CHAPITRE
R.-M., que le district a eu le mallieur d'avoir pour agent national, voulut aussi venir à son tour prêcher pour, disoit-il, détruire le fanatisme. Cependant il est à la connoissance de tout le district qu'aucune commune de son arrondissement ne fut plus tôt à la hauteur des principes et dég.ige'e des préjugés religieux que celle de Meillonaz. Néanmoins il est arrivé dans une voiture à deux chevaux, escorté par dix hussards. Il commence par bien boire et bien manger ; puis il fait faire des patrouilles par les hussards qui couroient à cheval dans les rues et avenues de la commune avec ordre de ne laisser causer plusieurs personnes ens: iible. Il se rend enfin, qu'il étoit nuit, dans le temple, après avoir fait inviter tous les citoyens de s'y rendre pour entendre la morale qu'il devoit faire. Ha ! quelle morale ! il seroit difficile de la rendre, tant elle étoit désordonnée; chaque phrase finissoit par des juremens effroyables et des preuves bien caractérisées d'athéisme. Il poussa la folie jusqu'à faire entrer les hussards à cheval dans le temple, en disant ; je me f. de vous: je me cf. de VOUS: je vous ferai tous enchaîner deux à deux et conduire à Bourg. Les femmes, les vieillards et les enfans jetoient les hauts cris, maij rien ne toucha R.-M. Il finit par faire conduire dans la maison commune un citoyen qui avoit osé dire un mot, et le lendemain un autre citoyen dans la maison d'arrêt, dont il sortit iS jours après, sur les sollicitations qui furent fiiites par la Société populaire de Meillonaz, auprès du représentant Albitte...
C'est ainsi que les prétendus amis du peuple se diviioient dans les communes pour y prêcher l'athéisme et leter la terreur dans tous les esprits; c'est ainsi qu'il vou- .oient faire aimer le nouvel ordre de choses... On me dira îcut-être pourquoi nous ne dénoncions pas les abus qui )Ouvoient avoir les suites les plus funestes. C'étoit impos- ToMï V. i6
sible ; un seul mot lâché contre ces scélérats conduisoit dans la maison d'arrêt celui qui Tavoit proféré. D'ailleurs toutes les lettres étoient décachetées par cette faction.
Signé : Dérognat^ Gillet^ Lombard^ Baudet^ Boiiilloud^ Sala^ard^ Baron de l'Espérance^ Charlet, Bidal, Guichard^ Juénin, etc., etc.
Nous avons laissé Boisset travaillant à Fépuration des corps constitués. Son travail fut terminé le 28 thermidor et parut dans Parrêté du même jour, portant : « Que la malveillance et Tintrigue avoient élevé aux fonctions publiques des êtres corrompus, dont le concours souiiloit la masse des autorités constituées, glaçoit Tespoir des patriotes, mettoit en péril le maintien de Tordre, » qu'il était « urgent de faire cesser ce mélange funeste, cet alliage corrompu et de ne laisser aux magistrats vertueux que des collaborateurs dignes de la considération publique. » Tous les fonctionnaires honnêtes du temps de MéauUe, ou réputés tels, furent donc maintenus dans la nouvelle administration dont voici le tableau :
DÉPARTEMENT, DIRECTOIRE. — Meurîer^ fils , de Chatillon. Ferréol^ de Lagnieu. Foron^ de Trévoux. Guilîon, de Belley. Caire ^ de Nantua.^Dubost, de Montrevel. Magnien^ de Saint-Tri vier. Pupunat aîné, de Poncin. Mar-^ chand, secrétaire général.
Tribunal criminel. — Meunier y président. Revel^ accusateur public. Debost, ex-avoué, greffier.