CAPITULATION DE MILAN DU 5 AOUT
V 'La ville sera épargnée.
2° S. £. le maréchal promet, en ce qui dépend de lui, d'avoir, par rapport au passé , tous les égards qu'exige l'équité.
3° Le mouvement de l'armée sarde se fera en deux jours d'étape, ainsi qu'il avait été convenu avec les généraux.
4° S. E. accorde à tous ceux qui voudront sortir de la ville la libre sortie par la route de Magenta , jusqu'à demain, à huit heures du soir.
5° Par compensation, le maréchal demande l'occupation militaire de la Porte-Romaine, ainsi que l'entrée et l'occupation de la ville pour midi.
6° Le transport des malades et des blessés aura lieu pendant les deux jours d'étape.
7° Toutes ces conditions ont besoin d'être ratifiées par S. M. sarde.
8° S. £. le maréchal demande la délivrance immédiate de tous les généraux, officiers et employés autrichiens qui se trouvent à Milan.
( Signé par le maire de Milan et par les chefe d'état-major des deux armées.)
« Vous voyez qu'on promet d'épargner la vie , Thon- « neur, la fortune des citoyens. Plaise à Dieu que la pro- « messe ne soit pas mensongère!
« Mais vous, jeunes gens robustes, vous qui, tous tant « que vous êtes, pouvez encore porter un fusil et endurer « les fatigues d'une marche, il vous reste à faire une pro- « testation solennelle en faveur de la Lombardie. Non, la a patrie ne périt pas avec les murailles I non , la patrie « italienne ne succombe pas sous la force brutale qui s'in- « titule droit I JÈmigrons tous avec nos armes. À la suite « de cette armée piémontaise et ligurienne, qui s'éloigne « tristement d'un pays qu'elle avait juré d'aider à s'af- « franchir, retirons-nous sur la terre d'exil, qui sera « pour nous la patrie , puisqu'elle sera italienne. L'Eu- « rope demeurera frappée de cette résolution énergique; « puis, dans une même pensée , dans une même es- « pérance, nous tiendrons haut et ferme la bannière que « nous avions arborée sur les barricades, en ne cessant « de protester contre une domination violente, et en gar- « dant la confiance qu'un jour viendra où nous arbore* « rons de nouveau les trois couleurs sur les tours de no- « treeité!
« Qu'à six heures du soir, tous. ceux qui sont dans l'in-
« tention d'éraigrer se trouvent* réunis sur la place d'ar-
« mes, munis de leurs armes et animés <le ce courage qui
« se retrempe dans les grandes épreuves. Le roi quittera
« cette ville le dernier. Nous serons avec vous , et , en
« faisan^nos derniers adieux à cette terre bien-aimée,
« nous nous écrierons : vive l'Italie libre et indépen-
« dante!
« Milan, 5 août 1848. '
« C. Cantu, P. Litta, à. Anelli. »
Jusque-là, lagarde nationale et le peuple s'étaient tenus à leur poste, prêts à se battre ; mais quand la fatale vérité fut connue, et que l'on eut la certitude de l'abandon de Charles-Albert, un immense désespoir saisit les citoyens. Qu'il suffise de dire que cette journée néfaste fit perdre la raison à une trentaine d'individus. Â la pointe du jour, avant l'entrée des Croates, les trois quarts des habitants se précipitèrent hors de la ville. Des familles entières , qui n'avaient jamais quitté Milan , se traînaient sur les routes , sans savoir où elles iraient , ni comment elles pourraient subsister. On vit des soldats piémontais abandonner leurs drapeaux pour venir au secours des malheureux fugitifs, et porter dans leurs bras des enfants qui ne pouvaient plus marcher. Ce spectacle était d'autant plus douloureux que, de la haute Lombardie et de tous les districts environnants, des milliers d'hommes armés accouraient à la défense de Milan. Mais , à la nouvelle de la capitulation , ils se dispersaient en frémissant de rage. MM. Restelli et Maçstri affirment qu' environ cinquante
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mille hommes en armes étaient prêts à fondre sur les assiégeants , et M. Catlaneo écrit ces mots dans les dernières pages de son livre :
