‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 2)Chapitre 129 sur 254 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

nuits hors de leurs maisons, cachés dans de secrets asiles, soit dans Paris, soit dans les environs.

Cette situation qui devait inévitablement aboutir à une catastrophe, se prolongea pendant plusieurs semaines, entretenue par les provocations des Jacobins, par les discussions du Comité, et envenimée par les efforts tentés pour rétablir l'harmonie, c'est-à-dire l'accord dans le crime, entre des hommes qui se connaissaient trop bien pour prendre confiance les uns dans les autres. Robespierre, taciturne et impénétrable dans le sein de la Convention, ne laissait percer ses projets qu'à la tribune des Jacobins, où il régnait souverainement, et où il exhalait sans réserve le fiel dont il était rempli contre ses adversaires. Enfin, animé par les assurances de ses partisans, appuyé sur la municipalité de Paris et sur la force armée, dont le commandant Henriot était toujours au service des plus scélérats, comptant sur une victoire certaine et incontestée, il se résolut ù frapper le grand coup qu'il méditait depuis longtemps...

Le 8 thermidor (26 juillet 1794), il parut à la tribune de la Convention, le front sévère, l'attitude sombre et menaçante. Il prononça un long discours, où, après avoir comme de coutume beaucoup parlé de lui-même, de son patriotisme, de son abnégation, de sa probité, de son courage, il dénonça de prétendues conspirations ourdies contre la République, parla vaguement d'intrigues, de menées séjlitieuses, de corruptions, et conclut en laissant entrevoir que les chefs de toutes ces trames se rencontraient dans la Convention même, et que le salut de la nation était au prix de leurs tètes.

Pour la première fois, l'Assemblée glacée de crainte et de stupeur, écouta ces paroles sinistres sans y applaudir ; plusieurs membres qui pouvaient se croire signalés dans

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la dénonciation du dictateur, eurent même le courage de l'interpeller vivement, en lui demandant de désigner clairement les représentants auxquels il avait fait allusion afin qu'ils pussent justifier leur conduite devant la Convention. Robespierre, étonné du silence qui avait accueilli son discours, et perdant l'assurance que lui donnait l'habitude de commander, balbutia une réponse vague et nuageuse, au milieu des murmures et des interruptions de l'Assemblée. Cette hésitation le perdit. S'il eût hardiment nommé ceux qu'il voulait faire périr, il est probable que leurs collègues, façonnés à la lâcheté et satisfaits de n'être pas compris dans leur proscription, les eussent aisément livrés à sa rancune. Mais le silence où il s'obstina éveilla la crainte de tous, et chacun, pouvant se croire l'objet de sa vengeance, se prépara à une lutte mortelle contre le tyran qui demandait à la Convention de se décimer pour la troisième fois.

Pendant que Robespierre allait aux Jacobins exposer ses mécomptes et exhaler ses ressentiments, ses ennemis employèrent la nuit suivante à concerter leurs plans, à encourager les timides, à gagner les douteux, à entraîner ceux qui, en plus grand nombre, sont toujours prêts à abandonner les partis qu'abandonnent la puissance et la fortune. L'imminence du danger présent qui menace les uns, la crainte des périls futurs qui attendent les autres, le souvenir d'anciennes injures, la haine d'un despotisme dont on commence à s'avouer l'horreur et la honte, tout se ligue contre l'homme dans lequel, depuis un an, se résumaient tous les instincts de la Révolution.

Le lendemain , lorsque Robespierre parut dans la Convention, avec l'assurance que lui donnaient son ascendant jusqu'alors incontesté et l'appui de ses Jacobins, il ne trouva que des visages glacés, des contenances mornes, in-

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