‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 2)Chapitre 108 sur 254 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Le registre de la nouvelle Société populaire de Bourg n'a pas été conservé, que nous sachions ; mais, grâce à un imprimé, nous pouvons citer Tun des premiers discours prononcés dans son sein. Ce discours fut inspiré par deux tentatives d'assassinat, Tune réelle et Tautre imaginaire, dont nous allons dire quelques mots pour faire comprendre Porateur.

Un nommé Henri Admirai, des environs d'Issoire, ancien garçon de bureau à la loterie nationale, âgé de cinquante ans, avait, nouveau Timoléon, formé le projet de délivrer sa patrie des monstres qui la gouvernaient. Dans la journée du 3 prairial, n'ayant pas trouvé l'occasion de frapper Robespierre, il attendit le soir Collot-d'Herbois, qui logeait dans la maison qu'il habitait lui-même et, lorsqu'il rentra vers une heure du matin, lui tira deux coups de pistolet qui firent long feu et ne purent l'atteindre. Saisi et interrogé presque aussitôt, Admirai répondit courageusement qu'il avait médité seul cet « acte de bienfaisance envers la République, )> et qu'il regrettait d'avoir manqué son coup.

Le même jour, 4 prairial, une jeune fille de vingt ans, Aimée-Cécile Renault, dont le père hait marchand papetier à Paris, se présenta chez Robespierre, non pour le tuer, mais « pour voir an tyran, » et lui reprocher ses crimes. N'ayant

JjH DIX-SEPTIÈME ÉPOQUE.

pas été reçue, elle exprima hautement ses sentiments royalistes. « Oui, dit-elle, je donnerois mon sang pour avoir un roi, au lieu des trente mille tyrans qui nous gouvernent. )> On crut qu^elle avait voulu, comme Charlotte Corday, attenter aux jours du tyran suprême, et, arrêtée sur le champ, elle fut conduite, par ordre de la Convention, au tribunal révolutionnaire et de là au supplice, qu'elle subit avec Admirai et leurs prétendus complices. Comme tels avaient été condamnés les parents de la jeune fille et nombre d'honnêtes gens, entre autres M. de Sombreuil, qui avait échappé aux massacres de septembre par le dévouement de sa fille, le comte de Fleury, le prince de Saint-Mauris, un Laval-Montmorency et un Rohan-Rochefort. « Les cinquante-trois condamnés allèrent tous vêtus de la chemise rouge des assassins à Péchafaud (i). »

Les ultra-révolutionnaires de Bourg partagèrent l'indignation de la Convention contre les agissements supposés de l'aristocratie , et Pun d'eux déclama sur ce thème comme vous allez voir :

(i) Bertrand de Moleville, t. XII, p. 344.

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