« Il y avait quatorze mille volontaires sur la ligne qui « s'étend de la frontière des Grisons jusqu'à Peschiera, et « de là jusqu'au lac de Côme. Ils auraient pu se concen- « trer et sauver Milan ; ils auraient pu encore défendre « les montagnes qui couvrent la moitié de la Lombardie ; « mais Charles-Albert avait pris son parti , et ses agents « avaient tout désorganisé. Le corps d'Àpice , qui tant « de fois avait teint du sang de l'ennemi les neiges du « Wintschgau, fut obligé de se dissoudre, faute de vivres. « Griffini , qu'on avait laissé inactif à Brescia, à vingt-
* cinq lieues derrière l'ennemi, se dirigea, parle passage « presque impraticable de l'Aprica, sur la frontière des « Grisons. Durando, après avoir livré aux Autrichiens la « vallée du Caffaro, se chargea de ramener tranquillet ment en Piémont sept mille volontaires. Arrivé à Ber- « game, ce nouveau Xénophon refusa d'écraser les quinze « cents Autrichiens qui l'avaient laissé monter dans la « haute ville tambour battant et drapeau déployé, au mi- « lieu des acclamations du peuple. Cernuschi , qui était » là, le supplia vainement de ne pas laisser aux mains « des Croates un demi-million qui était dans la caisse de « la province, et qui aurait pu fournir du pain aux com- « battants. Garibaldi fut le seul qui cherchât à rallumer le « feu sacré ; mais il avait trop tardé ; il s'était, du reste, « renfermé dans un triangle, entre l'ennemi, la Suisse et « le lac Majeur, où il ne pouvait ni se nourrir, ni faire
• aucun mouvement, et son chef d'état-major, Anzani ,
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« officier d'une intelligence supérieure , venait de mou- « rir. Après quelques faits d'armes, les volontaires du- « rcnt abandonner le sol lombard. »
Les passages que nous venons de citer (et encore ne contiennent-ils pas les faits les plus graves), nous paraissent accablants pour Charles-Albert, à qui plus d'une victoire aurait été nécessaire pour laver la tache imprimée sur son front par l'armistice du 5 août. Ajoutez à cela que , signé
par le général Salasco, chef de l'état-major, les termes de
ce dernier document furent dictés par le roi. On en eut la
preuve, lorsque M. Salasco, attaqué violemment par la ■
presse, publia, dans le n° 213 du journal,// Risorgi-
mento, une lettre où l'on remarque les mots suivants : « Ma
« conscience me dit, qu'en accomplissant mes devoirs de ;
« chef de l'état-major général, je n'ai fait qu'obéir stric-
« tement aux ordres de Sa Majesté. »
L'armistice portait que l'armée piémontaise eût à se retirer derrière le Tessin, et que les Autrichiens reprissent les mêmes positions qu'ils occupaient avant la guerre, ce qui entraînait la soumission pleine et entière des provinces lombardo-véni tiennes , ainsi que le retour des duchés sous leurs anciens gouvernements. Or, tout le monde sait qu'un armistice n'est autre chose qu'une suspension d'armes. Toute décision relative , soit à des cessions de territoires, soit à des redditions de places fortes , aurait dû, par conséquent, être ajournée. Aussi, un immense cri d'indignation s'éleva d'un bout à l'autre de l'Italie, à la nouvelle de l'armistice du 5 août, et l'opinion du plus grand nombre fut que Charles-Albert , en consentant à des clauses aussi iniques que désastreuses , n'avait eu
qu'une seule intention , celle de déguiser, sous une trêve de quelques semaines, une paix définitive qu'on ne pouvait trop flétrir !
Après le récit que nous avons fait des tristes scènes dont Milan fut le théâtre pendant la journée du 5 août , on ne doit pas s'étonner si Charles-Albert ne parvint à se sauver de cette ville que grâce au dévoûment du général Bava. Celui-ci, à la tète des Bersaglieri et d'un bataillon des Gardes, réussit, non sans peine, h le dégager des rassemblements menaçants qui entouraient son palais. La roi sarde, à peine arrivé en Piémont, publia, à Vigevano, à la date du 7 août , une proclamation adressée à ses soldats; puis, sentant la nécessité de répondre aux violentes attaques dont il était l'objet de la part des Lombards , il fit paraître une adresse aux peuples des États-sardes, adresse qu'il nous semble indispensable de relater :
« Peuples du royaume,
« L'indépendance de l'Italie m'a poussé à la guerre « contre l'Autrichien. La valeur de mes troupes a semblé « d'abord enchaîner la victoire. Ni moi, ni mes fils, n'a- « vons reculé en face des dangers. La justice de notre « cause enflammait leur courage et le mien.
