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Déjà , le 90 juillet , à la première nouvelle des revers de l'armée sarde , une grande manifestation avait eu lieu à Florence, manifestation k la suite de laquelle le ministère Ridolfi, accusé de mollesse excessive, s'était retiré, et les Chambres avaient adopté des mesures militaires assez énergiques. Mais les nouveaux membres du cabinet, présidé par M. Capponi, ayant bientôt suivi les errements de de leurs prédécesseurs , l'agitation populaire n'avait fait qu'augmenter. Un événement de peu d'importance faillit, dès le mois d'août, exciter cette révolution, qui changea depuis en République le gouvernement constitutionnel de la Toscane. Nous voulons parler de l'arrivée à Livourne du père Gavazzi , barnabite célèbre pour ses prédications politiques , dont l'effet était immense sur les masses. Très populaire dans les villes où il avait passé , il l'était sur-, tout à Livourne. Aussi, à son arrivée en rade, malgré l'ordre donné par le gouvernement de ne pas le laisser débarquer, une députation de la ville alla le prendre à bord, et l'amena à son hôtel, aux acclamations de la foule. Le père Gavazzi devait se rendre à Bologne, sa ville natale, dans le but d'en électriser encore plus la population, et de la mieux disposer à repousser une nouvelle invasion autrichienne. Il partit donc de Livourne, accompagné de quelques citoyens, pour se rendre à sa destination, en passant par Florence. Le gouvernement, informé de son départ par le télégraphe électrique , au lieu de tolérer son passage sur le territoire toscan, voulut faire acte d'autorité, et ordonna son arrestation, qui, en cflet, fut opérée à quelques lieues de Florence. La nouvelle de ce fait ne larda pas à être connue & Livourne , et aussitôt la plus
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grande irritation s'y manifesta. Une masse d'hommes du peuple se présenta tout à coup chez le gouverneur, et le traîna en prison. Deux heures après, la citadelle était envahie, et les armes qu'elle contenait enlevées par les assaillants. La garde nationale, seule force armée qui se trouvât dans la ville, n'opposa aucune résistance à l'entraînement populaire, et, le lendemain, trois hommes des classes inférieures ayant été tués, a l'arsenal, par les gardes civiques formant le poste, la milice citoyenne perdit toute autorité dans la ville. Dès lors , le peuple fut complètement maître de Livourne. Le cercle politique de la ville, présidé par M. Pensa, chercha a contenir le mouvement dans de justes limites, pendant qu'un moine dominicain, le père Meloni, s'efforçait par son éloquence populaire de calmer la foule irritée. Pour l'honneur du peu-* pie de Livourne, il faut dire que pas un seul excès ne fut commis , que les propriétés furent constamment respectées, et que l'ordre , à part l'agitation inévitable dans de pareils moments, ne cessa point de régner. Bientôt , un comité de salut public fut nommé par acclamation populaire , et aussitôt sa voix fut écoutée avec la plus grande déférence. Ce mouvement de Livourne n'avait en réalité d'autres motifs que la désaffection du pays envers un gouvernement qui n'avait pas répondu à son attente, pendant la guerre de l'indépendance, et qui, alors même, ne semblait avoir aucun souci de réparer les torts du passé, li eût donc suffi de satisfaire au vœu public concernant la guerre nationale, pour calmer les esprits. Il était nécessaire, en outre, de ne déployer aucune rigueur contre Li- ▼ourne, ville dont la population est des plus susceptibles,
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et que le moindre malentendu peut soulever. Or, le gouvernement , après avoir répondu vaguement aux différentes députations envoyées par le comité de salut public, dirigea sur Livourne un corps de troupes, sous les ordres du colonel Cipriani, qu'il investit du titre et des pouvoirs de commissaire extraordinaire. La population livournaise, qui, pendant plusieurs jours, s'était opposée obstinément à l'entrée de la force armée, sur l'assurance qui lui avait été donnée qu'aucune rigueur ne serait exercée , avait fini , non-seulement par admettre les soldats , mais par fraterniser avec eux. La tranquillité n'aurait donc été troublée en aucune façon , sans une proclamation menaçante du colonel Cipriani, proclamation arrachée aussitôt que placardée, et qui, donnant lieu à des collisions entre le peuple et la troupe, ne tarda pas à amener le combat. L'issue en fut malheureuse pour cette dernière , car les carabiniers seuls firent tête aux hommes du peuple , tandis que la ligne abaissait ses armes devant les citoyens. M. Cipriani, après avoir occasionné la guerre civile, voyant toute résistance impossible, chercha son salut dans la fuite. Ce fut alors que M. Montanelli fut envoyé à Livourne comme gouverneur, et, en effet, aidé de M. Guerrazzi , il parvint à rétablir le calme dans la ville. Hais une grave atteinte avait été portée à l'autorité du gouvernement , et les événements que nous avons racontés ne devaient pas peu contribuer à la révolution dont la Toscane fut bientôt le théâtre.
