CHAPITRE IV
une jambe ; Couthon fut trouvé sous une table, tenant à la main un couteau dont il n'osait se frapper ; Henriot, caché dans un égout, en fut retiré à coups de baïonnettes, encore k demi-ivre Robespierre reçut d'un gendarme un coup de pistolet qui lui fracassa la mâchoire et inonda son visage de sang. Tous furent transportés à la Conciergerie, et de là , pour la forme , au tribunal révolutionnaire , où Fouquier-Tinville, le bras droit de Robespierre, trouva pour accuser son patron les mêmes invectives qu'il employait chaque jour contre ses victimes, et les mêmes juges pour le condamner.
Dans la soirée du 10 thermidor, les coupables^ au nombre de vingt-deux, furent conduits au supplice, au milieu des imprécations de la foule accourue sur leur passage. Les portes, les fenêtres, les balcons étaient encombrés de spectateurs en habit de fête, qui applaudissaient à cette éclatante manifestation de la justice providentielle. Beaucoup s'approchaient et demandaient à voir flobespierre ; les gendarmes le leur désignaient avec la pointe de leurs sabres. Devant la maison qu'il avait habitée, une bande de femmes arrêta le cortège, et dansa en rond autour de la charrette. Après une longue marche, on arriva sur la place de la Révolution. C'est le lieu où avait péri Louis XVI. Depuis quelque temps, les exécutions avaient lieu sur un autre emplacement ; mais, par une sorte d'instinct de justice, on dressa l'échafaud du héros de la Révolution sur la place à laquelle la Révolution avait donné son nom , et ce grand criminel vint expier son régicide sur le lieu même que le Roi-martyr avait teint de son sang. Robespierre gravit les degrés de la guillotine. Au moment où le bourreau lui arracha l'appareil qui enveloppait sa tête, la douleur lui arracha un cri qui retentit jusqu'aux extrémités de la place. Un instant après, sa tête tomba, et le
peuple répondit au coup de la hache par un immense applaudissement. La Terreur avait cessé.
La fin de cette journée , celle qui la suivit , furent toutj entières consacrées aux manifestations de la joiepopulairej L'allégresse était universelle, et dans les rues, dans les lieux publics, dans le sein des familles où tous les senti^ ments étaient comprimés depuis longtemps, les transport éclataient sans contrainte et sans mesure. Dans les prison^ on entendait retentir des cantiques ; on s'embrassait ave< ivresse, et on payait jusqu'à trente francs les feuilles ci était contenu le récit des derniers événements.
Les hommes de la Convention jugèrent , par cette atti^ tude de la population, que la Terreur avait fait son temps, et qu'ils devaient renoncer au système sanguinaire auquel la plupart d'entre eux s'étaient associés sans remords. Ces anciens complices de Robespierre, presque tous aussi cruels, un grand nombre plus vicieux que lui, voyant qu'ils ne pouvaient régner par le crime, arborèrent le drapeau de la modération, vidèrent peu à peu les prisons et abattirent Téchafaud qui, jusqu'alors dressé en permanence, semblait être devenu un des monuments de la ville de Paris. Ce n'est pas qu'on n'eût, depuis cette époque, à déplorer encore de nombreuses rigueurs , et qu'on ne comptât encore une multitude de captifs et d'exilés, des confiscations, des déportations et même des supplices. Mais ces maux semblaient légers auprès de ceux qu'on avait soufferts.
La Révolution se continua donc en changeant de procédés, mais sans changer de nature. Pendant la Terreur, elle avait marché dans le sang ; sous le Directoire, elle se vautra dans la fange, dans les corruptions, dans la honte. Plus tard, vint Napoléon, qui la disciplina, l'organisa et la fit passer dans la plupart de nos institutions, dans l'admi-