« Mais le sourire de la fortune fut de courte durée, t L'ennemi reçut des renforts considérables, et mes trou-
* pes, presque seules pour combattre, privées de vivres,
# ont dû bientôt abandonner les positions conquises , et f les provinces rendues par elles à la liberté.
« Je m'étais retiré sur la ville de Milan pour la défen-
• dre; mais mon armée, épuisée par de longues fatigues,
« car la râleur des plus braves soldats a aussi ses limi- « tes, ne pouvait affronter de nouvelles batailles.
« Il était impossible de soutenir un siège dans Milan ; « l'argent , les munitions de guerre et de bouche man- « quaient. Peut-être, avec le concours des habitants, « nous aurions pu résister quelques jours , mais pour « nous ensevelir sous les ruines de la cité, sans espoir de « vaincre nos ennemis.
« Ce fut alors que, d'accord avec les Milanais , j'enta- « mai des négociations avec l'étranger.
« Je n'ignore pas les accusations dont quelques hom- « mes ont cherché à ternir mon nom. Je prends Dieu à « témoin de la loyauté de mes actions , et laisse à l'his- « toire le soin de les justifier.
« Une trêve de six semaines vient d'être conclue ; dans 9 « l'intervalle, j'obtiendrai une paix honorable , sinon la * « guerre recommencera.
« Mon cœur a toujours battu pour l'indépendance de « l'Italie ; mais l'Italie n'a pas encore montré au monde « ce qu'elle peut faire pour son affranchissement.
« Peuples du royaume, montrez- vous forts dans ce pre- « mier revers , mettez à profit les institutions libérales « dont vous jouissez. Vous m'avez fait connaître vos \ « vœox ; non- seulement j'y ai accédé, mais encore j'ai la • ferme volonté de rester en tout temps fidèle à mes prd- « messes.
« Je n'ai pas oublié les acclamations dont vous m'avez ' « salué à mon départ. Au milieu do bruit des batailles, « elles charmaient encore mon oreille. Ayez confiance
« dans votre roi. La cause de l'indépendance italienne « n'est pas perdue !
« Vigevano, 10 août 1848.
« Charles-Albert. »
Ce que nous avons dit des événements de Milan répond assez, ce nous semble, à certaines assertions de Charles- Albert, coupable surtout d'insulte à l'Italie , accusée par lui de n'avoir pas encore montré au monde ce quelle pouvait faire pour son affranchissement. En écrivant ces mots, il oubliait le mouvement sublime qui agita la Péninsule tout entière au premier cri de l'insurrection de Milan , et l'enthousiasme immense avec lequel des milliers de volontaires accoururent sur le théâtre de la guerre de tous les points de l'Italie, malgré la mauvaise volonté des souverains. Il oubliait aussi que, par son ambition trop tôt manifestée , il avait encore ajouté à cette mauvaise volonté , et qu'en plaçant exclusivement sa confiance dans l'armée sarde, il avait contribué à éloigner les éléments précieux qui affluaient autour de lui de toutes parts. L'émigration lombarde s'empressa de publier une protestation solennelle contre le fatal armistice, protestation qui fut couverts de plusieurs milliers de signatures , et que suivit bientôt celle des ministres piémontais démissionnaires.
