèrent sur le même champ de bataille les prodiges de valeur par lesquels les

Français s'y étaient signalés, le 44 janvier 4796. Le colonel Damiani, le major Danesi et le lieutenant d'artillerie de Roussy se distinguèrent entre tous. Les Autrichiens essuyèrent des pertes considérables ; celles, entre autres, d'un général et d'un major. Du côté des Piémontais , on eut à déplorer la mort de quelques soldats et de deux officiers, le capitaine Prola des Bcrsaylieri , et le lieutenant Nasi du 46 e régiment.

Le 23 juillet, malgré l'avantage remporté la veille sur l'ennemi, le général de Sonnaz donna ordre aux troupes de Rivoli de se replier sur Affi et Cavaglione. Deux divisions autrichiennes attaquèrent les nôtres , entre six et sept heures du matin , et leurs efforts furent dirigés surtout contre Somma-Campagna , Sona et l'Ostcria del Bosco. 11 n'y avait de notre côté que six mille hommes. Malgré la disproportion des forces, le 2 e régiment défendit ses positions avec un courage digne d'un meilleur succès. A Sona, quelques compagnies de chasseurs chargèrent plusieurs fois l'ennemi à la baïonnette; mais les Autrichiens ayant tourné la position, elles furent forcées de battre en retraite. L'ennemi se rendit coupable ce jour-là d'un infâme guet-à-pens. Voici comment le fait est raconté par M. Ferrero :

« Durant l'action, le comte d'Aviernoz, major-général, « commandant la brigade de Savoie , n'ayant auprès de « lui aucun officier d'état-major à envoyer en reconnais- « sance, se dirigea lui-même, avec quelques Bersaglieri, « sur une hauteur dite Monte del Pino, entre Sona et la « Madonna del Monte. 11 aperçut aussitôt une colonne c autrichienne qui se présentait au débouché du vallon ,

« drapeau blanc eu tête et au cri de vive llialie , vivent * nos frères! Le général éprouva un instant d'hésitation; « mais , voyant le chef de cette troupe s'avancer et em- « brasser l'officier du 2 e régiment, qui gardait le « poste avec soixante hommes , il ne douta plus de la « loyauté de cette démonstration et accourut à la renie contre des impériaux. Ceux-ci fraternisent avec nos sol- « dais; mais cet accord n'est pas de longue durée. Bien- « tôt les traîtres , changeant tout-à-coup d'attitude, ar- « ment leurs fusils, et, au commandement de leurs chefs, « font feu sur les nôtres ! Alors se renouvelle une scène di-

« gne des combats héroïques du moyen-âge : le comte d'A- « viernoz commande une charge à la baïonnette , la mê- « lée devient sanglante , et bientôt il ne lui reste qu'une c trentaine d'hommes pour lutter contre deux cents Au- « trichiens. Toutefois, il ne perd pas courage, et trois de « ses perfides ennemis tombent sous ses coups ; mais « enfin, assailli de toutes parts, frappé d'un coup de « baïonnettej dans le ventre, et atteint d'une balle au « genou, il est fait prisonnier. Comme on lui demandait « son épée, transporté d'une noble indignation, il la « jeta à terre en disant : Je ne raids pas mon épée à des « traîtres! »

Tandis qu'une partie des troupes impériales sorties de Vérone occupaient Sona et Somma-Campagna , le reste marchait sur Monzambano et Salionze, avec l'intention de < jeter un pont sur le Mincio, et de couper les communications entre les différents corps de l'armée sarde. Le 24 juillet, des mouvements eurent lieu de la part des Piémontais pour déjouer les projets de l'ennemi ; mais, ayant été

