‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 2)Chapitre 130 sur 254 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

dices non équivoques des dispositions d'une Assemblée qui échappait à son autorité. Aussitôt, un député, Tallien, monte à la tribune et, revenant sur le discours prononcé la veille par Robespierre, dit qu'on veut précipiter la patrie dans l'abîme, et demande que le voile soit déchiré. Un autre, plus hardi, ose attaquer directement le dictateur et dénonce son despotisme, son désir de domination, et les sourdes trames par lesquelles il cherchait à conserver la suprême direction de toute chose, en menaçant les jours d'un grand nombre de ses collègues et l'indépendance de la Convention elle-même. Robespierre, étonné, furieux d'une audace à laquelle il ne s'attendait pas, se précipite à la tribune, pâle et convulsif, pour écraser un adversaire qu'une de ses paroles eût fait, la veille encore, rentrer dans le néant. Mais l'Assemblée refuse de l'entendre, et par des clameurs unanimes étouffe la voix qui si longtemps commanda le silence et la terreur. Les efforts qu'il tente pour dominer le tumulte ne font qu'irriter davantage des ennemis résolus à le frapper sans délai. Le cri : A bas le tyran 1 éclate de toutes parts. En vain Robespierre se cramponne à la tribune et cherche à faire parvenir quelques paroles entrecoupées jusqu'aux oreilles des représentants ; en vain il se tourne vers le président avec un geste furieux et lui crie : Président d'assassins^ je te demande la parole ; en vain, tour à tour il menace et il supplie ; la Convention reste liourdeet semble jouir de l'épuisement de ses forces et de la chute de son tyran. Désespérant de se faire écouter, il quitte la tribune et va dans la salle, auprès des députés, comptant provoquer quelques marques de sympathie, quelque souvenir d'un servilisme si souvent éprouvé ; il ne recueille partout que des dédains et des rebuts, et ceux qu'il avait vu les plus ardents à témoigner leur dévouement, se montrent les plus violents dnns leurs Tome V. i3

2l8 DIX-SEPTIEME ÉPOQUE.

injures et les plus amers dans leurs sarcasmes. Enfin, après une longue scène de tumulte et de confusion, un député demande l'arrestation de Robespierre. Cette motion est votée à l'unanimité, et le tyran conduit en prison avec Saint-Just, Couthon et Robespierre le jeune, ses principaux complices.

Cependantla victoire de la Convention n'était pas encore complètement assurée. Les Jacobins, instruits de ce qui se passait à l'Assemblée, réunissaient leurs partisans, s'assemblaient à l'Hôtel-de-Ville, et, secondés par Henriot, chef de la force municipale, préparaient les éléments d'une insurrection qui pouvait rendre la puissance aux vaincus de cette journée. En effet, des émeutiers dirigés par eux, allèrent disperser l'escorte qui conduisait les accusés en prison et les amenèrent à l'Hôtel-de-Ville qu'entouraient de nombreux rassemblements, armés de fusils et pourvus de canons et de munitions. Si ces forces se fussent audacieusement portées contre la Convention , c'en était fait de ses membres, et Robespierre se relevait plus puissant et plus implacable que jamais. Mais Henriot, qui les commandait, incapable de toute direction intelligente, éclatant en inyprécations et chancelant d'ivresse, laissa à Barras, investi par l'Assemblée de l'autorité militaire, le temps de réunir quelques bataillons et de prendre l'initiative de l'attaque. Les soldats de Henriot, honteux d'un pareil chef, et intimidés par les mesures de Barras, l'abandonnèrent peu à peu, en sorte que les troupes de la Convention, parvenues à l'Hôtel-de-Ville, en trouvèrent les abords entièrement déserts, et purent, sans obstacle aucun, pénétrer jusqu'au lieu où Robespierre se tenait avec ses complices. En entendant les pas de ceux qui venaient pour les arrêter, quelques-uns tentèrent de fuir ; ij Robespierre le jeune, en sautant par une fenêtre, se cassa

Page 1