Vers la fin de juillet, un nouveau ministère , composé de MM. Casati, Pareto, Collegno, Ricci et Gioberti , avait succédé au cabinet Balbo, qui, pendant tout le cours de la guerre , avait fait preuve d'incapacité , tandis que les Chambres, au lieu de s'occuper avant tout des moyens d'activer la rampague contre l'Autriche, s'étaient perdues
DE LA RÉVOLUTION ITALIENNE. 2u9
en discussions oiseuses, et quelquefois même nuisibles à la grande cause du pays. Il nous suffira de rappeler, à ce propos, celle à laquelle M. Brofferio prit une part considérable, et qui roula sur la question , aussi délicate que prématurée, de savoir où siégerait le gouvernement du royaume de la Haute-Italie. Le ministère Casati . comprenant la gravité de la situation, avait proposé aux Chambres différentes mesures énergiques, et M. Collegno, ministre de la guerre, avait demandé, entre autres choses, la mobilisation de cinquante bataillons de la garde natio~ nale. En effet, le parlement ayant approuvé cette mesure, un décret du régent , en date du 4" août , était venu en ordonner l'exécution. De plus , sur la proposition de MM. Boncompagni et de Ferraris, la Chambre des députés, après une discussion orageuse, avait consenti à réunir tous les pouvoirs dans les mains du gouvernement. En conséquence, le 2 août, le ministère avait été autorisé par le prince Eugène de Carignan à proclamer la levée en masse, et , le lendemain , d'autres mesures étaient adoptées par lui , parmi lesquelles on remarquait l'ouverture d'un registre spécial pour l'inscription des volontaires de dix-huit à vingt-un ans. Enfin, le 5 août, l'agitation du pays étant devenue de plus en plus grande, un Comité de salut public avait été institué. Tous ces faits, qui donnent la preuve du bon esprit qui animait le Piémont , aggravent encore, selon nous, les torts de Charles-Albert.
Comme consolation pour l'Italie, après les scènes douloureuses de Milan , un beau spectacle lui était donné, quelques jours plus tard, par la ville de Bologne.
Déjà, le 25 juillet, les Autrichiens avaient fait irruption
dans Ferme. Malgré la protestation du prolégat Lova* telli contre cette invasion des États-Romains, le général Welden étant survenu, il s'avança vers le Bolonais, et, le 3 août , il publia une proclamation dans laquelle , se faisant fort de l'attitude gardée par Pie IX pendant la guerre, il menaçait des plus sévères châtiments les populations qui se seraient levées contre ses troupes, et rappelait, comme exemple de ses rigueurs, le triste sort de Serinide, mise à feu et à sang, parce que quelques-uns de ses habitants avaient tiré sur les soldats de l'empereur ! Cette proclamation sauvage excita, à Bologne, une grande fermentation ; laquelle augmenta encore dans la matinée du 8 août, à la nouvelle de l'approche des Autrichiens. Malgré des paroles toutes pacifiques adressées aux habitants par le prolégat Bianchetti , le peuple fait ses préparatifs en silence. Welden , arrivé devant Bologne , envoie dans la ville quelques-uns des siens, qui, entrant dans les cafés d'un air provocateur, font naître bientôt une rixe entre eux et les citoyens. Les Croates ont le dessous, et aussitôt "Welden frappe la ville d'une contribution de cent mille piastres, et réclame huit ôtages. Le 9, un officier d'abord, puis un soldat, porteurs de dépêches adressées par Welden au prolégat , sont massacrés. M. Bianchetti , pour éviter à la ville de terribles représailles, prend la résolution de se rendre un des premiers , comme ôtage , chez le général autrichien ; mais il arrivait à la porte San-Felice, contre laquelle les Autrichiens avaient braqué leurs canons , quand le combat s'engagea entre le peuple et l'étranger envahisseur. Au premier coup de feu, les cloches sonnent le tocsin. A cet appel, les braves Bo-
de Là révolution italienne. 871
louais accourent en armes de toutes parts , et , aidés par les carabiniers et les douaniers, ils repoussent l'ennemi , malgré ses canons et ses fusées à la congrève. Welden , furieux d'une défaite aussi inattendue , court à la porte Galliera, pour occuper une petite colline appelée la Montagnola, servant de promenade publique, et dominant la ville. Malgré l'avantage de la position et le feu de leurs canons, qui ne cessent de tonner pendant quatre heures, les Autrichiens sont obligés de battre en retraite, en laissant cinquante des leurs dans les mains des Bolonais, «ans compter une quarantaine de morts et un grand nombre de blessés. Du côté des nôtres, il y eut aussi quelques victimes, parmi lesquelles M. Buffagni, de Modène, qui, en 4 831 , s'était trouvé parmi les combattants de la maison de Cyrus Menotti, dans la nuit mémorable du 3 au 4 février. Le 4 0 août, les populations environnantes étant accourues à Bologne, et le colonel Belluzzi s'étant mis à la tête des troupes venues en* toute hâte de la Romagne, le général Welden évacua le territoire , bien qu'il eût sous ses ordres trois mille hommes d'infanterie, cinq cents cavaliers et douze pièces de canon.