mal dirigés, le deuxième corps d'armée essuya un échec qui permit aux Autrichiens, protégés par dix pièces d'artillerie , de construire un pont de bateaux à Salionze. Charles-Albert et le général Bava s'avancèrent alors vers la vallée de Staffalo, avec trois brigades, celles des Gardes , de Coni et de Piémont, les deux premières guidées par le duc de Savoie ; la dernière par le duc de Gênes. Les gardes attaquèrent les collines de Berettara, la brigade de Coni marcha sur celles de Mondatore, et la brigade de Piémont s'avança contre un corps autrichien, campé audessous de Somma-Campagna. La brigade d'Aoste était en réserve. Deux régiments de cavalerie, sous les ordres du général Olivieri , et une batterie d'artillerie , protégeaient l'aile droite , et le général de Bobilant, à la tête d'une autre brigade de cavalerie , soutenait l'extrême gauche, du coté de Valleggio. Le combat commença vers les quatre heures. Les Autrichiens étaient bien supérieurs en nombre et opposèrent une résistance acharnée. Cependant, au coucher du soleil, les Piémontais avaient emporté à la baïonnette toutes les positions de l'ennemi. Deux mille prisonniers, dont quarante-six officiers, et deux drapeaux furent les trophées de celte glorieuse journée, que signalèrent , en outre , de nombreux traits de bravoure. Les revers qui la suivirent à si peu de distance, n'en sont que plus à déplorer.

Le 25 juillet , une nouvelle bataille, encore plus glorieuse pour nos armes , s'engagea entre les impériaux et l'armée sarde. Laissons encore une fois parler M. Ferrer© :

t Les généraux autrichiens, après leur retraite à Stâfc

« falo, reçurent de Vérone, pendant la nuit, de nombreux « renforts, et, le lendemain & six heures du matin , corn- « mencèrent l'attaque , en se présentant de front , et en « ayant deux lignes en réserve. Dès ce moment, l'avan* « tage des positions fut pour l'ennemi, et la trop grande « disproportion de forces put faire présager nos revers.

* Pour comble de fatalité, le général de Sonnaz ne rejoi^ « gnit point le premier corps d'armée, prétextant que ses « troupes étaient accablées de fatigue.

« k peine le général Bava eut-il commencé l'attaque de « Yalleggio, que notre flanc droit fut menacé par de nom- « breuses colonnes ennemies , ce qui nous contraignit à

* ne laisser que deux bataillons devant le bourg, pour en * o diriger quatre contre les assaillants. Le combat durait

« depuis quelques heures , et l'on attendait avec impa- « tience la division du duc de Savoie, qui ne put envoyer « qu'un régiment. Le duc de Gênes, attaqué aussi par des a forces supérieure^, fut retenu toute la journée dans sa « position de la Berettara, où, avec quatre bataillons dç a la brigade de Piémont, il résista à dix-neuf bataillons « autrichiens. Le colonel du 4 e régiment, au lieu de re- « joindre, suivant les ordres qu'il avait reçus, le prince à « la Berettara avec les deux autres bataillons , s'égara et « se retira à Villafranca. A Custoza, la brigade de Coni « tint pendant six heures contre quinze mille hommes. « La brigade aux Gardes s'empara de vive force de la col- « line qui domine la route de Villafranca à Valleggio. « L'artillerie se distingua, dans cette journée , par la « rapidité et la hardiesse de ses manœuvres, et son feu, « habilemeul dirigé, Ut beaucoup de ravages dans

« les colonnes ennemies. Les forces du maréchal Radetzki « montaient à cinquante-cinq mille hommes ; les nôtres à « vingt mille ! Le manque d'ensemble dans les opérations « rendait impossible la prise de Valleggio et la réalisa- « lion du plan du général* Bava. Aussi, vers les cinq heu- « res de l'après-midi , le roi , voyant que les troupes t étaient exténuées par la faim , la fatigue et la chaleur « tandis que l'ennemi avait sans cesse à nous opposer des « troupes fraîches, donna Tordre de la retraite sur Villa- « franca , après onze heures d'un combat acharné. Ce « mouvement rétrograde, en face d'un ennemi presque « trois fois supérieur en nombre, s'exécuta avec la plus « grande précision des trois points de Valleggio, Custoza « et Somma-Campagna, sous la protection de notre cava- « lerie, qui fit quelques charges brillantes. Le comte de « Sonnât Graneri s'y distingua à la tête de son esca- « dron.

