CHAPITRE IV
de douceur et de piété, avait été sacrifiée le 21 floréal (lo mai). André Chénier, l'admirable poète, paya de sa vie, le 7 thermidor, son mépris des Jacobins.
Robespierre, qui régnait dans la Convention, dans la commune et dans les clubs, s'était élevé à la dictature par la mort de tous ceux qui, de près ou de loin, lui portaient ombrage ; et cependant la situation n'exigeait pas la direction d'un maître unique. L'intégrité du territoire et l'unité nationale semblaient assurées. Les armées coalisées reculaient presque partout. « Les Anglais avaient été battus à Hondschoote; les Autrichiens avaient été rejetés au-delà du Rhin, et Hoche avait envahi le Palatinat. Bordeaux, Lyon et Toulon étaient rentrés au pouvoir des Français; les Vendéens avaient été refoulés dans le Bocage par les soldats de Kléber (i). «
En prenant ainsi le pouvoir, Robespierre n'avait obéi qu'à son ambition. Ses adversaires le comprirent, et le 9 thermidor (27 juillet 1794) vint heureusement mettre un terme à sa domination sanglante.
La chute de Robespierre étant l'un des faits les plus saillants de la Révolution, nous allons en
(i) Hist. des assemblées politiques e» Fr^Mce, par M. Eugène Pierre, 1. 1, p. 161,
donner le récit d'après M. Terrier de Loray, dont le style rapide et chaleureux n'exclut pas l'exactitude historique :
Le dictateur avait cru assurer son pouvoir dans l'Assemblée, d'abord par la perte des Girondins, puis par celle des Hébertistes et de Danton. Mais chacune de ces sanglantes exécutions lui avait créé des ennemis plus implacables, d'autant plus dangereux qu'ils craignaient pour euxmêmes, et que néanmoins ils prenaient soin de dissimuler leurs ressentiments.
Pendant que les visages se composaient et que les formules d'admiration et de servilité étaient prodiguées, les cœurs couvaient de sinistres projets, les trames se nouaient dans l'ombre , et les partis s'observaient avec : défiance, résolus à résister avec énergie aux nouvelles et | sanguinaires exigences qu'on attendait de celui qui s'était i fait l'arbitre de la Nation. On savait, en effet, qu'aigri par quelques apparences d'opposition qu'il avait rencontrées ' dans le Comité, et plus encore par quelques sarcasmes adressés à ses hypocrites prétentions de moralité et de j vertu^ il avait résolu d'exercer de nouvelles rigueurs contre , les membres de la Convention, et de se débarrasser de tous ceux qui avaient froissé sa vanité ou éveillé ses craintes. ' Les appréhensions étaient d'autant plus vives, que la loi f du 10 juin (22 prairial) l'armait d'un pouvoir en quelque [ sorte sans limites contre ses collègues. On allait déjà jus- '; qu'à désigner les noms de soixante-douze d'entre eux dont sa soif frénétique de vengeance allait demander les têtes, et dans l'effroi où ces rumeurs les avaient plongés, plus de soixante membres de l'Assemblée, craignant sans cesse d'être arrêtés par les sbires de Robespierre, passaient les