‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 2)Chapitre 118 sur 254 · CHAPITRE III. IqS · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. IqS

couleur rembrunie rende uniforme la surface des murs ; il faut enfin, partout où cela sera possible, que les attributs de la Liberté soient substitués aux signes de l'esclavage.... {i).

Voilà les futiles prescriptions auxquelles s'amusoient messieurs du Comité de salut public, Robespierre, Billaud-Varenne, Carnot, C. A. Prieur, B. Barrère, Collot-d'Herbois et Couthon.

La raison, peu flattée de Tencens brûlé devant son image par les maîtres du jour, semblait s^être réfugiée dans les prisons. Transportons-nous dans celle d'Ambronay. Nous verrons là, entre autres gens de bien et de mérite, M. de la Bévière, ancien syndic de la Noblesse de Bresse et député de cet Ordre aux Etats-Généraux. Quoique échappé au massacre juridique du 24 pluviôse, il était encore sous répée de Damoclès, et, pensant avec calme et résignation, à la mort qui pouvait le séparer de sa famille, il adressait, le 25 messidor, de sages et affectueuses paroles à ceux qui lui étaient chers :

Lorsque la voix d'un père sort des grilles d'une prison pour arriver à ses enfants, elle a une autorité bien plus touchante. Tout me persuade que vous écouterez la

(i) L'agent national du district de Chatillonsur-Chalaronne aux officiers municipaux^ avec la circulaire du Comilc de salut public du 6 mcs- •idor an II. 4 p. in-^". — L, O'B.

igÔ DIX-SEPTIÈME ÉPOQUE.

mienne avec un respect religieux... Mon but est de vous dire tout ce qui, depuis ma détention, m'a paru de plus propre à consolider votre patience et à tempe'rer les amertumes dont vous êtes abreuvés...

La plupart des hommes ne considèrent les biens de cette vie que sous les rapports qui flattent leurs sens, et ils font consister le souverain bonheur à les posséder et l'extrême malheur à en être privés. C'est une erreur de jugement. Les biens temporels sont variables et fugitifs. La vraie, la solide félicité est dans la paix d'une bonne conscience, laquelle s'acquiert par la pratique constante de la vertu et des devoirs...

Un motif non moins puissant de ne pas donner trop de prix à ces biens est le penchant et la facilité que nous avons à en abuser et à les faire tourner à notre préjudice...

Voulez-vous arriver à la félicité , mes chers enfants ? Mettez à profit votre malheur même...

Les biens qui assuroient votre subsistance sont saisis et à la disposition de la nation. Vous vous contenterez désormais du simple nécessaire ; vous ne serez ni amollis par le luxe, ni flétris par une honteuse oisiveté.. Le travail sera votre ressource, il vous rendra utiles à la société, et peut-être un jour Temploierez-vous à soutenir la vieillesse de vos parents.

Il arrivera ainsi que la perte de votre fortune aura produit en vous des fruits de tempérance, de modération et de piété filiale...

Vous opposerez la patience à la persécution, la douceur à la dureté ; vous veillerez avec une nouvelle attention à la garde de votre innocence. Vons donnerez comme citoyens l'exemple de la soumission aux lois. Vous montrerez pour votre patrie un amour d'autant plus héroïque qu'elle vous traite avec plus de rigueur; vous serez dans la

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