Ce même Welden avait cherché à pénétrer dans Venise , le 27 juillet, à l'aide d'un honteux stratagème. Voici la lettre qu'il écrivit de Mestre à M. Castelli , qui avait succédé à Manin dans la présidence du gouvernement de Venise:
« Après un combat acharné de trois jours , l'armée de « Charles- Albert a été complètement détruite. Nos trou- « pes sont aujourd'hui campées sur l'Oglio.
* Je suis homme d'honneur ; des mensonges seraient
fl% HISTOIRE
« indignes et même inutiles , puisque vous pourriez en « peu de temps les reconnaître.
« C'est le moment , mais le dernier, de discuter une « cause, avant qu'elle soit totalement perdue. »
La réponse du gouvernement provisoire fut digne de Venise, et, dès lors, cette ville généreuse , bien que délaissée par Charles- Albert , sut , grâce à ses énormes sacrifices et au dévoûment des volontaires accourus pour la défendre, maintenir son indépendance et sauvegarder rhonneur des armes italiennes. Au commencement de la guerre, les Autrichiens, débarqués subitement à Caorle , attaquent Chioggia , mais échouent devant l'énergie de la population. Assaillie du coté de la terre ferme, le 1 8 juin, la garnison de Venise repousse les Autrichiens. Le 8 juillet, le général Ferrari fait une reconnaissance aux Cava-. nelle, à la tête de quatre bataillons de volontaires. Mais Fardeur peu réfléchie de ces fougueux jeunes gens nuit à l'attaque, et Ferrari est obligé de battre en retraite, après avoir perdu cinquante hommes. D'autres faits d'armes se succèdent; mais jamais les Autrichiens ne parviennent à franchir les lagunes, protégées par cinq cent cinquante pièces en batterie, indépendamment des forces maritimes qu'on avait su rassembler en peu de temps.
Lors du vote d'annexion aux États-Sardes , MM. Colli et Cibrario s'étaient rendus à Venise en qualité de commissaires royaux, et avaient, avec M. Castelli, constitué le gouvernement de la ville. A la nouvelle de l'armistice de Milan , un grand mouvement se fit a Venise, et la population se porta en masse sous les fenêtres des commissaires piémontais , en criant : A bas Charles- Albert! et
vive la République! Manin , toujours prêt dans les moments difficiles, se présente au peuple, et, par sa parole aussi sincère qu'éloquente , parvient à le calmer. Puis il s'abouche avec MM. Colli et Cibrario, et, s'étant mis d'accord avec eux, se montre au balcon, il annonce au peuple la convocation d'une Assemblée nationale pour le 43 août. « Mais d'ici là, ajoute-t-il, il vous faut un gouvernement; « voulez- vous que je m'en charge? » Une immense acclation répondit à ces mots , et Manin resta investi d'une espèce de dictature jusqu'à la réunion de l'Assemblée nationale, qui, après avoir approuvé de tout point la conduite de l'illustre citoyen, le plaça, aingî que Cavedaliset Graziani, à la tête du gouvernement. On ne pouvait faire un meilleur choix, et l'ordre et la bonne administration
dont Yenise n'a cessé de jouir l'ont prouvé suffisamment. •
La petite place d'Osopo s'opposa à F exécution de l'armistice, et, par sa longue résistance, ajouta une nouvelle protestation à l'acte fatal du 5 août. Garibaldi, dont nous avons parlé plus haut , s'était retiré sur le territoire de Varcse, et, quoique attaqué par des forces supérieures, il avait su s'y maintenir jusqu'au 26 août; mais, les Autrichiens ayant reçu de nouveaux renforts, il fut forcé de se réfugier en Suisse. Cette résistance du fameux chef de guérillas, prolongée pendant vingt-un jours, n'en mérite pas moins d'être vantée , et on ne saurait trop le louer d'avoir été le dernier à désespérer du triomphe de nos armes.
Le contre-coup des malheureux événements de la Haute- Italie se fit grandement sentir dans le reste de la Péninsule , mais surtout en Toscane et dans les États-Romains.