Le duché de Modène était occupé, le 7 août, par les Autrichiens , et ce même duc François Y, qui s'était enfui avec eux , rentrait à leur suite. Le duché de Parme et
Plaisance subissait aussi de nouveau l'invasion étrangère. Mais Louis de Bourbon, persuadé peut-être que le règne de l'Autriche en Italie ne serait pas long , se tenait à l'écart.
Rien ne saurait peindre la désolation des duchés et de tous les pays rentrés sous le joug autrichien, joug que la victoire rendait encore plus dur. Ajoutez à cela que les finances de l'Autriche étant dans le plus triste état , l'armée impériale prélevait sur la malheureuse Italie l'argent nécessaire à son entretien. Enfin, tous les pouvoirs étaient concentrés dans les mains de l'autorité militaire, et celleci en usait de la manière la plus barbare contre un peuple à qui elle reprochait sans cesse sa récente rébellion.
Dans les États-Romains, l'agitation était permanente, et la tentative de Welden sur Bologne avait surexcité encore l'esprit public. En même temps, la désaffection envers Pie IX ne faisait qu'augmenter. Celui qui écrit ces pages était à Rome, lorsqu'arriva dans cette ville la nouvelle des revers de l'armée sarde, et il fut témoin des scènes les plus étranges. D'abord , le 30 juillet au soir, le bruit d'une grande victoire remportée par l'armée sarde s'étant répandu dans la ville , une joie indicible y avait éclaté. Une promenade aux flambeaux, à laquelle prit part une foule immense, fut organisée aussitôt, et, au lieu de l'ancien cri : vive Pie IX! on entendit retentir pendant la nuit entière celui-ci : vive Cliarlcs-Albert, roi d7talie! entremêlé parfois de ces mots : à bas les prêtres! Le lendemain, la triste vérité fut connue, et à la joie succéda une consternation profonde; puis une colère sombre, qui se traduisit bientôt en démonstrations populaires menaçan-
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tes. La Chambre des députés , sur qui cet état de choses avait réagi fortement, traduisit le sentiment public dans une adresse à Pie IX, empreinte du plus vif patriotisme ; mais le pape ayant répondu, selon son habitude , en termes vagues, le ministère Mamiani offrit sa démission. De là, un redoublement d'agitation, dans la ville, et partant une demi-promesse de la part de Pie IX de consentir aux mesures énergiques exigées par la situation. Mamiani se résigna, de son côté, à rester encore au pouvoir. Le â août, la Chambre des députés vota à l'unanimité : 4° la mobilisation de douze mille gardes nationaux; 2° l'organisation d'une légion étrangère de douze mille hommes ; 3° la nomination d'un bon général italien, en qualité de chef de l'armée; 4° un subside de quatre millions de piastres affecté au département de la guerre. Ces décrets , présentés le même jour aux membres du haut conseil , furent votés par eux aussi unanimement qu'ils l'avaient été par la Chambre des députés. Mais le mauvais vouloir du pape et de sa camarilla paralysèrent en grande partie l'effet des mesures adoptées par le parlement. Quelques jours après, M. Mamiani, fatigué de l'opposition sourde de la gent cléricale, et de l'indécision calculée de Pie IX, se retira définitivement t et fut remplacé par le comte Fabbri, excellent patriote, mais qui , affaibli par l'âge, était encore moins fait que M. Mamiani pour dominer une situation extrêmement difficile.
Le royaume de Naples, désarmé presque en entier, après la triste issue de l'insurrection des Calabres, et livré au bon plaisir du roi , qui s'appuyait uniquement sur la
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italienne. Cependant, la Chambre des dépotés , réunie le 1 er juillet, dans sa réponse au discours prononcé par le duc de Serra-Capriola au nom du roi , fit entendre de nobles paroles au nom de l'Italie 4 . Malheureusement, il n'était donné àl'assemblée que de former des vœux stériles, et même à l'égard des questions de l'intérieur, elle était condamnée à une fatale impuissance. Dissoute le 4 5 mai , elle avait protesté d'une manière solennelle contre une pareille violence. Pour être conséquente avec elle-même, elle n'aurait jamais dû se rendre k l'appel que lui fit le roi, car, en se réunissant sur son invitation, elle acceptait toutes les vio- f lations dont Ferdinand II s'était rendu coupable envers la loi fondamentale de l'État. Le roi comprit si bien la triste position dans laquelle la Chambre des députés s'était placée, qu'il la traita, dès lors, avec le plus grand dédain. Il | alla jusqu'à refuser de recevoir l'adresse en réponse au discours de la couronne. Ses ministres, fidèles interprêtes des sentiments de leur maître, faisaient preuve d une assurance extraordinaire vis -k -vis des représentants du
