CHAPITRE IV. 3l
noncent cet abus : telle est la série des crimes des uns ou des autres de ceux que Boisset a frappés. Déjà Fun d'eux s'est donné la mort en apprenant les motifs de son arrestation...
Le grand art des intrigans fut toujours d'environner les représentans du peuple dans ce département, et d'écarter loin d'eux tous ceux qui pouvoient les instruire de leurs forfaits. C'est ainsi qu'ils ont circonvenu Albitte et Méaulle, que vous avez successivement envoyés prèsxie nous; mais ces députés sont des amis du peuple, et lorsqu'ils connoîtront la scélératesse de ces oppresseurs, ils verront combien ils ont été trompés ; alors, nous n'en doutons pas, ils frémiront d'horreur, et ne tarderont pas à provoquer euxmêmes sur la tête des coupables le glaive qui doit les punir.
Enfin, nous vous le répétons, trente-deux individus ont été arrêtés, les ci-devant nobles et prêtres sont aussi détenus, et près de trois cent mille citoyens sont LIBRES.
Législateurs, nous vous en conjurons, suspendez votre jugement, et que les Comités de salut public et de sûreté générale suspendent aussi toute décision et tout changement dans le département de l'Ain, jusqu'à ce que vous ayez reçu les preuves matérielles et vocales des crimes que nous vous avons retracés.
Le triomphe de la liberté et de l'égalité, le salut de la patrie, tels sont nos vœux(i).
C'est ainsi que s'exprimèrent les membres de la Société populaire et un grand nombre d'autres :itoyens. JLes jeunes élèves dirent aussi leur mot
[i) La Société populaire et républicaine de la commune de ^ourg à la convention nationale. Ensemble l'aaresse des citoyennes et des jeunes ilèves. Bourg, 25 fructidor an 11, 8 p. in-8. — Pli. L. D.
3l8 DIX-HUITIÈME ÉPOQUE.
contre les brigands en écharpe. Mais ce qui prouve encore mieux Pirritation des esprits c'est que trois cent soixante-cinq citoyennes réclamèrent la punition des coupables ; voici ce curieux document :
Les Citoyennes de Bourg à la Convention.
Nous jouissions du bienfait que vous aviez exercé envers nous, Citoyens Représentans, en nous envoyant Boisset, qui est venu au secours des citoyens probes et vertueux de de ce département, et a donné à ceux qui étoient injustement détenus la liberté dont l'intrigue et la vengeance les avoient privés, lorsque nous avons appris que les ennemis du peuple, qui s'en disent les plus zélés défenseurs, vouloient nous faire reprendre des fers que Boisset avoit brisés. Ces hommes perfides qui nous ont causé tant de maux font jouer tous les ressorts pour échapper au châtiment qui les attend. Ils se sont adressés au Comité de sûreté générale et , en accumulant mensonges sur mensonges, ils croyoient sans doute obtenir leur liberté ; mais les représentans qui composent ce Comité se sont bornés à demander copie des déclarations données par les citoyens. Elles leur apprendront que ce ne sont pas des \ patriotes opprimés, mais bien des tyrans.^ des scélérats et des fripons^ et qu'ils suivoient le système désorganisateur ji des factieux et des méchans dont la Convention vient de faire justice.
Nous vous demandons à grands cris, Citoyens Représentans, de nous préserver du retour de la tyrannie qui a pesé trop longtemps sur la tête des habitans de ce département. Nous vous assurons que l'amour de la patrie, Fat-