CHAPITRE PREMIER
ment qu'ils savoient bien n'être plus à la disposition de leur férocité.
Que les bons citoyens se rassurent donc : ce n'est plus à Commune-Affranchie qu'il est permis de tramer leurs frères et leurs amis ; c'est dans les cachots de Bourg, où ils vont attendre le résultat des négociations d'Albitte auprès du tribunal de sang, et ces négociations doivent être infructueuses contre une loi qu'on voudroit, mais qu'on n'ose pas enfreindre. Ils ne seront pas immolés à la rage de leurs ennemis devenus impuissans ; ils vont être entassés dans le même cachot, loin de toute communication, entourés de gardes, exposés au méphitisme de leurs excrémens. Heureux si par quatre-vingts jours de souffrance dans ce séjour du crime, ils avoient pu calmer la fureur de leurs bourreaux, mais ils ne doivent en sortir qu'en vertu d'un ordre supérieur pour être réunis aux autres détenus, et attendre avec eux le règne de la justice.
Torombert et Bonnet, pendant le voyage d'Albitte, voudroient forger des crimes à ceux qu'il leur importe de sacrifier. Car il est à remarquer que jusque-là ils n'avoient pas même pris la peine de motiver leurs violences. Ne trouvant rien de probable à leur imputer, ils sont réduits à dresser des tableaux absurdes et insignifians ; ils s'emparent du comité révolutionnaire, ils y commandent en maîtres, y présentent leurs notes, Bonnet lui-même en est le rédacteur.
Gouly surtout, le représentant Gouly, devient l'objet principal de leur acharnement. Deux prêtres, apôtres forcenés de l'infâme faction, sont chargés de le déchirer dans une adresse que la société populaire sera forcée de souscrire, et cette pièce révoltante d'ordures et de calomnies va être proposée à l'adhésion de toutes les communes, de
lO SEIZIEME EPOQUE.
toutes les sociéte's, sous peine d'encourir la disgrâce et d'être comprises dans les proscriptions du tyran.
Le 7 ventôse, Albitte re-vient, et l'épouvante le précède; il paraît dans la société populaire ; et toujours écumant de rage, il déclame contre le décret du 28 pluviôse et contre les représentans de l'Ain qu'il suppose l'avoir provoqué ; il s'irrite de ce qu'ils ont fait pour le salut de leur pays. On m'a arraché mes victimes, s'écrie-t-il ; mais les autres détenus en souffriront. Je me flatte de faire rappor-
ter le décret.
t Dans le même temps, les féroces courtisans qu'il a
placés dans les administrations leur expriment leurs regrets sur l'intervention d'une loi qui paralyse sa puissance : ils la regardent, disent-ils, comme le résultat de l'intrigue et des trames odieuses de la malveillance; ils doutent s'ils lui donneront l'authenticité convenable par la voie de l'impression ; sur cela 275 attendent ses ordres...
Au dos de ces infâmes doléances est écrit le projet d'arrêté qui a nommé l'égorgeur Chaigneau à la place du receveur des domaines et biens d'émigrés , qu'occupoit l'administrateur Perret., l'un des patriotes de l'Ain mis à mort depuis quelques jours par le tribunal de Commune- Affranchie.
Que les scélérats à qui la justice nationale demande compte aujourd'hui de tant de forfaits, viennent, sous le nom de Jacques Colmet, personnage fabuleux dont Is sont obligés d'emprunter le masque, parce que leur physionomie est devenue trop hideuse , et leur personne un objet d'exécration ; qu'ils viennent dire à vos comités que les plaintes du district et de la commune de Beliey sont injustes ; que dans ce district le sang d'un seul homme a coulé, et que cet homme était un sans-