pays , dont l'opposition , quoique incessante , n'avait aucun résultat. M. Bozzelli , le plus impopulaire parmi les ministres, était aussi le plus outrecuidant en présence de la Chambre, qui, cependant, ne lui épargnait pas les apostrophes les plus dures. Durant deux mois environ , une improbation presque continuelle se manifesta à l'égard du ministère , et , certes , il faut savoir gré k l'opposition du courage qu elle montrait , bien que les deux garanties
1 II est U remarquer que les collèges électoraux, appelés le 15 juin à nommer de nouveaux députés, avaient déclaré presque tous vouloir maintenir les nominations faites le 18 avril î
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principales du régime constitutionnel , la liberté de la presse et l'institution de la garde nationale, fissent défaut au parlement. Le gouvernement , dans les premiers jours de juin, effrayé par l'insurrection des Calabres (à laquelle seule on doit attribuer le maintien de la forme constitutionnelle), avait organisé un simulacre de milice citoyenne, composée de deux mille hommes env fron, recrutés, pour la plupart, dans le parti royaliste. La Chambre, sentant donc l'urgente nécessité de la reconstitution de la garde civique, songea d'abord à la loi qui la concernait. Une commission fut formée à ce sujet, et M. Imbriani , ayant été nommé rapporteur, prononça un discours fort remarquable, où il s'attacha surtout a démontrer, et l'illégalité du désarmement général des citoyens , et l'impérieux besoin de remettre en vigueur, dans un bref délai, la plus puissante sauvegarde des libertés publiques. Le ministère devait répondre bientôt par la prorogation des Chambres a,ux paroles de M. Imbriani , dont le projet de loi resta , dès lors , à l'état de rapport. D'autres députés tirent entendre de nobles accents sur différentes questions : M. Scialoja, à propos des Siciliens faits prisonniers dans les eaux de Corfou ; M. Massari , relativement à la question ita tienne, et plusieurs membres sur l'horrible assassinat de leur collègue , M. Carducci. Ce dernier s'était rendu en Calabre avec Ribotti. Les Siciliens ayant quitté la Calabre-Citérieure , Carducci prit la résolution de se jeter dans la province de Salerne, dont il était député, avec la pensée de se mettre à la tête de l'insurrection qui s'y préparait, et qui éclata, en effet, dans les derniers jours de juillet Débarque à Sapri , il fut attiré dans un infâme
guet-apens, par un prêtre royaliste appelé Peluso, et lâchement égorgé dans une grotte. Or, croirait-on que, nonseulement les assassins ne furent pas arrêtés, mais que le principal d'entre eux , l'exécrable Peluso , se promena bientôt impunément dans les rues de Naples! Ce fut sur un forfait accompagné de circonstances aussi épouvantables, que roulèrent, à différentes reprises, les interpellalions de la Chambre, sans qu'elle pût obtenir une réponse satisfaisante du ministre de la justice; et, aujourd'hui encore, le sang du député assassiné crie vengeance, au nom des lois indignement foulées aux pieds! Le misérable état des Calabres et la question sicilienne attiraient aussi l'attention de la Chambre, et étaient l'objet de commentair e s souverainement odieux au ministère, d'autant plus que l'intention bien arrêtée du roi était de reconquérir la Sicile à tout prix. Aussi, pour éviter tout débat sur ce point, Ferdinand décida de proroger les Chambres au 30 novembre.
Une fois l'insurrection calabraise réprimée , la reprise des hostilités contre la Sicile devait tôt ou tard avoir lieu. Toutefois, Ferdinand II aurait reculé quelque temps encore devant les moyens extrêmes . si la Sicile n'avait pas fait la faute de se donner un autre roi , en appelant au trône le second fils de Charles-Albert. Le 10 juillet, après une discussion qui se prolongea fort avant dans la nuit, le parlement sicilien avait proclamé à la fois sa nouvelle constitution (réformée sur les bases de celle de 1812 ) , et l'élection du duc de Gênes. Cette mesure, nous le répétons, fut une grande faute, car, d'uu côté, par la formation d'un nouveau royaume, elle ajoutait au fractionnement
de l'Italie; de l'autre, c'était une provocation trop directe envers le roi de Naples pour que celui-ci pût rester inactif. La Sicile, après avoir déclaré la dynastie des Bourbons déchue du trône à tout jamais, n'aurait dû songer qu'à s'organiser intérieurement, et surtout à se créer des forces militaires suffisantes , en ajournant à l'époque où l'Italie serait tout-k-fait indépendante la décision de ses propres destinées. Mais, en admettant un instant la nécessité pour elle de faire élection d'un roi, elle aurait mieux agi dans l'intérêt de la future unité nationale italienne, en appelant à régner sur elle le monarque qui, à cette époque, semblait si près de ceindre son front de la couronne de l'Italie tout entière. Elle préféra jeter un nouveau défi au roi de Naples ; or, celui-ci ne tarda guère à relever le gant, en renouvelant une guerre doublement impie, et parce qu'elle avait lieu entre deux peuples frères , et parce qu'elle retirait à la grande lutte nationale le précieux concours des forces militaires des Deux-Siciles.