CHAPITRE II
avoit mis en liberté; que D., qui e'toit pauvre lorsqu'il n'exerçoit que son état, avoit tout à coup affiché un grand luxe et acquis des biens nationaux. Le directoire du district estima qu'il devoit être traduit pour ces méfaits devant le tribunal criminel du département.
Un second procès-verbal du i«>" brumaire an 3 ajoute qu'outre les coffrets précieux et le manteau ducal auquel pendoit une médaille d'or, D. avoit volé à Brou des tableaux en tapisserie bordés en perles fines (ce sont ceux décrits par le P. Rousselet dans l'histoire de cette église.)
Depuis que les Terroristes étaient sous les verroux, on parlait sans crainte de leurs actes tyranniques et de leurs iniquités. Boisset comprit que, pour satisfaire au vœu général, il fallait ouvrir une enquête sur leur conduite. Il écrivit donc la lettre suivante à la municipalité de Bourg et probablement à celles des autres chefs-lieux de district :
Bourg, le 3 fructidor an 2 de la République une et indivisible.
Aux Officiers municipaux de la commune de Bourg.
A mon arrivée dans ce département, un cri public s'est fait entendre pour accuser les nommés Blanq-Desisles^ Alhant^ serrurier, Baron^ Juvanon , Rollet^ Chaigneau,
Merle, Gallien, Frilet, Degrusse^ C ^, Boccard, Convers^
Martine, Gay, Duclos ^ Diicret , Rostaivg, Maret dit Ychard, Trocu-Malix, de Mont- Ferme (i). Tenant^ agent
'\) Un arrêté de Boisset du 21 fructidor le fit sortir du secret en l'empêchant toutefois de communiquer avec Juvanon père.
national du district de Mont-Ferme, Juvanon^ ex-prêtre de Mont-Ferme , Chevalier, surveillant à Belley, Carrier, capitaine de gendarmerie à Belley, Bonnet^ cafetier à Belley, Dupont^ perruquier h Belley, Masse^ notaire à CuUoz, Charcot^ officier de santé à Virieu-le-Grand, Torombert, notaire à Belmont (i), Simonard, ex-prêtre à Belley, Daudet^ perruquier à Lagnieu, d'avoir cherché à avilir la représentation nationale, d'être des intrigants dangereux, d'avoir opprimé et vexé les vrais patriotes, d'avoir exercé contre eux la plus affreuse tyrannie, de s'être livrés à des délapidations de divers genres ; en un mot, d'avoir commis une infinité d'autres délits.
D'après des faits aussi graves, il n'étoit plus possible de laisser de pareils individus dans le sein de la société dont ils troubloient sans cesse Tordre et l'harmonie.
Je les ai fait incarcérer, et il s'agit aujourd'hui de prendre des informations, éclaircissements sur les crimes qu'on leur impute, ainsi qu'à leurs complices ou adhérents. Je" vous charge de ce soin, et je vous envoie en conséquence les dénonciations qui ont été faites contre eux avec plusieurs pièces et mémoires qui m'ont été fournis.
Vous recevrez donc les déclarations de toutes les personnes qui vous seront indiquées. Je vous autorise même à lever les scellés apposés sur les effets des prévenus domiciliés à Bourg, à vérifier leurs papiers et à retirer tout ce qui pourroit s'y trouver de suspect ; mais vous aurez soin de réapposer de suite les scellés, et de dresser procès-verbal du tout.
Quand cette information, qui exige de l'exactitude et de la célérité, sera terminée, vous me la ferez passer en minutes avec les pièces qui pourroient d'ailleurs vous être remises.
(i) Torombert et Peysson sortirent du secret le 21 fructidor.