« Ainsi se termina ce combat, malheureux dans son is- « sue , mais dont les glorieux épisodes fourniront une « page immortelle à l'histoire militaire du Piémont. »

Le 26 juillet, bien que les troupes fussent harassées de fatigue, un nouveau combat eut lieu, combat aussi meurtrier que ceux des deux jours précédents. Le deuxième corps d'armée s'était éloigné de Volta, sur un ordre écrit au crayon et signé par le colonel Cossato de l'état-major *.

* Cet ordre fut ensuite reconnu faux par les généraux Bava et Salasco, et par M. Cossato lui-même. Cependant , il est certain que le général de Sonnaz le reçut a Volta, en présence de son état-major. On aurait donc dfi faire une enquête sur un fait aussi singulier, tamlis qu'où eût l'air de ue pas y faire aitcution.

L'importance de la position de Yolta étant très grande, à quatre heures de l'après-midi» il fut ordonné à la troisième division de s'y rendre de nouveau, et de la reprendre à tout prix. La brigade de la reine et le 47" régiment furent aussi destinés à faire partie de l'expédition.

Après trois heures de marche, les troupes arrivent auprès de la colline de Yolta. La brigade de Savoie forme l'aile gauche , et les autres corps de la division l'aile droite. L'atlaque, commencée à sept heures du soir, est ouverte par le feu de l'artillerie , auquel répondent leà batteries autrichiennes placées sur la hauteur. Le 2 e régiment, entraîné par l'exemple de ses officiers, s'élance le premier k l'assaut, et, malgré la mitraille et la fusillade de l'ennemi, gravit la pente escarpée de la colline, et pénètre dans le village. Le second bataillon du 1 er régiment entre aussi par la route de Goïto dans Yolta , en croisant la baïonnette, et quelques compagnies du 16 e régiment marchent sur ses pas avec ardeur. Alors, par une nuit sombre, un combat terrible s'engage: chaque rue, chaque jardin , chaque maison . oflre des scènes de carnage et d'incendie. A la lueur des flammes, on- distingue çà et là des cadavres. Les cris des blessés et des mourants sont couverts par le bruit du canon et de la fusillade. Le désordre et la confusion sont au comble. Un officier autrichien en profile pour user d'un indigne stratagème : « A moi , Savoie ! » sécrie-t-il en français Nos soldats , trompés par cet appel, accourent de toutes parts, et tombent percés de coups ; mais cet infâme guet - apens ne reste pas longtemps impuni. Un de nos grenadiers , en entendant les cris de détresse de ses camarades, se preci-

pite avec une vingtaine d'hommes sur les assassins, et les massacre avec leur officier.

M. Regard de Villeneuve, major du T régiment, est tué à la tête de son bataillon. Le capitaine Joseph de Charbonneaux le remplace et tombe lui-même , quelques instants après, criblé de blessures. Mille traits de bravoure signalèrent cette nuit mémorable, et la victoire coûta bien cher aux Autrichiens, car ils laissèrent cinq cents des leurs sur le champ de bataille, tandis que les nôtres se retirèrent en emmenant tous leurs blessés et un grand nombre de prisonniers. Le combat, commencé le 26 juillet à sept heures du soir, ne prit fin qu'à deux heures du matin , le 27.

