‹ Histoire de la révolution d'Italie en 1848Chapitre 23 sur 37 · APERÇU · texte numérisé non relu

APERÇU

Sur les Événements qui se sont succédés en Italie pendant les six premiers mois de 1849.

La funeste issue de la guerre de l'indépendance, en 1848, et les maux de toute espèce qui en furent la suite, produisirent, d'une part, un désenchantement général et profond à l'endroit de la royauté, voire même chez ceux qui, jusqu'alors, avaient vu en elle un élément nécessaire ; de l'autre, un redoublement de haine contre l'Autriche et une tendance de plus en plus prononcée vers les doctrines démocratiques. Et, en vérité, le rôle déplorable joué par tous les princes italiens , à commencer par le pape et à terminer par Charles-Albert, était peu fait pour leur concilier la sympathie des patriotes. Loin de là, tous les voiles étaient tombés des yeux de ces derniers, et les plus modérés d'entre eux n'osaient plus mettre en avant l'utopie débonnaire de MM. Gioberti et Balbo, qui n'avaient pas cessé de représenter l'alliance entre les princes et les peuples, et surtout celle entre le principe populaire et la

papauté, comme le seul moyen efficace pour délivrer l'Italie des barbares! On avait vu à l'œuvre nos misérables roitelets, et Ton savait bien désormais ce dont ils étaient capables et quelles étaient leurs tendances véritables. 11 restait à essayer de l'action populaire et des moyens que la révolution seule peut fournir. Delà le mouvement de plus en plus vif de l'opinion publique, qui, entre autres effets, forçait le grand-duc Léopold à imiter l'exemple de Pie IX, en s'embarquant pour Game, et finissait par déterminer la proclamation de la République à Rome ainsi que l'établissement d'un gouvernement provisoire en Toscane.

Ces faits, d'autant plus importants que les trois quarts des libéraux italiens n'avaient pas craint de déclarer impossible, en Italie, l'application du principe démocratique, eurent un immense retentissement dans la Péninsule tout entière, mais notamment en Piémont, où la conduite équivoque du gouvernement excitait au plus haut degré les soupçons des patriotes, en rendant à la fois la monarchie de plus en plus impopulaire. Gênes surtout, Gênes que l'on peut regarder comme l'une des villes d'Italie les plus avancées, en fait d'idées démocratiques, se faisait remarquer par son agitation continuelle. Une crise paraissait imminente, et le ministère, dont le chef était M. Gioberti , n'avait que deux moyens pour conjurer la tempête : reprendre les hostilités contre l'Autriche , en réhabilitant en quelque sorte la royauté par la conquête de Tindépendance italienne , ou chercher à tuer le mal dans sa source, en se substituant à l'Autriche dans l'œuvre de destruction, en Italie, du principe démocratique.

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DE Lk RÉVOLUTION ITALIENNE. 313

C'est à ce dernier parti que M. Gioberti aurait voulu avoir recours, bien qu'il fût absurde et inique k la fois; absurde , parce que S'attacher à anéantir la démocratie dans la Péninsule était tenter l'impossible; inique, parce que c'aurait été vouloir remplacer la guerre contre l'étranger par une guerre fratricide. Heureusement , ce sinistre projet tomba devant l'indignation générale, et M. Gioberti fut obligé, non-seulement de renoncer à toute intervention dans l'Italie centrale, mais de quitter le ministère.

Il est vrai que ceux dans les mains desquels resta le pouvoir, tout en suivant une autre ligne politique que celle de M. Gioberti, ne se montrèrent pas plus habiles. Décidés à adopter le parti commandé par la situation , ils ne surent rien faire pour assurer le bon résultat d'une guerre de laquelle dépendaient le salut ou la ruine, nonseulement du Piémont, mais de l'Italie tout entière.

L'armée, après avoir été complètement désorganisée et démoralisée par la triste fin de la campagne de 1848, était sourdement travaillée par le parti rétrograde. 11 était donc de toute nécessité, avant de recommencer la guerre, de réorganiser l'armée, excellente, du reste, ainsi qu'elle l'avait bien prouvé en se battant vaillamment pendant quatre mois contre des forces supérieures, et d'en relever le moral, mais surtout de la soustraire aux influences délétères de l'aristocratie , que sa haine contre tout esprit libéral rendait l'alliée naturelle de l'Autriche. Or, le seul moyen d'arriver à ce but était de créer des intérêts nouveaux dans l'armée, et notamment d'y introduire l'élémeut populaire et national , en stimulant par l'avance-

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