Après ces trois jours de bataille , qui avaient coûté à l'armée sarde des pertes d'autant plus graves, qu'elle était bien inférieure en nombre à l'ennemi, la retraite devenait indispensable. Elle s'opéra avec ordre , grâce au sangfroid du général de Sonnaz. Les troupes marchaient échelonnées en carré, protégées par l'artillerie et quelques escadrons. La cavalerie ennemie poursuivit l'armée sarde ; mais des charges brillantes des régiments de Gênes et de Savoie, ainsi que quelques coups de canon tirés à mitraille, l'obligèrent à se retirer avec perte. Les soldats piémontais étaient épuisés par quatre jours de marche et de combats ; de plus, le manque de vivres était presque absolu, car le délégué du gouvernement de Milan, ainsi que les commissaires et l'entrepreneur chargé des approvisionnements avaient disparu. Enfin, les généraux De Ferrère et Sommariva, malgré les ordres reçus, s'étaient retirés au-delà de rOglio, privant ainsi l'armée de cinq régiments. Char-

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les-Albert fit donc proposer une suspension d'armes à Ra* detzki, qui, fort de sa supériorité numérique, demanda que notre armée se retirât derrière l'Adda, en cédant Venise, Peschiera, Pizzigbettone et Rocca d'Anfo, et en évacuant les duchés de Parme et de Modène. C'étaient les mêmes conditions que Charles -Albert subit, quelques jours après, par suite du fatal armistice du 5 août , avec cette différence, toutefois, que l'armée sarde , en gardant la ligne de l'Adda, aurait couvert Milan, et donné le temps aux renforts d'arriver de toutes parts. Charles-Albert , au lieu de souscrire aux demandes de Radetzki , ordonna la retraite sur Crémone. Nos soldats eurent horriblement à souffrir de la chaleur et du manque de vivres. Malgré cela, l'ennemi, qui les harcelait de bien près, ne put parvenir à entamer nos colonnes. Nous ferons remarquer ici que, pendant toute la campagne de Tannée dernière, et jnême durant la retraite, nos troupes n'essuyèrent aucun échec. Ce fait prouve suffisamment de quoi elles eussent été capables, si d'autres chefs les avaient commandées.

Après douze heures de marche, pendant laquelle quelques soldats, accablés par la fatigue et te faim , expirèrent sur la route, l'armée sarde arriva à Crémone : c'était le 29 juillet. Le lendemain, une colonne autrichienne s'étant avancée sur la route de Piadena, un escadron de cavalerié, deux compagnies d'infanterie et deux pièces d'artillerie, sont envoyés à sa rencontre. Un feu meurtrier s'engage bientôt, malgré une pluie d'orage qui tombait a torrents. Le général Broglia, quoique blessé , accourt au bruit du canon, et le combat devient de plus en plus vif. JSnlin, l'ennemi, voyant la bonne contenance des nôtres,

bat en retraite. Charles Albert manifestait l'intention de défendre la ligne de l'Adda ; mais, averti que le général Sommariva avait laissé construire parles Autrichiens un pont sur celte rivière, il crut nécessaire d'abandonner encore cette ligne. Le 4 er août au matin, le ministre anglais Abercromby se présenta au quartier-général du roi , et offrit à ce dernier de se rendre auprès de Radetzki, dans le but d'obtenir une suspension d'armes. Charles- Albert accepta cette proposition, et alla attendre la réponse à Lodi. Le jour suivant, M. Abercromby revint du quartier-général autrichien, pour annoncer que Radetzki , loin d'accéder à la trêve proposée, se disposait à marcher sur Milan. Après avoir rejeté les conditions posées par Radetzki quelques jours auparavant, Charles-Albert ne pouvait, à moins de se couvrir d'infamie, laisser Milan à la merci de l'ennemi. Aussi ordonna-t-il aussitôt le mouvement de l'armée sur cette ville. Le 3 août , les Piémontais campaient , en effet, à un quart de lieue de la capitale de la Lombardie, sur un demi-cercle qui s'étendait depuis la route de Ber game jusqu'au canal de Pavie, et le roi établissait son quartier-général dans une petite auberge, à l'enseigne de' &ml-Geor</es,prèsdelaPorte-Romaine, entre la deuxième et la troisième division.

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